Saturday, September 23, 2006

Benoît XVI dénonce chez les musulmans l’absence de « raison »



Le discours prononcé, ce 12 septembre, par Benoît XVI à l’Université de Ratisbonne (Regensburg) a fait grand bruit mais combien de ceux qui l’ont commenté l’ont-ils lu dans sa version originale allemande et dans son intégralité ? Il est à craindre que les traductions partielles qu’on a pu en trouver dans la presse française n’aient pas permis de s’en faire une idée précise ; quant à la traduction, réputée complète, que Le Monde a mise en ligne, elle porte un titre fautif, elle est amputée des premiers mots et elle omet de brefs fragments du discours.
Prononcé en allemand, ce discours porte pour titre : «Foi, raison et université. Souvenirs et réflexions». On le trouve sur le site du Vatican avec le copyright de la Libreria Editrice Vaticana. Prenant la parole dans le grand amphithéâtre (Aula Magna) de l’université en question, le Pape s’est adressé à un parterre choisi. Ses premiers mots ont été : « Eminences, Magnificences, Excellences, Mesdames et Messieurs » ; parmi ces « Magnificences » figurait le recteur. S’adressant à une assistance principalement constituée d’universitaires et de scientifiques, l’orateur a émaillé son discours de mots grecs et latins. La substance et le ton de ses propos étaient ceux d’un professeur de théologie enclin au pédantisme et parfois brumeux. L’examen du vocabulaire permet deux surprenantes constatations. La première tient à la fréquence à laquelle est revenu chez ce théologien, qui en faisait la vibrante apologie, le mot de «raison» (Vernunft) : une quarantaine de fois en un texte de six pages ! La seconde tient à la fréquence à laquelle ce représentant d’une religion dite universelle a employé des mots qui donnent l’impression que la Grèce, Rome et l’Europe sont comme au centre du monde : à eux seuls les mots évoquant la pensée grecque, hellénique ou socratique sont apparus une trentaine de fois ! L’idée directrice de l’orateur a été que la religion catholique romaine est la seule religion où la foi et la raison sont idéalement fondues : « la foi biblique » (Ancien Testament juif et Nouveau Testament) et « le questionnement grec ». C’est à la Grèce que cette religion serait redevable de l’apport si précieux du « logos » (raison). Un tel héritage de richesses bibliques et grecques, un tel trésor de foi et de raison conjuguées seraient à préserver contre toutes les hérésies ou dérives réformistes, modernistes, scientistes ou irrationalistes que la religion catholique romaine a pu connaître dans le passé et dont elle est menacée aujourd’hui.
Mais, par contraste, la religion musulmane, elle, a été décrite comme dépourvue de toute une part de ces richesses, car il lui manquerait « la raison » aussi appelée le « logos ».


A l’adresse d’un Persan, une attaque de la religion musulmane

Dès les alinéas 2 et 3 de son discours, le Pape annonce franchement la couleur. Il cite un « docte empereur byzantin » de confession chrétienne, Manuel II Paléologue, qui, vers la fin du XIVe siècle, dans une controverse l’opposant à un « Persan lettré » de confession musulmane, aurait montré la supériorité de sa religion sur celle de son interlocuteur car dans la conception que les chrétiens se font de Dieu il y a place pour la raison tandis que chez Mahomet il n’y a pas de raison. Voici l’intégralité de ces deux alinéas introductifs :
Tout cela [sur l’université où j’enseignais autrefois] m’est revenu à l’esprit quand j’ai lu récemment la partie éditée par le professeur Theodore Khoury (Münster) du dialogue que l’empereur byzantin érudit Manuel II Paléologue mena en 1391 durant son séjour d’hiver à Ankara avec un Persan lettré sur le Christianisme et l’Islam et la vérité des deux [religions]. C’est probablement l’empereur lui-même qui retranscrivit ce dialogue durant le siège de Constantinople, entre 1394 et 1402 ; ainsi s’explique aussi pourquoi ses propres développements sont reproduits beaucoup plus en détail que ceux de son interlocuteur persan. Le dialogue porte sur la totalité du domaine des structures religieuses de la Bible et du Coran et tourne spécialement autour de l’image de Dieu et de l’homme mais toujours aussi nécessairement autour de la relation entre – comme on disait alors – « les trois lois » ou « les trois ordres de vie » : l’Ancien Testament, le Nouveau Testament, le Coran. Aujourd’hui, dans cette conférence, je n’en traiterai pas et je ne prendrai dans la construction de la totalité du dialogue qu’un point marginal – qui dans le contexte du thème « foi et raison » m’a le plus fasciné (fasziniert) et qui servira de point de départ à mes réflexions sur ce thème.

Dans le septième échange de propos (dialexis ou controverse) éditée par le professeur Khoury l’empereur aborde le thème du Djihad, de la guerre sainte. L’empereur savait certainement que, dans la sourate II, 256, on peut lire : «Aucune contrainte dans les choses de la foi». C’est là un texte de la période initiale, disent les experts, durant laquelle Mahomet était lui-même encore sans pouvoir et menacé. Mais naturellement, l’empereur connaissait aussi les prescriptions consignées et plus tard fixées dans le Coran concernant la guerre sainte. Sans entrer dans les détails comme la différence de traitement entre «les peuples du Livre [juifs et chrétiens]» et « les incroyants », il se tourne vers son interlocuteur d’une manière abrupte, étonnante, et pour nous stupéfiante, tout simplement en lui posant la question centrale du rapport entre religion et violence. Il lui dit : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau et tu ne trouveras que du mauvais et de l’inhumain comme le fait qu’il a prescrit de propager par l’épée la foi qu’il prêchait ». Après avoir ainsi porté ce coup, l’empereur justifie ensuite minutieusement les raisons pour lesquelles la propagation de la foi par la violence est absurde. Elle est en contradiction avec la nature de Dieu et avec la nature de l’âme. « Dieu ne trouve pas de plaisir au sang, dit-il ; et ne pas agir selon la raison, ne pas agir « syn logo » [avec raison] est contraire à la nature de Dieu. La foi est le fruit de l’âme et non du corps. Celui qui veut conduire quelqu’un vers la foi a besoin de l’aptitude au bon discours, à la juste pensée et non de la violence et de la menace … Pour convaincre une âme raisonnable on n’a besoin ni de bras, ni d’instruments pour frapper, ni non plus d’un moyen quelconque par lequel on peut menacer quelqu’un de mort … »



