Saturday, March 22, 2003

« Juivre ou mourir »


Ancien banquier, Roger Cukierman a autrefois exercé de hautes responsabilités au sein du groupe Edmond de Rothschild. Il préside le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). Le CRIF, selon son responsable, « rassemble soixante institutions […], soit un tiers des 600 000 juifs de France » (réponse faite à Cécilia Gabizon, Le Figaro, 25-26 janvier 2003, p. 8). On peut donc calculer que cette organisation juive se trouve représenter un tiers de un pour cent des habitants de la France. Or, ainsi qu’on va le constater, cette organisation vient se faire manger dans la main par tout ce que la France compte de plus influent dans le monde de la politique et des institutions, y compris les institutions religieuses.

Le dîner rituel du CRIF

Chaque année, le CRIF organise un dîner où se pressent, comme sur ordre, de hautes personnalités venues faire acte d’allégeance. Il y a là l’or et le diamant, la pourpre et l’hermine et, si l’on ose dire, le gratin, la crème de la crème et la plus rare galette. On y mange et l’on y boit casher. Il faut y penser, prier et parler casher. Selon le rite, le président du CRIF prononce un discours où il flatte la compagnie et, surtout, l’admoneste. Il y geint sur le sort des juifs de France. Il met en garde contre le retour de la bête immonde et fait entendre qu’il ne tolérera pas la moindre réserve quant à la politique de l’Etat juif et quant au comportement de l’Armée juive en Palestine. Les hôtes acquiescent, battent des mains, en redemandent. Ils promettent et ils ont intérêt à tenir leurs promesses sinon, l’année suivante, plus dur se fera le rappel des engagements qu’on n’a pas suffisamment tenus. Pour commencer, on ne sera peut-être plus invité, ce qui, pour une personnalité politique, signe la disgrâce, puis la chute.

La crème de la crème

Le 25 janvier 2003, le dîner annuel du CRIF a rassemblé plus de cent soixante-dix invités. L’hôte d’honneur a été Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre. A ses côtés se trouvaient Christian Poncelet, président du Sénat, premier personnage de l’Etat après le président de la République, et Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée nationale. Treize ministres en exercice étaient également là, dont ceux de l’Intérieur (Nicolas Sarkozy), de la Justice (Dominique Perben), de la Défense (Michèle Alliot-Marie) et de l’Education nationale (Luc Ferry et Xavier Darcos).

D’anciens ministres, aussi bien de droite que de gauche, étaient également présents comme les richissimes juifs de gauche Laurent Fabius ou Lionel Stoléru et la richissime juive de droite Simone Veil (mère putative de l’Association des faux gazés d’Auschwitz), sans compter de moindres sires comme Alain Juppé, Alain Richard, Olivier Stirn, Jacques Toubon ou de moindres dames comme Edith Cresson ou Corinne Lepage. De nombreux députés des deux bords étaient là, tels François Bayrou, Philippe Douste-Blazy, Jean de Gaulle, François Hollande, Pierre Lellouche, Jean Tiberi, Daniel Vaillant, sans oublier les deux responsables du Parti communiste, Robert Hue et Marie-George Buffet. Des sénateurs, tels Jean-Michel Baylet, Jacques Dominati et Michel Dreyfus-Schmidt, faisaient partie du lot.

Des excellences représentaient l’Allemagne (modèle de soumission aux organisations juives et, pour la communauté juive mondiale, source inépuisable d’argent), la Belgique, l’Espagne, la Tchéquie, la Pologne, la Hongrie, la Lituanie, l’Ukraine, la Suède, les Etats-Unis, le Canada, la Mauritanie, la Tunisie, la Jordanie, la Turquie, l’Inde. L’Etat d’Israël était fortement représenté, en particulier par son ambassadeur et son consul général.

Le médiateur de la République était présent ainsi que le maire de Paris, le président du conseil régional d’Ile-de-France, le chancelier des universités de Paris, le directeur général de la gendarmerie nationale (!) et des députés européens. En plus des ambassadeurs, des ministres plénipotentiaires, des consuls, des conseillers ou des porte-parole d’ambassade, on notait la présence de directeurs ou de chefs de cabinet, de conseillers de toute sorte, de chargés de mission, de préfets, de secrétaires généraux, de maires de plusieurs arrondissements de Paris. Le Conseil d’Etat était représenté.

Aux côtés du grand rabbin de France, Joseph Sitruk (« Oh ! », nous assure François Brigneau, « c’est un modeste, il en a bien plus ! ») et du grand rabbin René Samuel Sirat (le géniteur de la loi antirévisionniste Fabius-Gayssot) ainsi que de deux grands rabbins de Paris, l’ancien et l’actuel, s’empressaient l’archevêque de Bordeaux, Mgr Ricard, trois évêques (dont Mgr Di Falco et, en représentant de Mgr Lustiger, Mgr Claude Frikart), le secrétaire général de la Conférence des évêques de France, trois pères de l’Eglise catholique, le président et le secrétaire général de la Fédération protestante de France, sans oublier Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris. La franc-maçonnerie était présente avec Alain Bauer, grand-maître du Grand Orient de France.

Le monde de la justice comptait deux prestigieux figurants en la personne de deux juifs de combat : Janine Drai, épouse Grellier, et Pierre Drai. Ce dernier emploie une partie de sa retraite à présider la fructueuse Commission pour l’indemnisation des victimes des spoliations intervenues du fait des législations en vigueur durant l’Occupation. Au dîner, il n’était pas le seul invité dont le rôle est essentiel dans l’entretien de la Mémoire de la Shoah et dans la lucrative activité du Shoah Business. Etaient enfin venus, en force et en nombre, des responsables d’organisations juives israéliennes, américaines et européennes.

