Sunday, March 21, 2004

Pour Ernst Zündel

Ces lignes ne s’adressent pas à ceux qui connaissent déjà la personne, les actions et les écrits d’Ernst Zündel mais aux Canadiens qui ne savent de lui que ce que les grands médias, dans leur ensemble, ont choisi de rapporter à son propos. Il est à craindre qu’à ces Canadiens-là les médias n’aient appris à méconnaître E. Zündel et peut-être à le haïr.

A ces personnes qui, pour moi, sont dans l’erreur, je dirais ceci : examinez avec soin l’image que, dans votre pays, la plupart des grands médias cherchent à vous donner de cet homme, dont vous n’entendez pour ainsi dire jamais la voix. Usez de votre capacité de discernement. Pour commencer, méfiez-vous du caractère répétitif, creux et vague des accusations qu’on porte contre lui. Ne vous laissez pas abuser par l’emploi obsessionnel de mots tels que « nazi » ou « antisémite ». Ces termes sont utilisés contre lui avec autant de facilité et d’automatisme que des injures. Ils ne résultent pas d’un effort d’analyse. Au contraire, ils sont le recours de gens qui veulent s’épargner un tel effort. On emploie ces mots pour tuer ou, à tout le moins, pour bâillonner ou pour envoyer en prison. Il s’agit le plus souvent de vitupérations qui permettent d’épancher sa bile. Ces mots sont en quelque sorte des crachats, et jamais des crachats n’ont été des arguments.

Demandez-vous si, au lieu d’être le monstre qu’on vous décrit, E. Zündel ne serait pas tout simplement un homme attaché à son pays d’origine, l’Allemagne, et dont le désir serait de défendre sa mère patrie contre d’atroces calomnies.

Si vous entendez dire qu’il « nie l’Holocauste des juifs », réfléchissez là encore. A-t-il vraiment affirmé que, pendant la deuxième guerre mondiale, les juifs n’ont pas souffert ? La réponse est non. A-t-il réellement soutenu que l’Allemagne n’avait pas eu alors de politique antijuive ? La réponse est encore non. A-t-il sérieusement prétendu que les juifs n’avaient pas été déportés vers des camps de concentration ou de travail forcé ? La réponse est toujours non. A-t-il préconisé la discrimination raciale et peut-on dans sa vie trouver la trace d’un comportement raciste à l’égard de ceux qu’il a approchés ou qu’il a employés ? Encore une fois la réponse est non.

Mais alors, si j’ai raison et si je prends la responsabilité de vous dire qu’E. Zündel n’a jamais eu ces idées qu’on lui prête fallacieusement, comment se fait-il que les grands médias, dans leur ensemble, vous l’aient caché ? Posez-vous la question. Et cherchez la réponse.

Ce qu’E. Zündel a pensé et écrit dans le passé et ce qu’il continue de penser dans la prison où depuis plus d’un an il est détenu comme le plus dangereux des criminels, je vais brièvement vous le dire.