Une attaque confirmée et insistante

A supposer que cette controverse ait vraiment eu lieu et que ce Persan ait réellement existé, il est facile d’imaginer ce que ce dernier aurait pu répliquer à l’empereur sur le chapitre, par exemple, des Croisades et de l’Inquisition en matière de propagation de la foi par la violence. Il est à ce propos étonnant que Benoît XVI, s’interrogeant sur « Foi et raison », n’ait pas fait la moindre allusion dans tout son discours à certaines pages sombres de l’histoire chrétienne ou papale. Il se déclare « fasciné » par les réflexions de l’empereur chrétien sur le Djihad, mot ici entendu au sens de « guerre sainte ». Il en est tellement « fasciné » qu’il a décidé de choisir cette impériale et chrétienne réflexion pour point de départ de son discours. Il ne s’agit donc pas pour lui d’un détail ou d’une remarque faite en passant. Quand il précise que l’empereur s’adresse à son interlocuteur musulman « d’une manière abrupte, étonnante et pour nous stupéfiante », il n’exprime pas une réserve sur le fond mais glisse une remarque sur la forme, c’est-à-dire sur la rude franchise du temps. Le propos de Manuel II le « fascine » au point que, dans l’ensemble de son discours, il nommera dix fois l’empereur (der Kaiser), dont une première fois dans son introduction et une dernière fois dans la fin de sa conclusion. Dans l’alinéa qui suit les deux alinéas susmentionnés, il déclare :
La phrase décisive dans cette argumentation contre la conversion par la violence est la suivante : ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu. L’éditeur, Theodore Khoury, commente ainsi : Pour l’empereur, un Byzantin éduqué dans la philosophie grecque, cette phrase est évidente.
Par contraste, le Pape nomme un auteur musulman, Ibn Hazm, pour lequel l’absolu divin est tel que Dieu pourrait se passer de toute raison, ne serait pas même engagé par sa propre parole et pourrait ne pas nous révéler la vérité. Puis, le Pape revient sur ce Kaiser, qui lui tient tant à cœur, et le cite à nouveau traitant de Dieu qui, selon la conception chrétienne, « agit syn logo, avec le logos. Le logos est la raison ». Dans le sixième alinéa, il s’en prend une nouvelle fois à Ibn Hazm et à sa conception d’un Dieu dont « la transcendance et la différence sont tellement exagérées ». Tout à la fin de son discours, c’est dans les termes suivants qu’il évoque une dernière fois l’empereur :



L’Occident est depuis longtemps menacé par cette aversion contre les interrogations fondamentales de sa raison et il pourrait en subir un grand dommage. Le courage de s’ouvrir à l’amplitude de la raison et non le refus de sa grandeur, tel est le programme avec lequel une théologie soumise à la foi biblique entrera dans le débat du temps présent. « Ne pas agir selon la raison, ne pas agir avec le logos est contraire à la nature de Dieu » a déclaré Manuel II à son interlocuteur persan à partir de son image chrétienne de Dieu. C’est à ce grand logos, à cette vastitude de la raison, que nous invitons nos interlocuteurs dans le dialogue des cultures. La retrouver nous-mêmes et toujours, c’est la grande tâche de l’université.



Une attaque aux motifs obscurs

Le Pape aspire donc à un « dialogue des cultures », y compris la culture musulmane, mais, comme on le voit, il le fait sous l’invocation, en quelque sorte, d’un empereur chrétien, Manuel II Paléologue, pour qui la religion de Mahomet est insensée. En outre, ce dialogue se tiendrait dans le champ de la foi et de la raison mais au sens où l’entend l’Eglise catholique romaine. Le Pape donne ici l’impression de parler avec l’autorité de la puissance invitante. Pour finir, il appelle, en ce jour, l’université, les scientifiques et les professeurs à collaborer avec lui dans la propagation d’un type étroitement défini de «dialogue des cultures».
L’empereur Manuel II, à la fin du XIVe siècle, adressait ce genre de message, sur un ton abrupt, à un Persan de confession musulmane. Le Pape Benoît XVI, lui, à l’aube du XXIe siècle, adresse, sur un ton différent, le même message au monde entier mais non sans viser en particulier le monde musulman et, peut-être, encore plus particulièrement, la Perse ou l’Iran d’aujourd’hui.
On se demande quels motifs et quels conseillers ont pu le pousser à développer à l’adresse du monde entier une telle « leçon » dans une université allemande. Pensait-il sérieusement que le monde musulman accepterait sans vive protestation d’entendre de tels propos et de recevoir une telle leçon ?
Une partie du monde musulman a réagi avec fureur, donnant ainsi l’impression du fanatisme religieux. De leur côté, l’attitude de nombreux Occidentaux a trahi consternation ou embarras. En revanche, bien des juifs n’ont pu dissimuler leur satisfaction, puis se sont portés au secours du Pape quand ils ont vu que des autorités et des foules musulmanes le vilipendaient. Jusque-là Benoît XVI ne cessait, avec une soumission toute allemande, de donner des gages aux juifs mais, s’y prenant lourdement, il leur avait déplu. En particulier, lors de sa visite d’Auschwitz, il avait cru bien remplir son devoir de mémoire juive en mettant «le crime» de la Shoah sur le compte d’un « groupe de criminels » ; il se trompait : les juifs ne l’entendaient pas de cette oreille, eux pour qui c’est le peuple allemand tout entier qui doit se voir infliger au fer rouge le signe de Caïn. Bref, ce pape semble porté à commettre des déclarations qui l’obligent ensuite, en un premier temps, à déplorer qu’on ait mal saisi ses intentions, puis, en un second temps, à exprimer ses regrets pour les « malentendus » ainsi créés. Cela dit, une réaction très modérée à son discours et aux manifestations de colère vaut d’être notée : celle d’un Persan, d’un Iranien, le président de la République islamique d’Iran. Elle est celle d’un esprit particulièrement fin que les médias occidentaux se plaisent à décrire comme un fanatique. Mahmoud Ahmadinejad a préconisé l’apaisement.



