Wednesday, September 25, 2002

Trois illustrations de Konk

La première illustration (1986) consiste en une suite de dix dessins, lesquels montrent que M. Faurisson, auquel il convient de reconnaître une « démarche logique », a peut-être bien eu raison de conclure de ses recherches que « l’existence des chambres à gaz [nazies] telles que décrites habituellement depuis 1945, se heurte à une impossibilité absolue, qui suffirait à elle seule à invalider tous les témoignages existants ou à tout le moins à les frapper de suspicion » (arrêt Grégoire, 1re chambre de la cour d’appel civile de Paris, section A, 26 avril 1983).

La deuxième illustration (années 1990) se réduit à un seul dessin, qui montre qu’un juge d’instruction (institution française) peut, en son cabinet, faire ce qu’il lui plaît du rouleau de la loi dès lors, en particulier, qu’il lui faut protéger un interdit ou un tabou ; plus que jamais alors, le droit se fait changeant et l’application de la loi, fluctuante.

La troisième illustration (2001) tient en deux dessins, qui montrent un juge dont l’outrecuidance lui permet de prétendre qu’en France on bénéficie d’une « merveilleuse liberté d’expression ». Les Français ont effectivement le droit de dire que les chambres à air ou les chambres à coucher n’ont jamais existé mais la vérité implicite est que, si l’on remplace les mots inoffensifs et rassurants de « air » ou de « coucher » par celui de « gaz », tout explose, tout s’effondre du bel édifice mensonger.

On notera à propos de cette troisième illustration le caractère classique du talent de Konk. Par le minimum d’effets (au pluriel) l’artiste est parvenu au maximum d’effet (au singulier). Non content d’avoir usé du sous-entendu (il n’a pas mentionné expressément les chambres à gaz), c’est en deux temps et trois mouvements qu’il a ici exécuté son petit chef-d’œuvre ou, si l’on veut, exécuté son triste juge. En deux temps, puisqu’il lui a suffi de deux dessins. Et en trois mouvements puisque, aussi bien, le second dessin ne se distingue du premier que par trois menues différences, aussi discrètes que parlantes. Sentencieux, le juge commence par proférer, avec un regard aussi droit que vide et impersonnel, une fort belle ânerie. Puis, en un second temps, il reste aussi sentencieux mais, cette fois-ci, 1) le regard cherche le sol, 2) les sourcils apparaissent et 3) la tête penche. Ces trois signes suffisent à cerner le faux derche et à le montrer.

Daumier et Caran d’Ache ne faisaient pas mieux.

25 septembre 2002

Wednesday, September 11, 2002

« Apologie de crime de guerre », ose déclarer la cour d’appel de Paris

En 1993, sous le titre de L’Holocauste au scanner, le révisionniste suisse Jürgen Graf publiait la traduction d’un petit ouvrage qu’il avait produit en allemand, l’année précédente, sous le titre de Der Holocaust auf dem Prüfstand.

Dans l’une des sections du livre, l’auteur évoque, à propos de l’entrée de la Wehrmacht en Union soviétique le 22 juin 1941, ce qu’il appelle « Les massacres du Front de l’Est ». Il écrit :


La guerre fut conduite dès le départ avec une brutalité inouïe. Les Soviétiques déclenchèrent derrière les lignes allemandes une guérilla – contraire au droit international – à laquelle les Allemands réagirent exactement comme allaient le faire plus tard les Français en Algérie, les Américains au Vietnam et les Russes en Afghanistan, à savoir en semant impitoyablement la terreur, y compris parmi les innocents. De tels crimes sont l’inévitable résultat de la guerre (p.22).

En juillet 2000, un Français de 41 ans, généalogiste au chômage, reproduisait sur le Net ce passage parmi d’autres passages de L’Holocauste au scanner. Le 31 mai 2001, le tribunal de grande instance de Paris (XVIIe chambre) le condamnait pour différents motifs et, dans le cas précis de la reproduction de ce passage, pour « apologie de crime de guerre » !

Le 11 septembre 2002, la cour d’appel (section A ; président : Monsieur Delétang ; conseillers : Madame Portier et Monsieur Laylavoix), sur réquisition de Monsieur Bartoli, avocat général, vient de confirmer cette condamnation pour « apologie de crime de guerre ». Elle l’a fait dans les termes suivants qui méritent de passer à la postérité :

Le conseil [Me Eric Delcroix] du prévenu conteste l’infraction reprochée. Il fait valoir que le passage critiqué se borne à énoncer quelques-unes des raisons qui expliquent ces crimes, qu’il ne contient aucune exaltation des auteurs de ces faits et ne présentent [sic] pas ceux-ci comme étant dignes d’approbation. – Le Tribunal a justement rappelé que l’apologie s’entend de tout discours visant à défendre ou à justifier une personne ou une doctrine. – La Cour estime que le passage querellé ne constitue pas un simple constat comme le soutient le prévenu. Il justifie ces actions, dont il ne méconnaît pas le caractère criminel, en les banalisant et en les présentant comme la conséquence inéluctable de la guerre. Non seulement il l’affirme dans la dernière phrase mais encore il donne force à son propos en prenant des exemples choisis lors de conflits ultérieurs. Il renforce sa justification en rejetant la responsabilité de ces comportements sur les victimes, les exactions opérées étant la réponse inéluctable à des actions de guérilla dont le caractère contraire au droit international est souligné.– La décision du Tribunal sera en conséquence approuvée.

11 septembre 2002