Comme moi et comme bien d’autres révisionnistes, il conteste, arguments, documents et expertises à l’appui, le cœur de ce que les juifs appellent « l’Holocauste » ou « la Shoah ». Au terme de ses recherches, E. Zündel conclut qu’Adolf Hitler a vraiment recherché une solution finale de l’éternelle question juive mais, ainsi qu’il est dit en toutes lettres dans les documents afférents, une « solution finale territoriale ». Il conclut également que jamais n’a été envisagée ou entreprise une extermination des juifs mais, comme cela s’est souvent passé dans l’histoire, ce qu’A. Hitler voulait, c’était un transfert des juifs hors d’Europe vers un territoire autonome juif, n’importe où hors d’Europe mais non en Palestine. Quant au reste des conclusions d’E. Zündel, pour mieux me faire comprendre, j’en appellerai à l’actualité et à la guerre d’Irak. Vous avez entendu parler des «armes de destruction massive » de Saddam Hussein. Vous savez qu’il s’agit là d’un froid mensonge et que ce mensonge a permis de justifier une boucherie guerrière, une croisade du Bien contre le Mal. Guerre et propagande guerrière ont toujours eu partie liée, en tout temps et en tout lieu. Or, pour ne prendre que cet exemple parmi des milliers d’autres, au siècle dernier, dans les années 1930-1940, il s’est développé, à partir des grandes démocraties et de l’Union soviétique, une propagande forcenée contre les puissances de l’Axe (« l’axe du Mal » en quelque sorte) et, surtout, contre l’Allemagne. On a enfiévré l’ardeur guerrière de ses propres combattants et, après la grande boucherie, on a justifié sa propre guerre et ses propres crimes de guerre en accablant l’Allemagne d’effroyables accusations. On a prétendu en particulier qu’Adolf Hitler avait ordonné la construction d’armes de destruction massive et utilisé ces armes pour tuer les juifs de manière systématique et dans des proportions industrielles. En fait on n’a jamais trouvé la trace d’un tel ordre ni de telles armes sataniques appelées « chambres à gaz [d’exécution] » ou « camions à gaz [d’exécution] » et tous les prétendus « témoignages » de l’existence et du fonctionnement de tels abattoirs chimiques se sont révélés des impostures. C’est cela qui a vivement frappé E. Zündel. C’est cela qu’il a voulu produire à la face du monde. C’est cette découverte bouleversante d’une gigantesque tromperie qui l’a conduit à se battre comme il l’a fait et comme il le fera jusqu’à son dernier souffle. C’est pour cela, et uniquement pour cela, qu’on le tue actuellement à petit feu.

Tout le monde a entendu dire que la plus rare des vertus est le courage de se battre pour ce que l’on croit vrai. On l’apprend à l’école, à l’université, dans les ouvrages de haute littérature comme dans les livres d’images. On admire cette vertu chez certains hommes et certaines femmes du passé. Mais quand, tout à coup, on rencontre dans la réalité présente l’exemple vivant d’un tel courage, trop souvent on ne sait pas le reconnaître. On l’ignore ou l’on se méprend sur son compte. Se fiant aux apparences, on prête une oreille complaisante aux rumeurs qui circulent sur cette personne hors du commun et, un beau matin, sans y prendre garde, on se retrouve dans le camp des calomniateurs. On se croyait épris de justice et, du jour au lendemain, on se découvre prêt à défendre la loi de Lynch contre le perturbateur à la fois de l’ordre établi et des croyances en vogue.

Ajoutons à cela que, si vous connaissiez E. Zündel, vous l’estimeriez pour son ouverture d’esprit, son intelligence, sa compréhension des individus les plus différents et sa sincérité. Alors, découvrant sa véritable personnalité de paysan, d’artiste, de penseur, vous songeriez fort probablement : « Je me suis trompé sur son compte. On m’a trompé. J’ai, par pensée, par parole, par action ou par omission, condamné un homme qui, en réalité, fait honneur à son pays, à mon propre pays et à l’espèce humaine tout entière. » Vous vous demanderiez comment réparer le mal.

J’ai la solution pour vous. Prenez exemple sur E. Zündel. Si ses idées vous déplaisent, laissez-les-lui mais empruntez un peu de son courage. Protestez contre le sort qui lui est aujourd’hui fait, à Toronto, dans une cellule de « haute sécurité » et dénoncez le simulacre de procès qu’une prétendue justice conduit à son encontre.

Au Canada, Paul Fromm organise avec le plus grand désintéressement la défense de notre prisonnier de conscience. Pour vous porter au secours d’E. Zündel, commencez par venir en aide à P. Fromm.

Je vous en remercie.

21 mars 2004

For Ernst Zündel

These lines are not addressed to those who already know Ernst Zündel — the man, his deeds and his writings — but to the Canadians who know only what the mass media, taken together, have chosen to report about him. It may be feared that those Canadians have been led to misjudge E. Zündel and, perhaps, hate him.

To those people, who, in my view, are mistaken, I should say: examine with care the image of this man that most of the media in your country try to give you, whilst practically never letting you hear his voice. Use your discernment. To start, be on your guard against the repetitive, hollow and vague nature of the accusations brought against him. Do not let yourselves be taken in by the obsessive use of words like “Nazi” or “anti-Semite”. These terms are used against him as easily and mechanically as stock insults. They are not born of any attempt at analysis. Quite the contrary: it is people who want to spare themselves just such an effort who resort to them. These words are employed to kill those to whom they are applied or, at the very least, to gag or send them to prison. Most often they are vituperations let fly to vent spleen. Uttering them is somewhat like spitting, and spitting has never been an argument.