R. Cukierman flatte, gémit et tonne

Dans son discours, R. Cukierman a flatté, gémi et tonné. Il a, comme l’année précédente, « crié » (c’est là son mot) l’attachement passionné des juifs à la France et l’angoisse de ses coreligionnaires devant la recrudescence des actes antijuifs. Il a appelé à une plus forte répression notamment sur Internet. Il a opportunément rappelé que « les juifs ont une longue mémoire des blessures de la calomnie ». Sans hésiter à les appeler par leurs noms, il a prévenu de leurs devoirs particuliers envers les juifs Luc Ferry, ministre de l’Education nationale, et son acolyte, Xavier Darcos, ministre délégué à l’Enseignement scolaire. Avec une vigueur particulière il a condamné l’antisémitisme de l’extrême gauche, celui, en particulier, de Lutte ouvrière, de la Ligue communiste révolutionnaire et celui de José Bové, allant jusqu’à déclarer : « Cette alliance brun-vert-rouge donne le frisson ». Il a vivement protesté contre les projets de boycott des produits israéliens. Jouant les belles et bonnes âmes, il a déclaré que le boycott lui paraissait contraire aux règles de la démocratie ; pour sa part, a-t-il ajouté, il s’était expressément rendu aux Etats-Unis en mai 2002 afin de convaincre les organisations juives américaines de renoncer à punir la France par la voie du boycott ; mais, dans le même souffle, R. Cukierman a fait comprendre à son auditoire que ce n’était pas partie gagnée et que, si la France ne réprimait pas suffisamment l’antisémitisme, il ne retiendrait plus le bras de ces organisations.

Le couplet final a porté sur le nécessaire soutien de la France à l’Etat d’Israël. Les soldats israéliens ont été, mot pour mot, décrits comme animés d’un « attachement viscéral au respect de la personne humaine ». L’insondable « mystère d’Israël » a été évoqué. L’antienne est connue : le peuple juif ne se compare à aucun autre ; ses vertus et ses souffrances sont indicibles. Comme le déclarait Jean Kahn, « l’électeur juif a un supplément d’âme ». Pour reprendre la phrase de François Bédarida, catholique d’origine juive, « le peuple juif est un peuple qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire par rapport aux autres » (« Peut-on débattre de la Shoah ? », France-Culture, 17 juin 1996). Le tout s’est achevé sur une salve en direction du Premier ministre et des autres membres du gouvernement. Sacrifiant à l’usage hébraïque du chiffre six, R. Cukierman a lancé à six reprises un fatidique et menaçant : « Nous ne comprenons pas… ». Six fois, il a vertement blâmé la France pour tel comportement ou telle initiative que les juifs, selon lui, ne pouvaient comprendre.

Il a conclu sur sa fierté d’être à la fois « juif » et « français » et il a clamé sa « solidarité avec Israël ». Il a enfin remercié le Premier ministre de sa présence et de son « attention bienveillante aux questions que nous soulevons dans l’intérêt de la France ». Ce faisant, R. Cukierman, avec aplomb, s’est donc permis d’appeler « questions » soulevées « dans l’intérêt de la France » des accusations qu’il avait, en fait, portées contre la France dans l’intérêt et pour les intérêts d’un Etat étranger : l’Etat juif.

Jean-Pierre Raffarin en redemande

Un seul invité a fait preuve de dignité : le nouveau secrétaire général des Verts, Gilles Lemaire, un néophyte, à vrai dire, de la vie politique. Ne supportant pas l’amalgame « vert-brun-rouge », il a jeté sa serviette, s’est levé de table et a quitté la salle. Les personnalités du gouvernement, toute honte bue, sont restées sous l’avanie, ont applaudi et certaines d’entre elles, par la suite, ont tenu à manifester leur satisfaction. J.-P. Raffarin a remercié avec effusion et déclaré : « Agresser la communauté juive, c’est agresser la France, la République et ses valeurs ». Quelques semaines plus tard, il confiait :

Des personnalités comme Lionel Stoléru et plusieurs patrons que j’ai eus dans ma carrière m’ont ouvert à la culture juive dont j’apprécie la rigueur […]. En allant pour la première fois au dîner du CRIF, j’ai été très heureux de voir là toute la classe politique française, la plupart de mes prédécesseurs Premiers ministres et les représentants de toutes les religions. Il est si rare de trouver des lieux où l’on puisse justement avoir ce dialogue apaisé entre religions et politique » (Le Point, 21 mars 2003, p. 101).

On aura noté l’expression de « dialogue apaisé » pour ce qui, en réalité, avait été le monologue d’un exalté. Seuls, par la suite, des juifs ont pu se permettre d’élever une protestation contre le langage du président du CRIF : Alain Jakubowicz et Rony Brauman, en particulier (Libération, 5 février, p. 2, 17). A une émission télévisée de Thierry Ardisson, « Tout le monde en parle », on a vu, face à face, R. Cukierman et le responsable de la Ligue communiste révolutionnaire, Olivier Besancenot ; ce dernier a demandé au président du CRIF de retirer l’accusation d’antisémitisme portée contre son organisation ; devant le refus de R. Cukierman il a fondu en larmes !