Une possible explication

Personnellement, j’ai surtout cherché à savoir ce que le Pape avait exactement dit dans son discours de Ratisbonne. Ma conclusion est qu’il s’y est livré à une sorte de leçon de théologie, de philosophie et de morale qui visait principalement les musulmans. Je donne donc raison aux médias, qui, résumant avec hardiesse les propos du Pape, ont mis l’accent sur la phrase où Manuel II Paléologue s’en prend de manière franche et abrupte à la religion de Mahomet : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau et tu ne trouveras que du mauvais, de l’inhumain comme le fait qu’il a prescrit de propager par l’épée la foi qu’il prêchait. » Mais, quant à savoir pourquoi le Pape s’en est ainsi pris à la religion musulmane, je note que les commentateurs qu’il m’est arrivé de lire ou d’entendre ne se sont pas posé la question ou bien n’ont pas apporté de réponse bien claire. Traiter Benoît XVI de « gaffeur » ne nous aide pas à comprendre pourquoi c’est cette «gaffe»-là qui a été commise, et nulle autre.
Peut-être son attaque intempestive contre la religion musulmane vient-elle, chez le vieil homme, de l’angoisse à constater en Europe, berceau du christianisme, l’effondrement de la pratique chrétienne et la montée de la pratique musulmane. Il se peut aussi qu’il craigne pour l’avenir ce conflit entre civilisations, cultures et religions dont parlent certains et qu’il s’imagine que le danger principal vient des pauvres de l’Orient plutôt que de l’Occident surarmé et de l’Etat colonial juif instauré en Palestine. Il pourrait enfin nourrir un faible pour le conservatisme politique, voire pour le néo-conservatisme à la manière américano-juive. Rien de tout cela n’est à exclure mais peut-être aussi – et ce sera là mon hypothèse – la cause est-elle à chercher dans le lointain passé du jeune Allemand Josef Ratzinger, qui a autrefois porté, sans le vouloir, nous dit-il, l’uniforme des Jeunesses hitlériennes. Depuis plus de soixante ans, brûlé par cette tunique de Nessus, il se sent, comme tout Allemand, accablé par le péché capital que son pays aurait, paraît-il, commis, celui du prétendu génocide des juifs. Ses prédécesseurs Jean XXIII, Paul VI et surtout Jean-Paul II ont accumulé toutes les formes possibles d’allégeance aux juifs, même les plus saugrenues. Jean-Paul II est allé jusqu’à faire d’Auschwitz un nouveau Golgotha. A la demande des juifs il a chassé du nouveau Golgotha les religieuses catholiques et fait enlever la croix des chrétiens. Il a canonisé Edith Stein et, pour l’occasion, a osé affirmer au cours de son homélie que la sainte avait trouvé la mort dans une « chambre à gaz ». C’est dans cette atmosphère de repentir et de repentance maladive que J. Ratzinger a lui-même œuvré au Vatican à l’ombre de ses prédécesseurs. Elu pape à son tour, il n’allait pas déroger. Au contraire, maintenant que le monde entier allait savoir son appartenance passée à l’organisation diabolique des Jeunesses hitlériennes, il lui fallait impérativement en ajouter dans l’allégeance au peuple qui se décrit comme le martyr par excellence du monde entier. Benoît XVI est de ceux qui «prient pour la paix au Proche-Orient» mais en mettant sur le même plan le colon juif et le colonisé palestinien, que ce dernier soit musulman ou chrétien. A ses yeux, l’Armée juive et l’Etat juif ne semblent pas encourir de responsabilité particulière dans la situation catastrophique du Proche et du Moyen-Orient. Restent donc ces musulmans fanatisés et inaccessibles à la raison, au « logos » des Grecs, de l’Europe et de l’Occident, et cela aussi bien à Gaza, en Cisjordanie, au Liban qu’en bien d’autres pays islamiques et, surtout peut-être, en Iran. Il convient de ramener ces malheureux à la raison.
Il est peut-être là le motif profond du pape allemand : se concilier enfin les juifs en dénonçant le fanatisme musulman. Mais J. Ratzinger s’y est pris trop naïvement, trop lourdement. La surenchère n’a pas payé et l’opération a échoué. Aujourd’hui, certains intellectuels juifs vont jusqu’à lui en faire le reproche. Demain, quand il lui faudra calmer la tempête, il nous expliquera qu’il n’a pas dit… ce qu’il a pourtant bel et bien dit.




Note complémentaire sur Benoît XVI et l’Ancien Testament :