Ask yourselves whether E. Zündel, rather than the monster described for you, may not quite simply be a man attached to his country of origin, Germany, whose desire is to defend his homeland against horrific slanders.

If you hear it said that he “denies the Holocaust of the Jews”, reflect once again. Has he really asserted that, during the Second World War, the Jews did not suffer? The answer is “No”. Has he actually maintained that Germany had no anti-Jewish policy then? The answer again is “No”. Has he seriously claimed that Jews were not deported to concentration camps or labour camps? The answer is yet again “No”. Has he advocated racial discrimination, or can there be found in his past any sign of racist behaviour towards those with whom he has had contact as, for instance, their employer? Still once more the answer is “No”.

But then, if I am right and if I take it upon myself to tell you that E. Zündel has never held the ideas falsely ascribed to him, how is it that the mass media, in unison, have hidden this fact from you? Ask yourselves. And try to find the answer.

I shall briefly tell you what E. Zündel has thought and written in the past and what he continues to think today in the prison where, for over a year, he his being held like the most dangerous of criminals.

Like me and a fair number of other revisionists, he challenges, on the strength of solid arguments, documents and forensic reports, the core of what the Jews call their “Holocaust” or “Shoah”. Upon the conclusion of his research, he found that Adolf Hitler had indeed sought a final solution to the eternal Jewish question but, as is spelled out in plain writing in the relevant documents, a “territorial final solution”. He also found that an extermination of the Jews had never been contemplated, much less undertaken, but rather, as had often happened in the history of certain countries, a transfer of the Jews out of Europe: the “territorial final solution was to have been the Jews’ resettlement in an autonomous territory of their own outside of Europe, anywhere except Palestine. As for the rest of E. Zündel’s findings I shall, the better to make myself understood, draw your attention to current events and the war in Iraq. You have heard that Saddam Hussein possessed “weapons of mass destruction”. You know that such talk is a cold lie and that this lie made possible a military butchery, a crusade of Good against Evil. War has always been hand in glove with propaganda, in all times and places. Still, to take but this one example amongst thousands of others, in the recent century, during the 1930s and 1940s, a frenzied propaganda was built up, especially in the great democracies of the West and the Soviet Union, against the Axis powers (“the axis of Evil”, in a sense) and, especially, against Germany. The Allies thereby stirred their own soldiers to warlike ardour and, after the vast butchery, justified their own war and their own war crimes by heaping gruesome accusations on Germany. It was claimed, in particular, that Hitler had ordered the building of weapons of mass destruction and used those weapons to kill the Jews in a methodical manner and in industrial proportions. In fact, no trace of any such order has ever been found, nor any trace of the satanic weapons called “[execution] gas chambers” or “[execution] gas vans”, and all the alleged “testimonies” of the existence and operation of such chemical slaughterhouses have shown themselves to be fraudulent. This is what so soundly struck E. Zündel. This is what he, ever since, has wanted to bring to the eyes of the world. It is this staggering discovery of colossal deceit that has led him to fight as he has done and as he will do till his dying breath. It is for this, and solely for this, that he is now being killed by inches.

We have all been told that the rarest of virtues is the courage to fight for what one believes is true: the maxim is taught in the schools and universities, in the works of great literature and in picture books. It is a virtue much admired in certain men and women of the past. But when, suddenly, the living example of such courage appears in present reality, too often people fail to recognise it. They neglect it, or are mistaken about it. Trusting in appearances, they lend a willing ear to the rumours circulating with regard to the extraordinary person and, one fine day, unawares, find themselves in the camp of the slanderers. Having believed they had a great love of justice, they show themselves ready to uphold Lynch law in the face of this nuisance to society and to the fashionable way of thinking.

I may add that if you knew E. Zündel you would respect him for his open-mindedness, intelligence, understanding of the most various kinds of people, and sincerity. Then, upon discovering the true personality of Zündel the peasant, the artist, the thinker, you would very likely get the idea: “I was wrong about him. I’ve been fooled. In my thoughts and words, by my acts or omissions, I’ve condemned a man who, in reality, is a credit to his nation, to my own and to the whole human race”. You would ask yourselves how to right the wrongs that have been done.

