Thursday, September 13, 2007

Un témoin « atypique » d’Auschwitz : François Bertrand

Il serait intéressant de rassembler les témoignages atypiques sur Auschwitz, c’est-à-dire les témoignages de personnes qui, bien placées pour savoir ce qui s’est passé dans ce camp, ont laissé des écrits où il n’est nullement question d’extermination physique des juifs, notamment par le gaz.

Auschwitz était un vaste complexe où se côtoyaient travailleurs libres, travailleurs forcés, prisonniers de toutes les catégories possibles, gardiens, fonctionnaires, ingénieurs, médecins, soldats dont, pour certains, les va-et-vient avec l’extérieur étaient constants ; d’où, d’ailleurs, de multiples évasions de prisonniers. Beaucoup de Polonais travaillaient au camp pendant la journée et, le soir, regagnaient leur domicile.

Pour s’en tenir aux Français, 2 500 d’entre eux ont travaillé à Auschwitz, notamment à l’usine IG-Farben au titre du Service du travail obligatoire (STO) ; ils provenaient pour la plupart des « Chantiers de la jeunesse française », communément appelés « Chantiers de jeunesse ». Parmi ceux qui ont laissé un témoignage sur le camp, François Bertrand et Georges Toupet.

Le témoignage de François Bertrand, ci-dessous reproduit, est postérieur à 2000. Comme il est aujourd’hui de rigueur, notre témoin emploie deux fois l’expression stéréotypée de « camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz » et parle une fois de 3000 juifs « ayant ‘échappé’ à la mort par gazage » mais il ne fournit rien sur le sujet et conclut : « J’ai conscience en délivrant ce témoignage combien il est atypique. »

Pour ce qui est du témoignage de Georges Toupet, l’on se reportera à http://www.ihtp.cnrs.fr/biblio_arch/arc_2gm.html afin d’y consulter la pièce répertoriée ARC 095. Malheureusement la communication de cette pièce, détenue par l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP, à Cachan), est « réservée sur autorisation » ! On nous la décrit comme contenant « la copie conforme d’un plan du camp de concentration d’Auschwitz [1943] » et un « rapport de 39 pages […] établi par Georges Toupet, à son retour, le 29 juin 1945, à l’attention de ses différents supérieurs des CJF [Chantiers de la Jeunesse française] et de la Résistance ». Il y a bien des années j’avais voulu prendre contact avec G. Toupet mais ce dernier avait refusé de me recevoir. Je suppose que son plan de 1943 et son rapport de 1945 ne corroboraient nullement la thèse officielle ; sinon, ils auraient été partout publiés et ne seraient pas, encore aujourd’hui, tenus sous le boisseau. G. Toupet est décédé le 26 août 2007, à l’âge de 89 ans.

Voici donc, tel du moins qu’on le trouve reproduit à http://www.requis-deportes-sto.com/colloque/pages/page70_73.html, le seul témoignage de F. Bertrand avec, en gras et parfois en rouge, les passages qui m’en paraissent intéressants.