S’il est un ouvrage où se rencontrent souvent les appels à la haine, à la vengeance, à l’extermination physique de peuples entiers (hommes, femmes, enfants, y compris les vieillards et les nourrissons, et sans oublier les troupeaux), c’est bien la Bible des juifs, cet Ancien Testament que mentionne élogieusement Benoît XVI. Selon Isaïe (13, 15-16), Babylone sera châtiée : «Tous ceux qu’on trouvera seront transpercés, tous ceux qu’on prendra tomberont sous l’épée. Leurs petits enfants seront écrasés sous leurs yeux, leurs maisons pillées, leurs femmes violées ... [Les juifs] n’épargneront pas le fruit de leurs entrailles» (Traduction œcuménique de la Bible ou TOB, p. 797). Selon Osée (14, 1), « Samarie devra payer car elle s’est révoltée contre son Dieu : ils tomberont par l’épée, les nourrissons seront écrasés et les femmes enceintes éventrées » (p. 1130). Selon Nahoum (3, 6, 10), « Je te couvre d’ordures pour te flétrir et de toi, faire un exemple […] A son tour, [Ninive] fut déportée ; elle dut partir en captivité. A leur tour, ses bébés furent écrasés à tous les carrefours » (p. 1206). Selon le Psaume coté 136 ou 137, David, s’adressant au pays d’Edom, déclare : « Heureux qui saisira tes nourrissons pour les broyer sur le roc » (p. 1448). Selon Samuel (19, 25), le roi Saül donnera pour femme à David sa fille Mikal à la condition que David lui apporte « cent prépuces de Philistins [Palestiniens], pour tirer vengeance des ennemis du roi » ; David « abattit, parmi les Philistins [Palestiniens], deux cents hommes » et « apporta leurs prépuces, dont on fit le compte devant le roi » (p. 559). Quant au Livre d’Esther, il fait état de la « jubilation » qu’éprouvent les juifs à se venger. Grâce aux intrigues d’Esther et de Mardochée auprès de Xerxès, roi des Perses (Iraniens), Haman est pendu et toutes ses possessions remises à Esther, qui en confie l’administration à Mardochée, lequel, par la suite, deviendra « le second du royaume, après Xerxès » à la place de Haman. Puis Esther et Mardochée obtiennent en sus la permission pour les juifs de massacrer tous leurs ennemis : « En chaque province et en chaque ville où étaient parvenus l’ordonnance du roi et son décret, c’était joie et jubilation pour les juifs, c’était le banquet et la fête. Beaucoup de gens du pays se faisaient juifs, car la terreur des juifs tombait sur eux [comme la cagoule sur la tête du condamné à la pendaison] ». Ce sont les jours des Pourim (Destinées). Les dix fils de Haman sont, à leur tour, pendus. Les juifs tueront au moins 75 300 Perses. Et c’est ainsi qu’encore au XXIe siècle, chaque année, les juifs, s’échangeant des cadeaux, fêtent Pourim dans la liesse. On pourrait citer bien d’autres pages de la Bible où s’exprime une invitation au meurtre ou au massacre de masse. Quant au Talmud, il évoque Jésus condamné pour l’éternité à bouillir dans des excréments. Sur ce dernier point on se reportera à Der Babylonische Talmud [Gittin, V, VI, Fol. 57], neu übertragen durch Lazarus Goldschmidt, Berlin, Jüdischer Verlag, 1932, p. 368, où l’expression employée est : « mit siedendem Kote ». On peut également consulter The Babylonian Talmud [Seder Nashim, Gittin, Fol. 57] under the editorship of Rabbi Dr. I. Epstein, London, The Soncino Press, 1936, p. 260-261, où l’expression employée est « with boiling hot excrement ». Le culte de la violence dans la tradition et la pratique juives a fait l’objet de bien des publications d’auteurs juifs ou non juifs. L’un des derniers en date est Elliott Horowitz dans l’ouvrage qu’il a intitulé Reckless Rites : Purim and the Legacy of Jewish Violence [Rites imprudents : Pourim et l’héritage de la violence juive] (Princeton University Press, USA, mai 2006, 344 p.). Des juifs s’inquiètent de voir ainsi « le peuple du Livre » rituellement fêter ces orgies de vengeance.
C’est à ce « peuple du Livre » que les Palestiniens ont actuellement à faire. On serait heureux d’entendre le Pape sur ce chapitre-là, lui qu’on voit si préoccupé de la violence des musulmans.
23 septembre 2006

Benedict XVI Denounces the Absence of “Reason” among the Moslems

The speech given by Pope Benedict XVI on September 12 at the University of Ratisbon (Regensburg) has caused quite a fuss, but how many of those who have commented on it have read it in its original German version and in its entirety? One may well fear that the partial translations readers have been able to consult in the French press will not enable them to form an exact idea of it; as for the translation, said to be complete, that Le Monde made available on the Internet, the first words and some brief fragments elsewhere in the speech are missing.
Pronounced in German, the speech bears the title “Faith, Reason and the University — Memories and Reflections”. It can be found on the Vatican’s website under copyright of the Libreria Editrice Vaticana *. Taking the podium in the great lecture hall (Aula Magna) of the University in question, the Pope spoke to a select audience. His first words were “Your Eminences, Your Magnificences, Your Excellencies, Distinguished Ladies and Gentlemen”; among those “Magnificences” was the University’s chancellor. The orator, addressing himself to a gathering made up for the most part of academics and scientists, dotted his talk throughout with Greek and Latin phrases. The substance and tone of his statements were those of a theology professor inclined to pedantry and, at times, obscure. An examination of the vocabulary allows one to make some surprising observations. The first of these is the frequency with which a certain word came to this theologian, who made a vibrant defence of it: the word “reason” (Vernunft), repeated about forty times in a text of six pages! The second is the frequency with which this representative of a religion said to be universal employed words that give the impression that Greece, Rome and Europe are the centre of the world: all by themselves, the words evoking Greek, Hellenic or Socratic thought appeared about thirty times! The speaker’s guiding idea was that the Roman Catholic religion is the only one where faith and reason are ideally joined: “biblical faith” (the Jewish Old Testament and the New Testament) and “Greek questioning”. It is, according to him, to Greece that this religion is indebted for having brought it the so precious asset of the “logos” (reason). Such a heritage of biblical and Greek riches, such a treasure of faith and reason united are to be preserved in the face of all the heresies or reformist, modernist, scientistic or irrational driftings that the Roman Catholic Church may have experienced in the past and by which it is threatened today.
But, in contrast, the Moslem religion is, for its part, described as being deprived of a whole important segment of that treasure, for it lacks “reason”, also called the “logos”.
An Attack on the Moslem Religion, Addressed to a Persian
In the 2nd and 3rd paragraphs of his speech, the Pope plainly lays his cards on the table. He cites an “erudite Byzantine emperor” of the Christian faith, Manuel II Paleologus, who, towards the end of the 14th century, in a controversy with an “educated Persian” of the Moslem faith, apparently demonstrated the superiority of his religion to that of his interlocutor, for in the Christians’ conception of God there is room for reason whereas with Mohammed there is no reason. Here, in their entirety, are those two introductory paragraphs:
I was reminded of all this [concerning the University where I used to teach] recently, when I read the edition by Professor Theodore Khoury (Münster) of part of the dialogue carried on - perhaps in 1391 in the winter barracks near Ankara - by the erudite Byzantine emperor Manuel II Paleologus and an educated Persian on the subject of Christianity and Islam, and the truth of both [religions]. It was presumably the emperor himself who set down this dialogue, during the siege of Constantinople between 1394 and 1402; and this would explain why his arguments are given in greater detail than those of his Persian interlocutor. The dialogue ranges widely over the structures of faith contained in the Bible and in the Qur'an, and deals especially with the image of God and of man, while necessarily returning repeatedly to the relationship between - as they were called - three "Laws" or "rules of life": the Old Testament, the New Testament and the Qur'an. It is not my intention to discuss this question in the present lecture; here I would like to discuss only one point - itself rather marginal to the dialogue as a whole - which, in the context of the issue of "faith and reason", I found interesting [sic: the German text has fasziniert (fascinate), a decidedly stronger word] and which can serve as the starting-point for my reflections on this issue.