I have the solution. Take your example from E. Zündel. If his ideas do not appeal to you, leave them to him but borrow a bit of his courage. Protest against the fate reserved for him up to today in a “high security” cell near Toronto and denounce the sham proceedings that an alleged justice system is conducting against him.

In Canada, Paul Fromm organises, with the greatest selflessness, the defence of our prisoner of conscience. To join in the support of E. Zündel, start by helping Paul Fromm.

I thank you.

March 21, 2004

Sunday, March 14, 2004

Altercation avec Bruno Gaccio


avec compléments du 23 octobre 2004 et du 10 mars 2010

Bruno Gaccio est le principal responsable des « Guignols de l’Info », émission satirique de la chaîne de télévision Canal +.

A Paris, boulevard Saint-Germain, en ce dimanche printanier, peu avant midi, je suis attablé à la terrasse du café de Flore, tout près de la porte d’entrée. Surgit B. Gaccio, tenant à la main un très jeune enfant (son fils ?). Sans me lever de mon siège, je le hèle et, sur un ton enjoué, je lui fais compliment de ce qu’à une récente émission de Thierry Ardisson il m’a « volé » (sic) une idée qui m’est chère et qui peut se résumer ainsi : « Tout le monde est pour la liberté d’expression, MAIS … » et ce sont ces MAIS qui, comme on dit, font problème. Personnellement, lorsque je vois un individu se gonfler d’estime pour sa propre ouverture d’esprit parce qu’il se prononce bravement en faveur de la liberté d’expression, je lui demande de me faire grâce de cette balançoire et de me confier, séance tenante, quels peuvent bien être ses « MAIS », c’est-à-dire ses restrictions.

Nous convenons, B. Gaccio et moi, de nous retrouver quelques minutes plus tard. Il se rend à une table où l’attend une personne qu’on me dit être la petite-fille du cinéaste Gérard Oury. Je vais donc le trouver. Il m’invite à m’asseoir à sa table. Je décline l’offre et lui fais comprendre que je préférerais une conversation en tête-à-tête. Nous voici donc debout face à face. Je commence par m’assurer qu’à l’émission de T. Ardisson mon interlocuteur a bien déclaré que, pour sa part, il ne voyait qu’une restriction possible à la liberté d’expression : le cadre. Pour lui, tout dépend du cadre où l’on s’exprime.

Je lui révèle mon identité. Il s’empresse de me faire savoir qu’il est d’accord avec Noam Chomsky sur mon droit à m’exprimer. Un peu plus tard, il ajoutera que j’ai le droit d’exprimer mes « conneries ». Je lui demande ce qu’il a lu de mes écrits ou des écrits des autres révisionnistes. Il prétend savoir nos arguments mais la suite immédiate de notre conversation prouve que ce qu’il sait de nous, il le tient exclusivement de ce que nos adversaires disent que nous disons. Je m’apprête à lui donner succinctement un aperçu de l’un de nos arguments. « Arrêtez, me dit-il, ou je vais vous frapper. » Pour ma part, je m’efforce de conserver un ton fort civil. Il s’échauffe. Il me reproche de me peindre en victime d’une persécution. Je lui rétorque qu’il fait fausse route. Je lui dis que le mot de persécution est impropre vu qu’en réalité ce qui s’exerce, c’est une répression. Je vais pour ajouter que le fort persécute moins qu’il ne réprime. Mais, me coupant la parole, il renouvelle sa menace : « Arrêtez tout de suite ou je vais vous frapper. »

Avec le sourire je lui dis que j’en prends acte. L’entretien m’a paru instructif.

J’ai eu tout loisir d’observer mon interlocuteur et, notamment, les mouvements de sa pomme d’Adam ; chez certains hommes, c’est là que se trahissent les émotions les plus intimes, mieux que dans d’autres indices comme la voix elle-même, les yeux, les plis du front, les mimiques de toute sorte si bien notées dans « Les Guignols de l’info ». B. Gaccio, je crois pouvoir le dire, éprouvait plus de peur que d’indignation. Reste, bien sûr, à savoir de quoi cette peur-là, qui lui nouait la gorge, pouvait bien se composer. J’ai mon idée là-dessus.