Les rabbins américains et le CJE mènent le sabbat

Les 10 et 11 mars, le Congrès juif européen (CJE) tenait à l’Hôtel de ville de Paris ses deuxièmes assises des « Rencontres judéo-catholiques ». Une cinquantaine de rabbins américains, invités de dernière minute, y sont venus mettre en accusation d’abord le gouvernement français représenté par Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, puis le clergé catholique représenté par le cardinal Lustiger. Les rabbins ont mené le sabbat contre la « trahison » de la France, coupable d’avoir, dans la guerre entre les Etats-Unis et l’Irak, pris parti pour « le camp du Mal », une France connue par ailleurs pour ses « destructions de synagogues et d’écoles juives ». Michel Friedman, président allemand du CJE, a fait chorus. Etaient également présents Simone Veil, les grands rabbins Joseph Sitruk et Gilles Bernheim ainsi qu’Israel Singer, numéro deux du Congrès juif mondial (Henri Tincq, « La charge des rabbins américains contre la France », Le Monde, 13 mars, p. 5). N. Sarkozy aurait répliqué qu’il ne pouvait « accepter d’entendre dire que les juifs peuvent avoir peur de vivre en France ». Il n’a pas osé ajouter qu’il était personnellement la preuve vivante de ce que tant de personnes d’origine juive pouvaient vivre en France, et aux meilleures places. La remarque vaut pour le cardinal Lustiger et pour une forte proportion des hôtes du CRIF ou des « Rencontres judéo-catholiques » : beaucoup sont eux-mêmes d’origine juive ou bien ont un conjoint juif.

Lors de ces deux rencontres, personne ne semble avoir évoqué le plus frappant exemple d’antisémitisme en France : l’agression commise, le 3 janvier, contre le rabbin Gabriel Fahri dans une synagogue du XIe arrondissement de Paris. Tout le gotha politique s’en était ému. Lionel Jospin, Edouard Balladur et bien d’autres seigneurs étaient venus au domicile du rabbin ; les têtes s’étaient couvertes de cendre, de chapeaux et de kippas ; sous les flashes, sous l’œil des caméras, on avait pris les poses et les mines de circonstance ; les condoléances avaient été déchirantes. La France avait honte ; le haut personnel politique était réuni là pour en attester. Toutefois, les jours passant, il est apparu à la police que la « plaie hésitante » de la victime avait été provoquée avec un couteau emprunté à la cuisine de la synagogue. On s’est alors muré dans le silence. Personne n’a présenté d’excuses à la France et aux Français. Peu de temps après l’agression du rabbin Fahri, une jeune juive s’est plainte d’une agression du même genre. On en a parlé, puis on s’est tu, là aussi, tant l’imposture était signée.

Les juifs ne sont pas «comme tout le monde»

Les juifs sont comme « Dieu en France ». Ils règnent. Le fait qu’ils gémissent n’y change rien. Ils n’ont besoin ni de complot ni de conjuration mais de pouvoir crier à l’antisémitisme. Ils sont en place. On les redoute. On leur obéit au doigt et à l’œil. Plus haute la personnalité politique, religieuse ou civile, plus rampante son attitude à l’égard du seigneur et maître. C’est que celui-ci, d’un mot, d’un seul, peut ruiner une carrière, une vie, et ce mot fatal n’est autre que celui d’« antisémite ».

Pour les juifs de France, le monde médiatique est une chasse gardée. Imaginons l’expérience suivante : à la télévision, dès qu’apparaîtrait une personne d’origine juive ou encore dès qu’il serait question d’un juif ou d’une juive, une étoile viendrait s’incruster à l’écran. Nul doute qu’à ce compte l’écran s’illuminerait d’une pluie d’étoiles. Dans tous les foyers de France, le téléspectateur contemplerait en direct la Galaxie, la Voie lactée, « sœur lumineuse des blancs ruisseaux de Chanaan ». On entend dire que « les juifs sont comme tout le monde ». Si c’est vrai, qu’on veuille bien nous citer une seule organisation politique, religieuse, syndicale ou autre qui puisse se faire manger dans la main par un si beau monde, si riche, si puissant, et, surtout, par un personnel politique que le CRIF, le soir du 25 janvier 2003, a pu convoquer à sa table pour le tancer, le sermonner et le menacer ! Ce CRIF qui, rappelons-le, ne représente qu’un tiers de un pour cent des habitants du territoire français.


Le droit de décrire les juifs comme ils sont

Pour le juif, écrivait Céline, « jamais trop de vœux, jamais trop de tendres alarmes, de révérences, de genoux fléchis ». Il ajoutait : « On est à la cour à Mammon ». Au « Que sçais-je ? » de Montaigne, le même Céline répondait : « Je sçouais que c’est ‘juivre ou mourir’ » (Les Beaux Draps, p.57). Ce qui est vrai de la France l’est d’autres pays aussi. Aux Etats-Unis, la puissance juive est impressionnante ; en Allemagne, elle est devenue totale. En Europe, les organisations juives exercent le racket des « réparations » et nul traité d’intégration à la communauté européenne ne se ratifie sans qu’une disposition de ce traité ne détermine au préalable la part de Shylock. Dénoncer l’hégémonie et le colonialisme des Etats-Unis n’implique pas qu’on soit hostile au peuple américain ; d’ailleurs, une frange de ce peuple a conscience de ses propres excès et il admet que l’étranger en fasse la critique. Dénoncer l’hégémonie et le colonialisme judéo-sionistes n’implique pas qu’on veuille du mal aux juifs et, d’ailleurs, une frange du peuple juif, y compris dans la presse israélienne, condamne, parfois avec vigueur, ses propres excès ; mais, à la différence des Américains à l’esprit ouvert, cette frange juive ne souffre pour ainsi dire pas la critique venue de l’extérieur. Ces « Justes parmi les juifs » conservent une mentalité de ghetto et, dès qu’ils entendent un gentil stigmatiser, comme ils le font eux-mêmes, tel exemple de démesure juive, ils crient à l’antisémitisme. Frappé du sceau de l’infamie, le gentil en est alors réduit, le plus souvent, à implorer un pardon qui ne lui sera jamais accordé.

De même qu’il n’y a pas nécessairement de préjugé contre le peuple américain à montrer la démesure (hybris) des Etats-Unis, de même il ne saurait y avoir obligatoirement de préjugé antisémite à décrire, tels qu’ils sont, les pouvoirs et les excès du peuple juif.