In the seventh conversation (διάλεξις – [dialexis] controversy) edited by Professor Khoury, the emperor touches on the theme of the holy war [Jihad]. The emperor must have known that sura 2, 256 reads: "There is no compulsion in religion". According to the experts, this is one of the suras of the early period, when Mohammed was still powerless and under threat. But naturally the emperor also knew the instructions, developed later and recorded in the Qur'an, concerning holy war. Without descending to details, such as the difference in treatment accorded to those who have the "Book" [Jews and Christians] and the "infidels", he addresses his interlocutor with a startling brusqueness, a brusqueness which leaves us astounded, on the central question about the relationship between religion and violence in general, saying: "Show me just what Mohammed brought that was new, and there you will find things only evil and inhuman, such as his command to spread by the sword the faith he preached". The emperor, after having expressed himself so forcefully, goes on to explain in detail the reasons why spreading the faith through violence is something unreasonable. Violence is incompatible with the nature of God and the nature of the soul. "God", he says, "is not pleased by blood - and not acting reasonably (σuν λόγω [syn logo, with reason]) is contrary to God's nature. Faith is born of the soul, not the body. Whoever would lead someone to faith needs the ability to speak well and to reason properly, without violence and threats... To convince a reasonable soul, one does not need a strong arm, or weapons of any kind, or any other means of threatening a person with death...".

A Confirmed and Insistent Attack
Supposing that this controversy did indeed take place and that the learned Persian really existed, it is easy to imagine what the latter might have retorted to the Emperor on the subject, for example, of the Crusades and the Inquisition as far as the propagation of faith by violence was concerned. In this respect it is surprising that Benedict XVI, wondering about “Faith and Reason”, should not have made the least allusion in all his talk to certain dark pages of Christian or papal history. He declares himself to be “fascinated” by the Christian Emperor’s reflections on the Jihad, a word understood here in its sense of “holy war”. He is so “fascinated” that he has decided to choose this imperial and Christian reflection as the starting point of his talk. Thus for him this is not a matter of a mere detail or a remark made by the way. When he specifies that the Emperor “addresses his interlocutor with a startling brusqueness, a brusqueness which leaves us astounded”, he is not voicing any reservation on the merits of the ideas but rather slipping in a comment on the form, that is, on the harsh frankness of the time. Manuel II’s words “fascinate” him to such an extent that, in the whole of his speech, he names the Emperor (der Kaiser) ten times, including a first mention in his introduction and a final one in his conclusion. In the paragraph following the two paragraphs reproduced above, he declares:
The decisive statement in this argument against violent conversion is this: not to act in accordance with reason is contrary to God's nature. The editor, Theodore Khoury, observes: For the emperor, as a Byzantine shaped by Greek philosophy, this statement is self-evident.
By way of contrast, the Pope names a Moslem author, Ibn Hazm, for whom the divine absolute is such that God could, if he wished, do without reason altogether, even choose not to be bound by his own word and so refrain from revealing the truth to us. Then the Pope returns to that Kaiser, so close to his heart, and quotes him anew on the subject of God who, according to the Christian conception, “acts σuν λόγω [syn logo], with logos. Logos means both reason and word.” In the sixth paragraph, he again attacks Ibn Hazm and the latter’s conception of a God whose “transcendence and otherness are so exalted”. At the very end of his speech, it is in the following terms that he brings up the Emperor one last time:
The West has long been endangered by this aversion to the questions which underlie its rationality, and can only suffer great harm thereby. The courage to engage the whole breadth of reason, and not the denial of its grandeur - this is the programme with which a theology grounded in Biblical faith enters into the debates of our time. "Not to act reasonably, not to act with logos, is contrary to the nature of God", said Manuel II, according to his Christian understanding of God, in response to his Persian interlocutor. It is to this great logos, to this breadth of reason, that we invite our partners in the dialogue of cultures. To rediscover it constantly is the great task of the university.