François BERTRAND, « Face à l’histoire les jeunes du STO sont restés dignes et unis »
Je m’appelle François Bertrand, je suis né à Paris, en avril 1919.
 Ceci est bien un témoignage, il ne juge pas, il informe, il ne doit pas être servile, il décrit une structure humaine: 60 « chefs » des « Chantiers de la Jeunesse Française » (CJF) dont je faisais partie, sont envoyés en mission en Allemagne, au tout début de l’année 1944, pour aider les jeunes Français (anciens des CJF ou non) requis pour le travail en Allemagne du fait de la loi sur le Service du Travail Obligatoire (STO).
 Cette mission pour avoir la liberté de mouvement est organisée sous le couvert de la Délégation Officielle Française (DOF), émanation du Commissariat Général à l’Aide sociale des travailleurs en Allemagne, dirigée par Gaston Bruneton.
 Ce lien « officiel » nous permet de travailler sur le terrain, là ou se trouvent des jeunes Français que nous avons connus ou non durant leur service national obligatoire de huit mois en zone « libre ».
 Aux 60 chefs qui partent de France début 1944, il faut ajouter 390 Français qui nous rejoignent en Allemagne même ; 350 ont été « cadres » durant leur service obligatoire (chefs d’atelier, chefs d’équipe : assimilés sous-officiers) 40 sont prisonniers de guerre au Stalag IA, Stablack en Prusse orientale, ils sont aspirants et acceptent d’être « transformés » pour servir dans nos rangs.
 Ce sont ces 450 responsables français qui prendront en charge des dizaines de camps regroupant 100.000 requis du STO, soit environ 15% des 650.000 requis (chiffre avancé et retenu par ceux et celles qui étudient cette page de l’Histoire de France). 
Classe 39/1, je suis appelé sous les drapeaux en novembre 1939. Durant 6 mois, je suis les cours nécessaires pour être formé comme aspirant d’infanterie. Mon entraînement se termine au moment même où l’Armistice est demandé, je ne combat pas. Mon école est repliée sur Clermont-Ferrand en juillet 1940.
 C’est à ce moment que le Colonel Paul Furioux, Commandant de l’école, est nommé par le Général de la Porte du Theil, créateur et Commissaire Général des Chantiers de la Jeunesse Française, Commissaire du Groupement 1 à Tronçais, dans cette forêt domaniale de 10.000 hectares en plein Bourbonnais. Je me porte volontaire car je ne désire pas être aspirant dans une unité de « l’Armée d’Armistice » réduite, de par la volonté des Allemands, à 100.000 hommes. Je suis donc mon Colonel à Tronçais.
 Ayant été scout durant des années, étant en 2e année de philosophie scolastique dans une maison des Pères Blancs Missionnaires d’Afrique, l’Armistice m’est insupportable, je pense qu’il m’est donné ainsi la possibilité d’une expérience humaine en faveur de ces jeunes Français déboussolés comme moi-même et pratiquement « abandonnés » par leurs chefs. (Classes 40/1 et 40/2).