Additif du 15 février 2004

Au dîner du 31 janvier 2004, un nouveau record a été battu : le nombre des ministres et secrétaires d’Etat répondant à l’invitation du CRIF a été de 17. Le président du Sénat, Christian Poncelet, et le président de l’Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, ont évidemment été de retour ainsi que nombre d’autres éminences. Tout ce monde est à nouveau venu manger dans la main de Roger Cukierman qui, une nouvelle fois, a grondé et, encore une fois, a été remercié de ses attentions. Emmanuel Ratier a consacré un remarquable dossier à ce dîner du CRIF ainsi qu’au dîner, le 24 janvier, de la LICRA (Faits et documents, n°168 [15 au 29 février 2004], p.1-2, 6-7, 9).

Retenons le constat du Premier ministre de la France tel que le rapportait Le Point du 23 mars 2003 : à ces dîners d’une organisation censée représenter un tiers de un pour cent des habitants de notre pays se presse, année après année « TOUTE LA CLASSE POLITIQUE FRANCAISE ». A eux seuls, ce fait et ce constat sont la preuve du pouvoir démesuré des juifs dans notre pays. Les juifs n’ont besoin ni de complot ni de conjuration – recours éventuels des faibles – puisqu’ils exercent leur pouvoir au grand jour, à la pleine vue des petits et des grands.

Additif du 15 février 2005

Au dîner du 12 février 2005, il est venu seize ministres en exercice. En tête figurait Jean-Pierre Raffarin, premier ministre, accompagné, en particulier, des ministres de l’Education nationale, des Affaires étrangères, de la Défense nationale, de la Justice. Simone Veil, présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et membre du Conseil constitutionnel, a pu s’entretenir avec de nombreux représentants de la majorité comme de l’opposition, parmi lesquels François Hollande, Laurent Fabius, Bertrand Delanoë, Julien Dray, Jean-Paul Huchon, Jean-Pierre Chevènement, Marie-George Buffet et Yann Wehrling, le nouveau jeune chef de file des Verts. Dans Le Figaro (14 février), Judith Waintraub écrit : « Jean-Pierre Raffarin et les seize ministres qui l’accompagnaient ne sont pas près d’oublier l’accueil que leur a réservé Roger Cukierman ». Ce dernier, à la demande expresse de Jacques Chirac, auquel il avait transmis le texte de son intervention, s’était engagé à élaguer les passages de son discours jugés « contraires à la courtoisie républicaine » (comprendre : contraires à la simple courtoisie). Il n’en a rien fait. Il s’en est vivement pris à la politique étrangère de la France jugée bien trop hostile à l’Etat d’Israël et donc néfaste pour les juifs en général. Il a également dénoncé d’autres points de la politique française. « Dominique de Villepin a frémi », « à la table d’honneur, les membres du gouvernement se pétrifiaient », « fait rarissime, aucun des ministres présents n’a applaudi le président du CRIF quand il a regagné sa table ». D’après Sud-Ouest (14 février), « François Fillon, ministre de l’Education nationale, a déclaré qu’il ne ‘trouvait pas normal que le président de CRIF se livre chaque année à une attaque globale de la politique étrangère [de la France]. Ce n’est pas de cette manière-là que je conçois le fonctionnement de la République’. » ; quant à M. Raffarin, il a été « visiblement piqué au vif par les attaques du CRIF ». Le Journal du dimanche (13 février) et Le Monde (15 février) ont rapporté ces incidents en des termes identiques à ceux du Figaro et de Sud-Ouest.

Emmanuel Ratier est revenu sur cette soirée et ces incidents, dans Faits & Documents de la quinzaine du 1er au 15 mars 2005, avec un « portrait » de Roger Cukierman ainsi qu’avec la liste complète des invités.


Additif du 16 février 2006


Transcription d'une interview de Roger Cukierman sur Radio J



Bonjour et merci d'être avec nous ce matin sur Radio J. Les sujets d'actualité liés au monde juif, à la communauté juive et à Israël, et bien évidemment la France, ne manquent pas.

On apprend que le Maire du IIIe arrondissement de Paris, Pierre Aidenbaum, a décliné l'offre de l'ambassade d'Iran pour une cérémonie. Vous, vous allez un peu plus loin, Roger Cukierman, en demandant à Angela Merkel et au président de la FIFA, c'est-à-dire la Fédération Internationale de Football, Joseph Blatter, d'exclure l'Iran de la prochaine coupe du monde de football.


Oui, je crois que des sanctions doivent être prises contre ce pays parce que le président iranien a tenu des propos qui n'ont rien à envier à ceux que tenait Hitler. Hitler l'a dit, Hitler l'a fait. Je crois que l'Occident doit se mobiliser de toutes les manières possibles : des sanctions économiques, des sanctions diplomatiques et des sanctions sportives qui toucheraient le peuple iranien.


Ça peut être le démarrage d'une campagne de sensibilisation ; le football touche le monde entier et c'est l'occasion de rappeler ce que dit et fait le président iranien ?


Oui, parce qu'il met en danger la paix du monde. Il met en danger le peuple iranien lui-même.


Roger Cukierman, il y a cette affaire de l'Iran, il y a aussi l'affaire des caricatures. Beaucoup de commentaires ont été entendus. Vous avez demandé des explications à la chaîne d'alimentation Carrefour, qui finalement a boycotté les produits danois, notamment en Arabie Saoudite. Je crois que vous vous êtes adressé directement à Carrefour en France.


Oui, j'ai écrit au président de Carrefour parce que je considère, comme beaucoup de gens, que ces caricatures étaient sans doute malvenues, mais de là à boycotter les produits de tout un pays. Et là, il s'agissait du Danemark. Mais pourquoi ne boycotteraient-ils pas également les produits français puisque plusieurs journaux français ont publié ces caricatures ? Je crois vraiment que le président de Carrefour doit mettre bon ordre à cette affaire dans l'intérêt de l'image de sa société. La réponse qu'on nous donne, c'est qu'il s'agissait d'une filiale à 25 % seulement de Carrefour, franchisée, mais à partir du moment où l'enseigne de Carrefour est utilisée il est impératif que sa société fasse le ménage.