An Attack arising from Obscure Motives
Thus the Pope wishes to see a “dialogue of cultures”, including the Islamic culture, but, as may be seen, he does so under the invocation, in a way, of a Christian Emperor, Manuel II Paleologus, for whom the religion of Mohammed is nonsensical. Besides, that dialogue is apparently to be held on a plane of faith and reason but in line with the Roman Catholic Church’s understanding of these. The Pope gives an impression here of speaking with the authority of the inviting power. To finish, that day in Ratisbon he called on the university, the scientists and professors to collaborate with him in promoting a narrowly defined type of “dialogue of cultures”.
Emperor Manuel II, in the late 14th century, addressed that kind of message, in a brusque tone, to a Persian of the Moslem faith. Pope Benedict XVI, for his part, at the dawn of the 21st century, has addressed, in a different tone, the same message to the whole world but not without targeting in particular the Moslem world and, perhaps, even more particularly, the Persia or Iran of today.
One may wonder what motives and which counsellors were able to push him to develop such a lecture to the attention of the whole world before a German university. Did he seriously think that the Moslem world would accept to hear and receive his lesson without making vigorous protests?
A part of the Moslem world has reacted with fury, thus giving the impression of religious fanaticism. At their end, the attitude of many Westerners has betrayed consternation or embarrassment. On the other hand, a fair number of Jews have been unable to hide their satisfaction before going to the aid of the Pope upon seeing the Moslem authorities and crowds vilify him. Up to this time Benedict XVI had never ceased, with a thoroughly German submission, making reassuring gestures towards the Jews but, going about it rather awkwardly, he had displeased them. In particular, during his visit to Auschwitz, he thought he would be doing his duty to Jewish memory properly by laying the blame for “the crime” of the Shoah on a “group of criminals”; he was mistaken: the Jews did not see things that way, since for them it is the German people in their entirety who must have the mark of Cain branded on them. In short, this Pope seems given to making statements which subsequently oblige him, first, to deplore the fact that his intentions have been incorrectly grasped, then second, to voice regrets for the “misunderstandings” thus created. That said, one very moderate reaction to his speech and to the showings of anger that ensued is worth noting: that of a Persian, an Iranian, the president of the Islamic Republic of Iran. It is that of a particularly subtle mind that the Western media like to describe as fanatical. Mahmoud Ahmadinejad recommended coolness and calm to all concerned.
One Possible Explanation
Personally, I have sought above all to know exactly what the Pope said in his Ratisbon address. Having read the text, my general conclusion is that he was indulging in a sort of open lecture on theology, philosophy and morality aimed mainly at the world’s Moslems. Therefore I think that the media are right when, in their severe summings-up of the Pope’s statements, they stress the sentence where Manuel II Paleologus attacked the religion of Mohammed in a frank and brusque manner: “Show me just what Mohammed brought that was new, and there you will find things only evil and inhuman, such as his command to spread by the sword the faith he preached.” But, as for knowing why the Pope attacked the Moslem religion in this way, I note that the commentators I have had occasion to read or hear have either not asked themselves the question or have failed to provide a clear answer. Calling Benedict XVI a “blunderer” hardly helps us understand why it was that this specific “blunder” and not some other was committed.
Perhaps his ill-advised assault on the Moslem religion came from the old man’s anguish at noting in Europe, the cradle of Christianity, the collapse of Christian observance and the rise of Moslem observance. It may be that he fears for a future where he sees that conflict of civilisations, cultures and religions of which certain people speak these days, and so imagines that the main danger comes from the poor of the East rather than from an exceedingly heavily armed West and the colonial Jewish State established in Palestine. He might finally harbour a weakness for political conservatism, even neo-conservatism of the Jewish-American fashion. Nothing of all this can be ruled out but perhaps also — and this will be my own hypothesis — the cause is to be sought in a distant past when the young German Josef Ratzinger wore, unwillingly, he tells us, the uniform of the Hitler Youth. For more than sixty years, burnt by that tunic of Nessos, he has felt, like any German, overwhelmed by the mortal sin that his country, it is alleged, committed, that of the alleged genocide of the Jews. His predecessors John XXIII, Paul VI and especially John Paul II piled up all possible forms of allegiance to the Jews, even the most preposterous. John Paul II went so far as to make of Auschwitz a new Calvary. At the Jews’ request he chased the Catholic nuns out of the new Calvary and had the Christian crosses removed. He canonised Edith Stein and, for the occasion, dared to state in his homily that the saint had met her death in a “gas chamber”. It is in this atmosphere of penitence and of sickly repentance that J. Ratzinger has himself laboured at the Vatican in the shadow of his predecessors. Elected Pope in his turn, he was not about to break with precedent. On the contrary, now that the whole world was to know of his past membership in the diabolical Hitler Youth organisation, he had imperatively to carry still further his allegiance to the people describing itself as the whole world’s martyr par excellence. Benedict XVI is among those who “pray for peace in the Middle East” but who do so whilst placing the Jewish coloniser and the colonised Palestinian, whether Moslem or Christian, on the same level. In his eyes, the Jewish Army and the Jewish State do not appear to bear any particular responsibility in the catastrophic situation in the Near and Middle East. Thus there remain those fanaticised Moslems, impervious to reason, to the “logos” of the Greeks, Europe and the West, and they are that way in Gaza, the West Bank and Lebanon as well as in a lot of other Islamic countries and, perhaps especially, in Iran. As he sees it, the right thing to do is to bring these poor people to reason.
It is perhaps here that the German Pope’s bottom purpose lies: to ingratiate himself with the Jews by denouncing Moslem fanaticism. But J. Ratzinger went about it too naïvely, too clumsily. Overbidding did not pay off and the venture failed. Today some Jewish intellectuals are going so far as to find fault with him for it. Tomorrow, when he has to calm the storm, he will explain to us that he did not say… what he, nonetheless, did actually say.

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Additional note on Benedict XVI and the Old Testament:
If there exists a work in which calls often arise for hatred, vengeance and the physical extermination of entire peoples (men, women, children, including the aged and the infants, not to mention herds of livestock), it is indeed the Bible of the Jews, that Old Testament mentioned eulogistically by Benedict XVI. According to Isaiah (13, 15-16, 18), Babylon shall be punished: “Every one that is found shall be thrust through; and every one that is joined unto them shall fall by the sword. Their children also shall be dashed to pieces before their eyes; their houses shall be spoiled, and their wives ravished… [The Jews] shall have no pity on the fruit of the womb”. According to Hosea (13, 16), “Samaria shall become desolate; for she hath rebelled against her God: they shall fall by the sword: their infants shall be dashed in pieces, and their women with child shall be ripped up”. According to Nahum (3, 6, 10), “I will cast abominable filth upon thee, and make thee vile, and will set thee as a gazingstock. […]Yet was she [Nineva] carried away, she went into captivity: her young children also were dashed in pieces at the top of all the streets”. According to Psalm 137, David, addressing the land of Edom, declares: “Happy shall he be, that taketh and dasheth thy little ones against the stones.” According to the First Book of Samuel (18, 25, 27), King Saul will give David the hand of his daughter Michal on condition that David bring him “a hundred foreskins of the Philistines [Palestinians], to be avenged of the king's enemies”; David and his men “slew of the Philistines [Palestinians] two hundred men; and David brought their foreskins, and they gave them in full tale [tally] to the king.” As for the Book of Esther, it relates the “joy and gladness” felt by the Jews in exacting revenge. Thanks to the intrigues of Esther and Mordecai in the court of Ahasuerus (Xerxes), King of the Persians (Iranians), Haman is hanged and all his property conveyed to Esther, who puts Mordecai in charge thereof; Mordecai subsequently takes Haman’s place “next unto king Ahasuerus”. Then Esther and Mordecai also obtain permission for the Jews to slaughter all their enemies: “And in every province, and in every city, whithersoever the king's commandment and his decree came, the Jews had joy and gladness, a feast and a good day. And many of the people of the land became Jews; for the fear of the Jews fell upon them [like the hood upon the head of a man sentenced to hang]” (8, 17). These are the days of Purim, plural of Pur, “that is, the lot [cast]” (Esther 9, 24), signifying “destiny”. The ten sons of Haman are in turn hanged as well. The Jews kill at least 75,300 Persians. And so it is that, still in the 21st century, every year the Jews, exchanging gifts, joyously celebrate Purim. One could go on citing quite a few other pages of the Bible where an invitation to murder or mass slaughter is expressed. As for the Talmud, it evokes a Jesus Christ condemned forever to boil in excrement. On this last point one may consult Der Babylonische Talmud [Gittin, V, VI, Fol. 57], neu übertragen durch Lazarus Goldschmidt, Berlin, Jüdischer Verlag, 1932, p. 368, where the expression is: mit siedendem Kote”. One may also refer to The Babylonian Talmud [Seder Nashim, Gittin, Fol. 57] under the editorship of Rabbi Dr I. Epstein, London, The Soncino Press, 1936, p. 260-261, where the expression employed is “with boiling hot excrement”. The cult of violence in Jewish religious tradition and practice has been the subject of numerous publications by Jewish and non-Jewish authors. One of the latest to address it is Elliot Horowitz in his book entitled Reckless Rites: Purim and the Legacy of Jewish Violence (Princeton University Press, May 2006, 344 p.). Some Jews are uneasy at seeing “the people of the Book” ritually celebrate those orgies of vengeance as they do.
It is with this “people of the Book” that the Palestinians currently have to deal. It would be good to hear the Pope, now so preoccupied with Moslem violence, speak on that score.
September 23, 2006

* The official English translation may be consulted at http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/speeches/2006/september/documents/hf_ben-xvi_spe_20060912_university-regensburg_en.html; for the original German text, same address but with “ge.” in the place of “en.”, before “html”.