Complément du 23 octobre 2004

En septembre 2004, sous le titre Le Guignol et le Magistrat, les éditions Flammarion ont publié des entretiens sur la liberté d’expression entre B. Gaccio et Philippe Bilger, avocat général près la cour d’assises de Paris. L’incident qui m’a opposé à B. Gaccio s’y trouve relaté (p. 257-260).

Deux propos me sont prêtés, lesquels, ni dans le fond ni dans la forme, ne peuvent être de moi : « Je suis un persécuté de la liberté d’expression » et « Laissez-moi vous expliquer mes idées et vous verrez, je vais vous convaincre ». Par ailleurs, B. Gaccio omet de dire qu’il s’est déclaré d’accord avec Chomsky dans sa défense des révisionnistes. Il prétend m’avoir lancé : « La preuve de votre idiotie a été faite » ; s’il avait prononcé une telle phrase, je n’aurais pas manqué de lui demander où, d’après lui, cette preuve avait été apportée. Il s’attribue enfin abusivement une attitude glorieuse et déterminée.

Il ajoute qu’il a rejoint la table où, avant notre rencontre, il s’était fait traiter d’antisémite par Danièle Thompson. « S’assied alors [à notre table] Jorge Semprun, le Semprun rescapé des camps de concentration. Je leur ai raconté ce qui était arrivé et on a ri, tellement c’était énorme… ». Dans l’ouvrage en question, sorte de « livre-magnétophone » sur un sujet rebattu, Ph. Bilger enchaîne alors sur la loi antirévisionniste, qu’il désapprouve, et il ajoute : « Quoi qu’il en soit, je comprends que vous ayez pu rire tous les trois ce jour-là au Flore. » Il ne manifeste pas de réprobation à l’égard de B. Gaccio. A son compère il ne fait pas remarquer la contradiction qu’il y a pour un adepte de la liberté d’expression à menacer de violence physique un « vieux bonhomme » et même à se vanter d’avoir proféré une telle menace. Pour Ph. Bilger, le révisionnisme est dérisoire : « Vous sortez deux photos, trois films, et on n’en parle plus. Je n’ai pas peur des révisionnistes » (p. 342).

B. Gaccio a toute la finesse d’un métallo cégétiste. Devenu à la télévision casseur d’assiettes attitré, il ne casse en fait rien du tout. Il est maintenant très riche et tient à nous le faire savoir. Quand ses patrons froncent le sourcil, il leur répond d’abord qu’il n’en fera qu’à sa tête mais, très vite, il finit par obtempérer et c’est pour cette raison que, depuis douze ans, il conserve son emploi.

Il multiplie les bourdes d’autodidacte. Désireux d’évoquer l’agora, il mentionne « le forum grec antique » (p. 97). Voulant dire « attaque ad hominem », il parle d’ « attaque ad nominem » (p. 154). Il égrène, mais pour n’en rien dire, les noms de Socrate, d’Aristophane, de Platon et d’Aristote (p. 340). A tout coup on le voit ainsi prendre le Pirée pour un homme ou étaler une science d’emprunt.

Subtil comme Jdanov, il vient de changer d’avis sur la liberté d’expression : selon lui, celle-ci n’est plus une affaire de « cadre » mais d’ « outils ». A l’émission télévisée de Thierry Ardisson, « Tout le monde en parle » (23 octobre 2004), on lui a demandé si, à son avis, Bruno Gollnisch devait avoir le droit d’exprimer son opinion sur les « chambres à gaz ». Réponse de l’intéressé : « Oui, s’il a les outils pour ! »


Complément du 8 mars 2010

En mars 2010, un petit ouvrage est paru aux éditions Mordicus (Paris) sous le titre Bruno Gaccio / Dieudonné M’Bala M’Bala, Peut-on tout dire ? Entretiens réalisés par Philippe Gavi et Robert Ménard, 112 p. Il ne s’agit pas d’un entretien entre B. Gaccio et Dieudonné mais de deux entretiens séparés où chacun se voit poser des questions différentes sur la liberté d’expression. Reprochant à Dieudonné d’avoir « fait venir ce vieux con de Faurisson sur la scène du Zénith », B. Gaccio explique : « [Dieudonné] est contaminé – c’est une vraie maladie – par ses nouveaux amis, des gens que je définis, sans bien les connaître, comme profondément antisémites […]. Il permet aux pires des extrémistes sionistes de citer Dieudo comme exemple à tout bout de champ et de détourner un débat nécessaire en brandissant l’antisémitisme en toute occasion. Dieudo, qui fait venir Faurisson à la fin de son spectacle pour faire un coup, bouffe un espace médiatique 100 fois supérieur à ce que peut recueillir un livre intelligent d’Elie Barnavi (p. 38-39). »