Oui, ça fait un peu désordre.


Oui.


Par un communiqué de presse, le CRIF a réagi à la réaction française qui approuvait la démarche de Vladimir Poutine de recevoir le Hamas qui, vous l'avez rappelé, demande la destruction de l'État d'Israël. D'un côté, on tue les Tchétchènes qui sont considérés comme des terroristes et de l'autre on discute avec d'autres terroristes. Qu'attendez-vous du Premier ministre français qui se trouve en Russie actuellement ?


J'avais été très satisfait de la ferme attitude du monde occidental. J'avais été très satisfait de l'ensemble des déclarations du monde politique occidental, et même des Russes, sur l'attitude de fermeté à l'égard du Hamas et notamment les trois conditions qui avaient été posées pour que le Hamas puisse être un mouvement avec lequel on pouvait discuter ; ces trois conditions étant la reconnaissance d'Israël, l'arrêt du terrorisme et l'acceptation des engagements du précédent gouvernement de l'Autorité palestinienne. Et puis j'avoue avoir été très surpris de voir que Poutine, sans attendre que les dirigeants du Hamas fassent la moindre concession les invite très officiellement à Moscou. Alors que les autres pays, pour la plupart, se sont inquiétés de l'attitude russe, le Quai d'Orsay s'est précipité pour dire qu'après tout c'était peut-être une initiative qui pourrait être efficace. Alors que moi je considère que Moscou en invitant les dirigeants du Hamas a fait un pas très dangereux vers l'abandon des principes de fermeté qui avaient été énoncés et des conditions qui ont été posées par l'ensemble des dirigeants internationaux vis-à-vis du Hamas, et je ne crois pas qu'il y ait lieu de se féliciter. Je regrette que le Quai d'Orsay se soit précipité pour conclure que c'était peut-être une bonne initiative.


D'autant que Franz-Walter Steinmeyer, le ministre allemand des Affaires étrangères, est en Israël et il rappelle de façon vraiment claire que les Européens ne négocieront pas à ce stade avec le Hamas, puisqu'il est inscrit sur la liste des organisations terroristes. Est-ce à dire que vous aimeriez que la France utilise le même langage ?


J'aimerais qu'elle utilise le même langage qu'elle a utilisé au départ, et là, c'est ce que j'analyse comme étant un dérapage. C'est fâcheux.


Vous pensez que le Premier ministre, Dominique de Villepin, qui est à Moscou aujourd'hui, doit s'exprimer sur cette question de façon claire ?



Il s'est exprimé hier d'ailleurs en rappelant les principes auxquels la France est attachée vis-à-vis du Hamas. De ce point de vue là, je trouve que c'est bien, mais je trouve étonnant que l'on se félicite de l'invitation faite par Moscou.



Un institut musulman allemand a appelé Ahmadinejad à se rendre à Auschwitz pour savoir s'il aurait le courage, là, de nier la Shoah. Et cet institut prestigieux en Allemagne estime que le fait que cet État islamique reprenne à son compte l'antisémitisme nazi est une honte pour tous les musulmans du monde. On n'a pas vraiment entendu de réaction aussi nette, ferme et incisive du côté des représentants de l'islam en France.



Je crois que les préoccupations des musulmans de France ne sont pas concentrées sur l'Iran ; je crois que les musulmans modérés du monde entier devraient savoir que l'Iran et la politique qu'il suit sont un danger pour les musulmans modérés, en tout premier lieu, pour toutes les femmes musulmanes, pour les pays occidentaux autant que pour Israël.



Elles donnent à réfléchir. Une réaction, Roger Cukierman, à ces propos tenus par Georges Frêche, président de la région Languedoc-Roussillon, ancien maire de Montpellier, qui a qualifié des représentants des harkis de "sous hommes qui n'ont aucun honneur", une phrase extrêmement violente.



C'est un dérapage lamentable et honteux. Je crois qu'il a présenté ses excuses. C’était le moins qu'il puisse faire.


Le dîner du CRIF arrive et c'est un grand rassemblement républicain, peut-être le plus important en France. Il y a le discours que vous présentez, avec un certain nombre de remarques, d'analyses, de questions que vous posez au Premier ministre. Ce sera donc Dominique de Villepin qui vous répondra. Est-ce que ce dîner s'annonce sous de bons augures?


Oui, nous avons l'affluence habituelle. Nous sommes déjà obligés de refuser à des dizaines de personnes leur participation à ce dîner, qui comportera 800 invités. Nous aurons autant, peut-être même plus de ministres que d'habitude et surtout des ambassadeurs de nombreux pays arabes : les ambassadeurs d'Algérie, de Tunisie, du Maroc, d'Égypte, de Jordanie, du Pakistan et de Mauritanie. Nous allons avoir un échange au cours duquel nous pourrons nous féliciter de la baisse de l'antisémitisme en 2005, une baisse de 50% tout à fait significative et de l'amélioration des relations entre la France et Israël, qui était cette année tout à fait importante avec la venue de Sharon en juillet et l'accueil très chaleureux qu'il a reçu du Président de la République et du Premier ministre.


Ce sera un dîner du CRIF apaisé ?


Le climat sera meilleur.


Une dernière question, Roger Cukierman. Une association communautaire tenait sa réunion annuelle au profit des oeuvres sociales de l'armée. Elle n'a pas reçu le soutien du SPCJ, le service de protection de la communauté juive, dont le CRIF fait partie du Conseil d'administration. Comment expliquez-vous que le SPCJ refuse d'assurer la sécurité d'une importante manifestation communautaire ?