Tuesday, September 5, 2006

Lettre ouverte de François Léotard à Mahmoud Ahmadinedjad

Monsieur le Président,

Franchement, en commençant cette lettre, je n’avais pas envie de vous appeler de cette manière.

Ce titre implique en effet un minimum de respect.

Je le fais néanmoins parce que c’est vous qui vous exprimez au nom des Iraniens. Sur les photos, je vous vois devant des foules, des visages, des mains levées.

Sans doute peut-on y deviner une forme d’enthousiasme, en tout cas d’adhésion.

Nous avons, en Europe, connu ces foules. C’était un mauvais moment pour nous. Une période tragique dont nous continuons à porter la honte et l’angoisse.

L’un des peuples les plus cultivés du monde, un peuple qui avait élevé à un haut degré la philosophie, la musique, la poésie, la science, un peuple qui avait étonné ses voisins par son rayonnement avait sombré dans la haine, la folie raciale, l’ignominie.

Des dizaines de millions d’individus ont subi, dans leur chair leur culture, leur dignité, cette étrange barbarie qui se voulait un ordre nouveau. Ce furent d’abord les propres ressortissants de cet Etat, des Allemands, puis peu à peu les autres, tous les autres…

On appela cette folie une guerre mondiale.

Mais ce fut surtout une guerre contre ce qu’il y avait d’humain en nous. Les livres furent brûlés, les enfants déportés et assassinés, les intelligences brisées.

Tout ce qui faisait l’honneur de l’homme fut piétiné. Et puis…

Et puis, j’en viens à vous: une partie de l’espèce humaine, le peuple juif, fut destiné à l’enfer. Oh, je vous le concède, une petite partie.

Ce n’était ni les plus nombreux, ni les plus riches, ni même les plus influents.

C’étaient des hommes et des femmes qui avaient porté très longtemps et très loin leur foi, leurs questions sur le monde, sur Dieu, sur la nécessité de vivre ou de souffrir, sur le bonheur d’aimer. Généralement, ils fréquentaient les livres. Ils réfléchissaient beaucoup, ils ne comprenaient pas pourquoi on ne les aimait pas, pourquoi on les appelait des «sous hommes» des Untermensch, pourquoi on les considérait comme des insectes… Ils furent pourchassés dans toute l’Europe, pendus, fusillés, brûlés...

Vous savez parfaitement tout cela, mais je l’évoque devant vous pour trois raisons au moins:

- La première, c’est que nous (je dis «nous», c’est une façon de parler) n’accepterons pas que ça recommence. Je ne suis pas juif, mais les Juifs sont, comme les Perses mes frères en humanité.

- La seconde, c’est qu’ils ont le droit, comme vous, comme moi d’avoir une patrie. Que ce soit la France ou Israël ne change rien à l’affaire.

- La troisième raison ne vous plaira pas. Mais tant pis: c’est qu’ils apportent au monde (et probablement c’est cela que vous voulez «rayer de la carte») c’est une conception de l’homme et de son destin qui a enrichi plusieurs siècles de civilisation, et qui fait honneur au peuple juif comme à l’Etat d’Israël.

Monsieur le Président, vous avez le droit d’être nationaliste. Vous avez le droit d’être fier de l’histoire du peuple perse. Vous avez le droit d’être croyant et de prier le Dieu «clément et miséricordieux» comme il est dit au début de chaque sourate du Coran.

Vous pensez avoir le droit de voiler les femmes, de torturer les opposants, d’emprisonner les journalistes qui vous contredisent, de condamner à mort des enfants mineurs, de persécuter vos minorités.

Mais vous n’avez pas le droit de porter sur Israël le regard trouble, imbécile et haineux qui accompagne vos discours. Car il me semble que vous haïssez dans cet Etat la libre parole, la diversité des partis, le rôle de l’opposition, l’indépendance de la justice, la recherche universitaire et sans doute aussi… le courage.

C’est-à-dire tout ce que nous sommes en droit d’admirer.

Les hommes qui ont organisé la réunion de Wannsee où fut décrété l’anéantissement des Juifs d’Europe sont tous morts aujourd’hui. Naturellement, comme chacun d’entre nous, vous suivrez ce destin.

Je souhaite seulement que pour vous-même, pour le peuple perse, pour les jeunes enfants d’Iran ou d’Israël qui vous survivront, il ne vienne à personne l’envie d’aller cracher sur votre tombe.

[datée du 11 juillet 2006, publiée par le Conseil représentatif des institutions juives de France -- CRIF -- dans Le Figaro, 5 septembre 2006, p. 7]


Cette lettre de François Léotard publiée sur une pleine page du Figaro, aux frais du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), est dépourvue de substance et entachée de graves erreurs historiques.

L’auteur fait porter au peuple allemand la responsabilité exclusive des millions de morts de la deuxième guerre mondiale. Il passe sous silence le fait que ce sont la Grande-Bretagne et la France qui, le 3 septembre 1939, ont pris la responsabilité d’entrer en guerre contre l’Allemagne sous le prétexte que l’Allemagne était entrée en guerre contre la Pologne. Quelques jours plus tard, le 17 septembre, l’Union soviétique est, à son tour, entrée en guerre contre la Pologne sans que, pour autant, la Grande-Bretagne et la France éprouvent la nécessité de lui déclarer la guerre. Une bonne part des morts de la deuxième guerre mondiale sont imputables, aussi bien en Europe et en Asie que dans d’autres parties du monde, à Roosevelt, à Churchill, à Staline et à leurs alliés et, en particulier, c’est à eux et non aux Allemands que l’on doit la plus formidable innovation guerrière: le bombardement systématique des civils, fût-ce en dehors de toute raison militaire (ni à Guernica, ni à Varsovie, ni à Rotterdam, ni à Coventry l’aviation allemande n’a délibérément visé les civils).