 Le Colonel Paul Furioux est le type d’homme qui m’inspire et confiance et respect. Je serai successivement Chef de Groupe, Commissaire Assistant, Commissaire adjoint entre 1940 et 1944. Il est nécessaire de faire abstraction de ces appellations en se rappelant qu’il est impossible d’utiliser des grades qui auraient rappelé aux Commissions allemandes d’armistice une connotation par trop militaire.
 Quand le Colonel Paul Furioux est nommé Commissaire en chef de la Mission des CJF en Allemagne je pense, sans trouble de conscience, qu’il est de mon devoir de répondre à son appel.
Arrivé en décembre 1943 à Berlin, je vais en stage en Haute-Silésie dans un camp de jeunes STO dirigé par mon camarade Georges Toupet, camp dépendant de la IG Farben et jouxtant les camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz.
 En janvier 1944, je crée un camp à Heydebreck, dépendant également du complexe IG Farben de Blechammer situé en Haute-Silésie. Il y a dans les environs un camp de concentration, Kommando dépendant d’Auschwitz, regroupant 3.000 juifs ayant « échappé » à la mort par gazage. 
Grâce à l’accord d’un Allemand, le docteur Schutz, directeur du personnel des usines IG Farben (essence synthétique), je peux organiser un camp de 2.000 Français, dont 500 sont habillés en CJF. J’assure devant les Allemands (y compris la Gestapo) la responsabilité à l’usine, au camp et en ville (Heydebreck petite ville de 10 à 15.000 habitants) de ce qu’ils appellent l’ordre ; c’est pour moi le défi permanent de défendre les corps (santé, accidents),
 de soutenir les cœurs (nous sommes en Pologne, à des milliers de kilomètres de nos familles…)
, de conforter les esprits.
 Il s’agit de dire aux jocistes [membres de la Jeunesse ouvrière chrétienne] : continuez vos actions mais faites disparaître tout document. 
Il s’agit de convaincre au travail que le vrai sabotage se situe au niveau du ralentissement constant des cadences.
 Il s’agit de rappeler, inlassablement, qu’en ville tout scandale risque de coûter 3 à 4 mois d’Arbeitslager [camp de travail forcé].
 Il s’agit d’occuper les temps de loisirs ; causeries, sports, compétitions.
 Par cette « discipline librement consentie », on crée une atmosphère non de vaincu mais de combattant. 
C’est être, avec mon équipe, en permanence sur le fil du rasoir. 
C’est la satisfaction de n’avoir personne en Arbeitslager [et] d’avoir un état sanitaire relativement satisfaisant (pas de mort par accident du travail et / ou pas de maladie, malheureusement des morts du fait des bombardements [alliés]).
 – d’avoir pu organiser, tous les dimanches dans la matinée, la cérémonie du « Face à l’Ouest » ou 80% des Français habitant ce camp participent ;
 Enfin le lever des couleurs, obtenu « miraculeusement », avec les Honneurs au Drapeau puis la Marseillaise jouée par la fanfare des CJF.
 d’avoir « sorti » du travail 9 camarades oeuvrant avec moi à temps complet.
 En écrivant ceci, je me rends compte que tout cela correspondait à une partie de « roulette russe »… 
(Précision : j’emploi le mot « camp » (lager) dont la terminologie n’a évidemment rien à voir avec les camps de concentration et d’extermination).
 En juin 1944, je laisse la direction du camp à mon adjoint (le camp se repliera en janvier 1945 avec un minimum de pertes) et prends à Kessel (Gau Kurhessen) la direction de tous les camps de ce Gau soit 8.000 Français dont 2.000 dans le grand camp de Mönchehof. 
Ce sont ici d’autres problèmes : on ne retrouve pas toujours sur sa route un docteur Schutz ; on doit préparer l’avenir : la période ultime de la libération de la région par les troupes alliées (elles vont bientôt passer le Rhin à Remagen) ; l’engagement dans une résistance intelligente en se rapprochant de groupes allemands, en ce cas précis avec des gradés de haut rang de la police allemande (évidemment hors du SD et des SS). 
La roulette russe en effet ne fonctionne qu’un temps. Notre groupe est arrêté par la Gestapo, 17 d’entre nous son arrêtés, 2 de nos camarades sont emprisonnés dans la prison centrale de Kassel, les 15 autres dont moi-même et mon adjoint des CJF, à la Zuchthaus de Kassel-Welheiden. Nous sommes condamnés à mort sans jugement par le SD (l’Ambassade de France a retrouvé les pièces de notre dossier). Deux de nos camarades sont fusillés à la prison centrale. Quant à nous; nous sommes expédiés dans un Arbeitslager à Breitenau, puis à Buchenwald. Techniquement nous sommes «des miraculés», nous le devons au directeur de l’Arbeitslager qui a refusé de nous livrer aux SS et nous a expédiés à Buchenwald « pour nous sauver … » (l’époque était favorable à des repentirs subits…)
 Sur les 17 Français arrêtés :
2 sont fusillés à Kassel ;
 15 arrivent donc à Buchenwald où nous sommes « entassés » au « petit camp ».
 Le 7 avril 1945, nous sommes évacués par train (le camp sera libéré par l’armée Patton). Neuf d’entre nous se retrouvent dans le même wagon pour un convoi qui va durer 21 jours ; nous perdons la trace des 6 autres camarades.
 Nous sommes 5.000 au départ, 800 « non-morts » à l’arrivée, 300 quinze jours après. Sur les 17 arrêtés, nous sommes à ce jour 2 en vie.
 J’ai décrit dans mon livre « Convoi de la Mort, 7 au 28 avril 1945 », paru pour la troisième édition en 2000 chez Héraclès, éditeur à Pau-Lescar, ce que furent ces 21 jours :
 105 entassés dans un wagon à charbon à ciel découvert, accroupis avec interdiction de se lever, 35 à 40 à l’arrivée non-mourants ;
 brutalité meurtrière des gardiens, deux SS hongrois ;
 agressivité des détenus entre eux ; lutte pour la vie contre les Ukrainiens, les Polonais, les Russes ; tuerie de détenus par d’autres détenus ;
 pratiquement aucune nourriture, aucune boisson (la soif est l’épreuve la plus cruelle) ; lutte contre la pluie, le froid, la neige ; 
séjour de 6 jours à Nämmering avec 5 centimètres de neige fondue dans notre wagon ;
 on « vit » sur les cadavres ;
arrivée dans la nuit du 27 au 28 avril aux portes du camp de Dachau, nous tombons des wagons, nous lapons les flaques d’eau ; 
 typhus exanthématique, dysenterie amibienne, extrême fatigue (poids personnel : 33 kilos ;
 sauvé par les Américains et les Français : hôpital de campagne 113 des USA ; hôpital français de Reichenau ; rapatriement le 18 juin 1945 ;
 convalescence de 6 mois ; nourriture absorbée 5 fois par jour ; prise de poids très graduée ;
 il s’agit de remettre le mécanisme physiologique et psychique en marche à pas mesurés.
 Reprise d’une vie normale en début 1946. 
En conclusion : j’ai conscience en délivrant ce témoignage combien il est atypique. Il veut seulement faire comprendre que, dans des circonstances aussi exceptionnelles, seul un facteur compte : la projection d’une volonté farouche de survie, évidemment sans atteinte à l’intégrité et à la dignité des autres camarades d’infortune.