La raison est simple. Le SPCJ, lorsqu'il assure la protection d'une manifestation, exige d'assurer seul sa protection, parce que c'est une responsabilité qui est lourde et qui ne se partage pas. Il se trouve que dans les manifestations précédentes, – malgré les promesses formelles que MIGDAL a faites au SPCJ –, des équipes du SPCJ ont été confrontées sur place à d'autres équipes, notamment celles de la Ligue de Défense Juive. Donc si MIGDAL veut bénéficier des services de protection du SPCJ, il doit choisir ses partenaires et surtout il doit respecter ses engagements.


Il n'y aurait pas pu y avoir une sorte de contrat signé avant la manifestation ?


Dans les manifestations précédentes les engagements formels qui avaient été pris n'avaient pas été respectés par MIGDAL.


Roger Cukierman, c'est une année civile qui redémarre, en un mot comment la voyez-vous avec ses élections en Israël qui arrivent, Sharon dans le coma. Il y a quelques signes d'espérance?


Quelquefois du mal peut sortir du bien... Il est clair que la disparition de la scène politique d'Ariel Sharon à un moment crucial pour l'avenir du Proche-Orient est une énorme perte. J'ose espérer que ses successeurs sauront faire face à la situation. Ce qui me réconforte, c'est que dans le passé, la démocratie israélienne a toujours su trouver dans son sein des dirigeants brillants capables de mener le pays, je pense à Ben Gourion, je pense à Begin, Rabin, à Sharon et donc que je suis confiant parce qu'Israël continuera sur la voie qu'il a suivi depuis des dizaines d'années.


Merci, Roger Cukierman.



22 mars 2003

(+ additifs de 2004, 2005 et 2006)


Wednesday, March 19, 2003

Retour sur le Pro Flacco et la description des juifs par Cicéron

(Réplique à Gilles Karmasyn)

Dans l’introduction d’un ouvrage de plus de deux mille pages, Ecrits révisionnistes (1974-1998), publié en 1999, je consacrais un simple alinéa à la figure de l’aristocrate romain Lucius Flaccus, que Cicéron avait eu à défendre, en 59 avant notre ère, dans un procès pour concussion ; parmi les accusateurs de L. Flaccus figurait en particulier la communauté juive de Rome. A ce propos, je notais :

La description que fait l’illustre orateur de l’influence, de la puissance et des procédés des juifs de Rome dans le prétoire me donne à penser que, s’il revenait sur terre, au XXe siècle, pour y défendre un révisionniste, il n’aurait pour ainsi dire pas un mot à changer sur ce point dans sa plaidoirie du Pro Flacco (p. XLVII).

L’année suivante, un certain Gilles Karmasyn me prenait à partie dans un texte intitulé : « Faurisson, un antisémite / Faurisson se compare au politicien pourri Lucius Flaccus » (). Le 5 août de la même année, je publiais une analyse du factum où, avant de conclure à la faiblesse de l’ensemble, je signalais à son auteur, en plus de quatre types d’erreurs vénielles, les quatre erreurs capitales qui réduisaient à néant sa tentative de démonstration.

Ce dernier vient de diffuser une réplique, qui porte pour titre : « Faurisson un antisémite. A-t-on lu Cicéron ? Quand Faurisson falsifie Cicéron et invente un complot juif vieux de deux mille ans ». Ce nouveau texte est fort long mais la substance en est indigente. G. Karmasyn y répète à satiété sa double conviction que Flaccus était un voleur de l’argent des juifs et que Faurisson est inspiré par l’antisémitisme. Il ne fournit cependant aucune preuve à l’appui de ces allégations. Dans son premier texte, il avait caché au lecteur que Flaccus avait été acquitté par le tribunal. Je lui en avais fait la remarque. Piqué au vif, il me rétorque aujourd’hui qu’un tel acquittement ne signifie pas que L. Flaccus était innocent. Peut-être ! Mais ce n’était pas une raison pour passer sous silence le fait de l’acquittement. Il nous dit qu’André Boulanger lui-même, qui a établi et traduit le De Flacco pour « Les Belles Lettres », a la « conviction » que Cicéron avait défendu une crapule. C’est inexact. A. Boulanger exprime des doutes sur l’honnêteté de L. Flaccus mais, comme d’autres auteurs, en particulier juifs, il ne révèle pas les motifs de ces doutes et n’apporte pas de preuve, en tout cas, d’une culpabilité quelconque. En outre, à la différence de G. Karmasyn, il mentionne « l’issue favorable de l’affaire de Flaccus » (p.57) et répète que « Flaccus fut certainement acquitté » (p.67). A l’appui de ses doutes, A. Boulanger invoque l’autorité de Macrobe qui a parlé des « crimes manifestes » de L. Flaccus. Il n’en faut pas plus à G. Karmasyn pour brandir cette affirmation de Macrobe comme si elle provenait d’un contemporain de l’accusé. Il écrit : « Flaccus était coupable. Boulanger rappelle qu’un contemporain a lui-même souligné cet état de fait [sic] ». Mais G. Karmasyn s’égare : Macrobe n’était pas un contemporain de Flaccus : il a vécu cinq siècles après lui ! Cherchant à reproduire une phrase de Macrobe en latin, il l’orne d’un barbarisme. Citant un bref passage du De Oratore de Cicéron, il l’enrichit d’un autre barbarisme. Me reprochant de traduire par « tourbe » le latin turba, mot appliqué deux fois par Cicéron à la foule des juifs excités qui ont envahi le prétoire, il voit là une preuve de mon antisémitisme et il ajoute : « Nous remarquons d’ailleurs que le vieux Gaffiot que nous avons sous les yeux (F. Gaffiot, Dictionnaire latin-français, Hachette, 1934) se garde de traduire ‘turba’ (page[s] 1612-1613) par « tourbe » et donne les significations suivantes : trouble d’une foule en désordre, mêlée, foule, confusion ». Il est à croire que G. Karmasyn a des yeux pour ne pas voir : le « vieux Gaffiot » propose bel et bien le mot de « tourbe » et précisément au bas de la page 1612 ; le « nouveau Gaffiot » note également ce sens (Le Grand Gaffiot, nouvelle édition revue et augmentée sous la direction de Pierre Flobert, Hachette-Livre, 2000). G. Karmasyn erre sur le sens de certains mots français ; par exemple, il tend à confondre « tribut » (forcé) avec « contribution » (volontaire). Quand je rappelle que le procès de L. Flaccus s’est tenu non loin d’un quartier juif et que les juifs sont en nombre dans le prétoire, il me traite à nouveau d’antisémite et s’engage dans une digression sur l’emplacement du quartier juif dans la ville de Rome. Il ne semble pas voir que c’est Cicéron en personne qui donne ces indications sur la proximité d’un quartier juif et sur la multitude, dans la salle du tribunal, de juifs excités. Malgré mes explications sur le fait que Flaccus était, dans sa province d’Asie, propréteur et non préteur, il invoque sur ce point l’autorité d’A. Boulanger sans paraître voir que ce dernier a clairement écrit : « Après sa préture, en 62 [avant notre ère], Flaccus avait été chargé du gouvernement de la province d’Asie comme propréteur » (p.59). Un propréteur était un ancien préteur comme un proconsul était un ancien consul et c’est par le fait d’une licence d’usage qu’on pouvait continuer d’appeler « consul » ou « préteur » un homme devenu en fait proconsul ou propréteur pour une courte période de temps. La propension qu’on note chez G. Karmasyn à prendre le Pirée pour un homme, sa disposition à imiter le cordonnier qui « juge au-dessus de la chaussure » et sa tendance à s’inspirer de Garo qui « en remontre à son curé » font de la lecture de ses écrits une épreuve pour le correcteur : on dirait le pensum d’un potache à la fois irascible et outrecuidant.