Quant aux morts et aux horreurs qui ont immédiatement suivi la guerre, elles sont exclusivement imputables aux Alliés. On rappellera ici les millions de morts dues à de sanglantes épurations, au traitement infâme des prisonniers de guerre, aux déportations de millions de civils allemands dans des conditions bien pires que celles qu’avaient connues les juifs, au traitement des femmes violées ou tondues, à l’occupation militaire de toute une partie de l’Europe par les troupes soviétiques, aux procès ignominieux des vaincus par leurs vainqueurs. Quant au pillage de l’Allemagne vaincue, qu’il s’agisse de ses réserves monétaires, de ses brevets scientifiques et industriels, de ses usines, des trésors de ses musées, il n’a pas, dans toute l’histoire, de précédent aux dimensions comparables.

A supposer que Staline ait été la peste et Hitler, le choléra (ce qui reste à démontrer), on se demande de quel droit ceux qui, tels Roosevelt, Truman, Churchill et De Gaulle, ont choisi la peste ont pu se permettre d’accuser ceux qui, tels les alliés de Hitler, avaient choisi le choléra.

Les Alliés ont brûlé infiniment plus de livres que les Allemands. Ils ont déporté considérablement plus de membres de minorités ethniques que les Allemands.

Le peuple juif n’a pas été «destiné à l’enfer». La «solution finale de la question juive» était expressément «territoriale» (adjectif qui figure en toutes lettres dans l’expression «eine territoriale Endlösung der Judenfrage»). Hitler recherchait l’émigration, si possible, et l’évacuation, si nécessaire, des populations juives d’Europe vers un territoire à définir après la guerre. Il voulait ce qu’avant lui avaient voulu bien d’autres nations de la terre. Avant et pendant le conflit, jusque dans les derniers mois de la guerre, il n’a cessé de répéter en substance à tous les gouvernements étrangers qui protestaient contre sa politique antijuive: «Prenez ces juifs que vous admirez tant; je vous les donne à condition qu’ils n’aillent pas peupler la malheureuse Palestine et accabler encore plus ‘le noble et vaillant peuple arabe’».

F. Léotard dit que les juifs ont été «pendus, fusillés, brûlés», ce qui constitue une généralisation abusive. Les Allemands ont exécuté des juifs pour résistance active ou assistance directe ou indirecte à l’ennemi et notamment au bolchevisme. Leurs tribunaux militaires ont puni, parfois de mort, les auteurs d’excès commis contre des juifs. Les juifs européens et leurs enfants, y compris des bébés nés dans des camps de concentration, ont, par millions, survécu au point de peupler après la guerre une cinquantaine de pays, dont la Palestine. Quant au mot de «brûlés», s’il fait allusion aux fours crématoires, cette allusion est contestable puisque l’incinération des cadavres n’est pas plus criminelle que leur inhumation. Quant à être brûlés vivants, ce sont plutôt les civils allemands et japonais qui ont connu ce sort.

Curieusement, F. Léotard ne dit pas que les juifs ont été «gazés». Il ne parle ni de «chambres à gaz», ni de «camions à gaz», ni non plus des «Six Millions». Pourquoi? Est-ce à dire qu’il est sensible à l’embarras croissant des historiens juifs ou non juifs sur ces sujets-là? Peut-être, par exemple, a-t-il lu Arno Mayer, professeur à Princeton et ami de Pierre Vidal-Naquet, écrivant en 1988: «Sources for the study of the gas chambers are at once rare and unreliable» (Les sources pour l’étude des chambres à gaz sont à la fois rares et douteuses) (The «Final Solution» in History, New York, Pantheon Books, 1988, p. 362; en français, La «solution finale» dans l’histoire, préface de Pierre Vidal-Naquet, Paris, La Découverte, 1990, p. 406).

La seule précision historique que F. Léotard nous fournisse est erronée. Il évoque la réunion de Wannsee où, affirme-t-il, «fut décrété l’anéantissement des Juifs d’Europe». En réalité, à cette réunion qui s’est tenue brièvement à Berlin, le 20 janvier 1942, les participants, ainsi qu’en témoigne un procès-verbal de 15 pages, n’ont parlé, sans prendre aucune décision, que de la nécessité d’évacuer les juifs hors de l’Europe occidentale et centrale, vers l’Est: les juifs seraient contraints au travail, les hommes d’un côté et les femmes de l’autre; après la guerre, les survivants, à leur remise en liberté (bei Freilassung), constitueraient une élite (Auslese) qui permettrait un «renouveau juif» (neuer Aufbau) selon une conception proche du nationalisme sioniste, proche à bien des égards du national-socialisme. F. Léotard semble ignorer que même un historien du calibre de Yehuda Bauer a dénoncé depuis longtemps «la sotte histoire de Wannsee» présentée comme la preuve que les Allemands auraient décidé l’extermination physique des juifs (the silly story of Wannsee) (Agence télégraphique juive de Londres selon The Canadian Jewish News, 30 janvier 1992). D’ailleurs, comme l’admettent les historiens juifs eux-mêmes (de Léon Poliakov à Raul Hilberg), on ne connaît en fait aucun document du IIIe Reich attestant d’un ordre, d’un plan ou d’une volonté d’extermination physique des juifs. D’où les interminables et confuses spéculations d’écoles entre «intentionnalistes» et «fonctionnalistes».

F. Léotard ne reconnaît que des qualités au peuple juif et à l’Etat juif mais pas un instant il ne répond à la question suivante: si ce peuple et cet Etat sont à ce point admirables et sans défauts, comment se fait-il que, depuis que ce peuple existe, il a toujours fini, là où il s’était établi, par susciter à la longue une réaction de rejet? La réponse à cette question se trouve à la première page du livre de Bernard Lazare, L’Antisémitisme, son histoire et ses causes (1894), ou peut-être encore chez d’autres juifs qui dénoncent dans leur propre peuple l’orgueil, la «névrose juive», la démesure et la violence «tant est ancré chez nous le culte fou de la force», écrit Gideon Lévy (Le Monde, 5 septembre 2006, p. 18).

5 septembre 2006