B. Gaccio affirme à deux reprises que les Allemands ont poussé les juifs dans des fours (p. 40, 45) et, à trois reprises, qu’ils ont ainsi exterminé six millions de juifs (p. 44, 45, 46).

« Je reste », dit-il, « un interlocuteur courtois, même avec les cons (p. 51) ». Il aime à répéter que Voltaire aurait déclaré : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous puissiez le dire librement » (p. 24, 35) et il affirme s’en tenir à cette ligne de conduite. Le malheur pour B. Gaccio est que Voltaire n’a jamais tenu pareil propos et que, le 14 mars 2004, en un lieu public, le même B. Gaccio a deux fois menacé de frapper ce Faurisson qui n’est à ses yeux qu’ « un vieux con » et « un pestiféré complet ». Cette dernière expression, on a pu l’entendre de sa bouche, le 8 mars 2010, sur France 3 (télévision) lors de l’émission de Frédéric Taddeï, « Ce soir (ou jamais !) ».

Il n’est pas « courtois » de traiter un interlocuteur de « vieux con » et de le menacer de coups, en particulier lorsque l’homme en question est « un pestiféré complet », qui a eu notoirement son lot de coups et blessures, d’insultes, d’injures ou de diffamations publiques, de perquisitions, de condamnations judiciaires, et cela sans pouvoir obtenir en 35 ans un seul vrai débat public. Rectifions : le 19 avril 1979, à la Radiotélévision suisse italienne (RSI, Lugano), j’ai obtenu de participer à un tel débat avec, contre moi, un professeur allemand, un professeur italien, une ancienne déportée de Ravensbrück et une ancienne déportée juive d’Auschwitz-Birkenau. Récemment, non sans difficultés et contre le versement, par un ami suisse, de la somme de 360 FS, j’ai obtenu de la RSI un DVD reproduisant ce débat de 135 minutes, mais on m’en a expressément interdit toute diffusion publique. Il faut dire que le débat avait tourné à la déroute de mes opposants, visiblement déconcertés par les documents dont je m’étais muni. J’avais découvert ces documents le 19 mars 1976 dans les Archives du Musée d’Etat d’Auschwitz et j’avais été le premier au monde à les produire : il s’agissait notamment de plans des crématoires d’Auschwitz et de Birkenau, censés contenir des « chambres à gaz » homicides. Ces plans démontraient qu’à la place de prétendus abattoirs chimiques, il n’avait principalement existé que d’inoffensives pièces appelées « Leichenhalle » ou « Leichenkeller » (dépositoires en surface ou semi-enterrés), parfaitement caractéristiques de leur emploi et situées dans des crématoires classiques, visibles de tous, avec, pour certains d’entre eux, leur jardinet qui était tout proche d’un terrain de foot-ball (Sportplatz) ou d’un terrain de volley-ball.

Cela dit, aussi bien dans l’opuscule des éditions Mordicus que lors du débat de FR3, on a traité à perte de vue de la liberté d’expression qui, les potaches le savent, aura toujours forcément des limites mais pas un instant on n’a évoqué la liberté de recherche qui, elle, ne saurait se voir assigner de limitations par un acte législatif comme la loi Fabius-Gayssot du 13 juillet 1990. C’est cette liberté-là qu’invoquent les révisionnistes. C’est de cette liberté qu’il faudra discuter un jour. Le débat devra être public et de libre diffusion. Ainsi se trouvera enfin respectée une décision de la cour d’appel de Paris (1ère chambre, section A, président Grégoire) qui, le 26 avril 1983, constatant le sérieux de mes travaux sur « le problème des chambres à gaz », en avait conclu : « La valeur des conclusions défendues par M. Faurisson relève donc de la seule appréciation des experts, des historiens et du public. »

14 mars et 23 octobre 2004, 8 mars 2010