On passera sur sa manie de prêter à l’adversaire des propos que ce dernier n’a en fait jamais tenus. Il utilise pour cela le procédé qui consiste à placer entre guillemets des mots comme « machination », « machination juive », « agent des Juifs » de telle sorte qu’on risque de croire que Faurisson en personne a utilisé ces mots dans l’un de ses écrits.

G. Karmasyn s’exprime avec difficulté et ne semble pas toujours comprendre ce qu’il lit. Il n’a manifestement pas saisi le sens ou la portée de certains extraits de Bernard Lazare, de Paul Rassinier ou, c’est un comble, d’un article du Bulletin quotidien de l’Agence télégraphique juive à propos du grand rabbin Sirat ; ce dernier, dès 1986, avait bel et bien décidé de se prononcer publiquement et ès qualités en faveur de la création d’une loi spécifique, à l’israélienne, contre la libre expression du révisionnisme historique. Surtout G. Karmasyn se répète jusqu’à l’étourdissement. Il pratique alors une sorte d’incantation qui le conduit à s’échauffer de plus en plus : ses mots se bousculent, sa vue se brouille et il donne l’impression de perdre la tête.

Enfin, lorsqu’un sujet l’embarrasse, il l’esquive par une pirouette. J’avais terminé mon commentaire de son premier article en lui disant : « Vous avancez que je suis antisémite. Puis-je vous demander si vous êtes juif ? ». Sa réponse avait été : « Qui est obsédé ? ». Voilà qui m’oblige de lui poser à nouveau la même question.

La parole à Bernard Lazare et à Cicéron

Comme trop souvent dans les controverses, le sujet même de la dispute risque d’être perdu de vue. Dans le cas du Pro Flacco, ce serait particulièrement regrettable. Les quelques pages où Cicéron décrit les juifs sont d’une grande importance historique. Elles réduisent à néant la thèse, aujourd’hui si répandue, selon laquelle l’antisémitisme serait essentiellement une invention des chrétiens. Dans le Pro Flacco, on voit le plus grand des orateurs romains, dès avant l’ère chrétienne, dénoncer le comportement des juifs dans les termes mêmes où le feront, siècle après siècle, des auteurs prestigieux, que ceux-ci se trouvent être chrétiens, agnostiques ou athées, de gauche ou de droite et en quelque pays que ce puisse être où vit une communauté juive. Cicéron a, si l’on ose dire, fixé les traits du juif à la manière qui, plus tard, sera celle des « antisémites » les plus connus, qu’ils s’appellent Shakespeare, Voltaire, Dostoïevski, Drumont ou Céline. Les juifs, si prompts à se moquer de l’idée d’un « complot juif », sont eux-mêmes fortement enclins à dénoncer partout un « complot contre les juifs ». Il faut convenir que l’idée, en ces cas, de complot ou de conjuration (voyez le faux intitulé Les Protocoles des sages de Sion) est en elle-même totalement inadéquate. Il y a en fait non pas un « complot juif » mais un pouvoir juif, riche, comme tout pouvoir, de contradictions et de conflits ; ce pouvoir, cette puissance suscite obligatoirement des réactions d’une grande diversité et, parmi ces réactions, une possible hostilité. Le plus raisonnable est d’en conclure, comme l’a fait Bernard Lazare à la première page de son célèbre ouvrage sur L’Antisémitisme, son histoire et ses causes, publié en 1894 :

Si cette hostilité, cette répugnance même ne s’étaient exercées vis-à-vis des Juifs qu’en un temps et en un pays, il serait facile de démêler les causes restreintes de ces colères [contre les Juifs] ; mais cette race a été, au contraire, en butte à la haine de tous les peuples au milieu desquels elle s’est établie. Il faut donc, puisque les ennemis des Juifs appartenaient aux races les plus diverses, qu’ils vivaient dans des contrées fort éloignées les unes des autres, qu’ils étaient régis par des lois différentes, gouvernés par des principes opposés, qu’ils n’avaient ni les mêmes mœurs, ni les mêmes coutumes, qu’ils étaient animés d’esprits dissemblables ne leur permettant pas de juger également de toutes choses, il faut donc que les causes générales de l’antisémitisme aient toujours résidé en Israël même et non chez ceux qui le combattirent.