François BERTRAND 
Ancien Commissaire adjoint des CJF
 Déporté de la Résistance (Buchenwald 139865)
 Officier de la Légion d’Honneur à titre militaire 
Croix de Guerre 39-45 avec Palmes – Croix de CVR – insigne des blessés
 Commandeur dans l’Ordre national du Mérite à titre humanitaire
13 septembre 2007

Saturday, September 8, 2007

Antinazisme de sex-shop

Si vous dénoncez publiquement la vogue dans la littérature holocaustique de ce que j’ai appelé «un nazisme (ou un antinazisme) de sex-shop», il pourra vous en cuire. Si vous ajoutez que ce type de pornographie imprègne trop de prétendus témoignages sur «l’Holo­causte» et qu’il est présent jusque dans les récits qu’on donne à lire à la jeunesse (quand on ne les lui débite pas sur place à Auschwitz), on vous le fera payer à coup sûr.

Il en ira autrement pour un juif, en particulier s’il est citoyen de l’Etat d’Israël. En un premier temps, ce juif, comme tous ses congénères, tirera un bénéfice financier et politique de la «pornographie mémorielle», puis, en un second temps, il se verra accorder la permission, comme c’est de plus en plus souvent le cas aujourd’hui, de dénoncer cette même porno­graphie. Le goy, lui, aura le droit, en un premier temps, de ne manifester que sa repentance et de payer sans protestation ni murmure; puis, en un second temps, il pourra exprimer son admiration pour ces merveilleux juifs qui sont si lucides, si honnêtes et si courageux qu’ils se montrent capables de dénoncer les répugnantes inventions du Shoa-Business ou de l’industrie de «l’Holocauste». Si le goy est révisionniste, qu’il ne s’attende pas à des excuses de la part du juif israélien qui l’avait injustement traité de menteur ou d’antisémite et qu’il n’aille pas s’imaginer qu’on lui reconnaîtra le mérite d’avoir eu raison le premier.

Le titre de l’article du New York Times du 6 septembre signifie: «Pour Israël, le dérivé inattendu d’un procès concernant l’Holocauste»; le procès en question est celui d’Adolf Eichmann. Rappelons qu’A. Eich­mann avait été enlevé d’Argentine en 1960, jugé et condamné en 1961 à Jérusalem et, enfin, pendu en 1962 au terme d’un procès parfaitement inique où aucune preuve n’avait été apportée de ce que le IIIe Reich aurait eu une politique d’extermination des juifs d’Europe et aurait utilisé à cette fin des chambres à gaz ou des camions à gaz homicides.

L’article se clôt sur une remarque d’Ari Libsker (35 ans et petits-fils de «survivants») évoquant ce «mélange “d’horreur, de sadisme et de pornographie” qui sert à perpétuer jusqu’à ce jour la mémoire de l’Holocauste dans la conscience israélienne».