Pour Cicéron, dans le Pro Flacco, le mot de « juif » et celui d’« or » se conjuguent d’emblée : « auri Judaici », l’or judaïque. Puis, vient l’idée que les juifs s’entendent à la manigance et à l’intimidation. Ils savent s’unir pour peser d’un grand poids dans toutes les assemblées. Ils s’y déchaînent. Ils s’entendent à exciter la haine. Ils calomnient. Ils sont violents. Ils fraudent. Ils tournent les lois du pays. Ils n’ont d’attachement véritable que pour ce que Cicéron appelle leur « superstition », c’est-à-dire leur culte de l’or. Accessoirement, Cicéron constate que, pour ce procès où ils ont eu l’aplomb de prétendre que Flaccus leur avait pris leur or, les juifs sont venus en grand nombre dans ce prétoire où ils se conduisent avec l’arrogance de la tourbe. Ils ont obtenu avec d’autres qu’une formidable enquête fût entreprise contre Flaccus dans la province d’Asie et, pourtant, dit Cicéron, on a retrouvé dans le trésor public tout l’or prétendument volé aux juifs. Simplement, Flaccus avait, dans sa province, confisqué au profit du Trésor public l’or que les juifs avaient pris l’habitude d’exporter vers Jérusalem pour leur propre compte. Ils le faisaient aussi bien à partir de Rome et de toute l’Italie qu’à partir des provinces. A de multiples reprises ces exportations avaient été déclarées illégales mais les juifs s’étaient moqués de la loi. Flaccus, lui, avait pris l’initiative de faire appliquer la loi. Du coup, les juifs avaient crié au vol et avaient porté plainte contre le propréteur, dont la fonction principale était pourtant de faire appliquer les lois de Rome.

Sur les privilèges exorbitants arrachés par les juifs aux autorités romaines du temps de Cicéron et de César, on lira de Jules Isaac, qui passe bien trop rapidement sur le Pro Flacco, le chapitre intitulé : « La question juive à Rome » dans son célèbre ouvrage, Genèse de l’antisémitisme (Calmann-Lévy, 1985 [1956], p.94-98).

Un siècle plus tard, de tels privilèges allaient être suivis, comme on le sait, d’une catastrophe pour les juifs : en l’an 70 de notre ère, Titus prenait la ville de Jérusalem et en détruisait le Temple.

Dans bien des procès intentés par des organisations juives, en France et à l’étranger, j’ai personnellement constaté chez trop de juifs, jusque dans l’enceinte des palais de justice, cet aplomb, cette excitation, cette violence que Cicéron, un siècle avant notre ère, décrivait déjà. La tourbe n’a pas changé. Seul son pouvoir s’est accru. Elle ne devrait pas s’étonner des conséquences possibles d’un tel comportement. Il n’y a ni préjugé hostile, ni complot, ni conjuration à protester, à la fin des fins, contre ces manières. Aujourd’hui comme hier, aussi bien en notre temps qu’en celui de Cicéron, il est humain de se défendre contre toute tyrannie, même et surtout quand, comme c’est ici le cas, on voit cette dernière prendre dès l’abord le masque de la victime gémissante. Elle feint d’être en butte à la haine et à des agressions non provoquées, elle se couvre la tête de cendre, pousse des cris déchirants, alerte le monde entier, lance à grands frais campagnes et croisades. Puis, elle frappe sans pitié et sans répit. Ainsi qu’en toute guerre, elle ment à proportion.

Assurément, s’il revenait sur terre, l’illustre orateur romain n’aurait, pour ainsi dire, pas un mot à changer dans son bref discours sur les juifs, sur leur comportement et sur le destin qu’ils se forgent.

19 mars 2003

Thursday, March 6, 2003

Cauchon

Ernst Zündel a été kidnappé au Tennessee et livré aux Canadiens qui le détiennent actuellement dans un lieu de détention "à haute sécurité". Dans sa cellule, s'il veut rédiger un mot, il lui faut se mettre à genoux et prendre appui sur l'abattant de la cuvette de WC. Si on le sort de sa cellule, c'est menottes aux poignets et chaînes aux pieds. On le fait comparaître devant un tribunal spécial de l'Intelligence Service du Canada. Sans avocat. On veut le livrer à la police allemande, déjà sur place. En Allemagne, il serait jeté en prison pour des années sinon pour le restant de ses jours. C'est ce qui retient encore les autorités canadiennes de le livrer séance tenante à la nouvelle Stasi. Alors les juifs poussent les hauts cris. Ils mènent campagne pour que la procédure s'accélère. Ils veulent éviter que l'accusé puisse faire entendre sa voix, par exemple lors d'un procès qui deviendrait public. Pour sa part, Leo Adler vient d'adresser, au nom des Amis du Centre Simon Wiesenthal pour l'étude de l'Holocauste, une lettre aux autorités allemandes ainsi qu'une lettre au ministre canadien de la Justice pour leur suggérer la plus talmudique des solutions (voy. le dernier Zgram d'Ingrid Rimland). Soit dit en passant, ce ministre porte le nom de Martin Cauchon. En 1431, pour condamner Jeanne d'Arc, les Anglais s'en étaient remis aux bons soins de Pierre Cauchon, évêque de Beauvais.

6 mars 2003