Friday, November 24, 1995

Winston Churchill en faveur de la «purification ethnique» appelée «démêlement» et «transfert» de populations (15 décembre 1944)


En ce qui concerne la Russie et la Grande-Bretagne, les Polonais sont libres d’étendre leur territoire à l’Ouest aux dépens de l’Allemagne. Je ne me propose pas d’entrer dans les détails exacts mais les agrandissements [extensions], qui recevront l’appui de la Grande-Bretagne et de la Russie, liées entre elles comme elles le sont par une Alliance vieille de vingt ans, sont d’une haute importance. C’est ainsi que [les Polonais] gagneront, à l’Ouest et au Nord, des territoires plus importants et plus hautement développés que ceux qu’ils perdront à l’Est. D’après ce que nous entendons dire, un tiers de la Pologne devra être cédé mais je dois mentionner que ce tiers comprend la vaste zone des Marais du Pripet, région tout à fait désolée qui, tout en grossissant la superficie, n’augmente pas la richesse de ceux qui la possèdent.

J’ai donc, devant cette Chambre, esquissé à grands traits l’offre que font au peuple polonais les Russes sur qui repose encore le poids principal de sa libération. Je ne puis croire que la Pologne rejette cette offre. Bien sûr, cela devrait s’accompagner du démêlement [disentanglement] des populations à l’Est et dans le Nord. Le transfert [transference] de plusieurs millions de personnes devrait être effectué de l’Est vers l’Ouest ou le Nord ainsi que l’expulsion [expulsion] des Allemands – car c’est ce qui est proposé : l’expulsion totale des Allemands – de l’espace à acquérir par la Pologne à l’Ouest et au Nord. En effet, l’expulsion est la méthode, autant qu’on a pu le voir, qui sera la plus satisfaisante et la plus durable. Il n’y aura pas de mélange [mixture] de populations pour causer d’interminables ennuis [endless trouble] comme cela a été le cas en Alsace-Lorraine. Je n’éprouve pas de craintes à la perspective de ce démêlement [disentanglement] de populations, ni même à cause de ces vastes transferts [transferences], qui sont plus possibles dans les conditions modernes qu’ils ne l’ont jamais été dans le passé. [W. Churchill donne ensuite comme exemple d’un « démêlement » réussi celui des populations grecque et turque après la première guerre mondiale.]

Je ne vois pas non plus pourquoi il n’y aurait pas de place en Allemagne pour les populations allemandes de Prusse orientale et des autres territoires que j’ai mentionnés. Après tout, six ou sept millions d’Allemands ont déjà été tués dans cette effroyable guerre où ils n’ont pas hésité, pour la seconde fois en une génération, à plonger toute l’Europe. A présent, on nous dit qu’ils ont dix ou douze millions de prisonniers ou d’étrangers qu’ils utilisent comme esclaves en Allemagne et qui, nous l’espérons, regagneront leurs demeures et leurs pays quand la victoire sera acquise. En outre, nous devons nous attendre à ce que bien plus d’Allemands soient tués dans la bataille qui occupera le printemps et l’été [1945] et qui, nous devons nous y attendre, connaîtra les combats les plus grands et les plus acharnés que nous ayons livrés dans cette guerre.

[...] En fait, il n’y a pour moi absolument aucun doute que les grandes Puissances, si elles se mettent d’accord, pourront effectuer ce transfert [transference] de population [1].
24 novembre 1995


[1] W. Churchill, Prime Minister, House of Commons, 15 December 1944, Hansard, p. 1483-1484, 1486.

Friday, November 17, 1995

Vassili Grossman et Ilya Ehrenbourg


La presse mène grand tapage au sujet de la traduction en français d'un ouvrage rédigé juste après la guerre en langue russe par deux juifs soviétiques, Vassili Grossman et Ilya Ehrenburg : Le livre noir, Solin-Actes Sud, 1995, 1136 p., 280F. Voyez, en particulier, Claude Roy, "La bête et le héros" (Le Nouvel observateur, 16-22 novembre 1995, p. 118-119), et Nicole Zand, "Les voix du massacre", ainsi que Nicolas Weill, "Mémorial ou document ?" (Le Monde des livres, 17 novembre 1995, p. I et VI).

V. Grossman et I. Ehrenburg n'étaient que de grossiers propagandistes soviétiques. A titre provisoire, voici une pièce à verser au dossier de V. Grossman, qu'on trouve sous la plume de Pierre Vidal-Naquet lui-même, dans Les juifs, la mémoire et le présent, Petite collection Maspéro, 1981, p. 212-213.

Cette histoire a, bien entendu, comme tous les récits historiques, besoin d'être critiquée. La critique peut et doit être menée à plusieurs niveaux. D'abord, toute une sous-littérature qui représente une forment proprement immonde d'appel à la consommation et au sadisme doit être impitoyablement dénoncée [1]. Est à éliminer aussi ce qui relève du fantasme et de la propagande. La tâche n'est pas toujours facile, car et le fantasme et la propagande prennent largement appui sur la réalité. Mais il existe des exemples clairs, ainsi celui qui a échappé à l'ardeur des révisionnistes, d'un théologien protestant, Charles Hauter, qui fut déporté à Buchenwald, ne vit jamais de chambres à gaz, et qui délire à leur propos : "Le machinisme abondait littéralement quand il s'agissait de l'extermination : celle-ci, devant se faire vite, exigeait une industrialisation spéciale. Les chambres à gaz répondaient a ce besoin de façon fort diverse. Certaines, d'un goût raffiné, étaient soutenues par des piliers à matière poreuse à l'intérieur desquels le gaz se formait pour traverser ensuite les parois. D'autres étaient de structure plus simple. Mais toutes présentaient un aspect somptueux. Il était facile de voir que les architectes les avaient concues avec plaisir, en y arrêtant longuement leur attention, en apportant les ressources de leur sens esthétique. C'étaient les seules parties du camp vraiment construites avec amour [2]." Côté propagande, on mentionnera le reportage du journaliste soviétique V. Grossman sur Treblinka [3], où tout est déformé et monstrueusement exagéré, depuis le nombre des victimes qui est multiplié par plus de trois (de 900.000 environ à 3.000.000) jusqu'aux techniques utilisées pour donner la mort.

17 novembre 1995

Notes

[1] Chacun complétera ce que j'indique ici [c'est Pierre Vidal-Naquet qui s'exprime — NdR]. Les noms de Christian Bernadac, de Silvain Reiner, de Jean-François Steiner viennent immédiatement au bout de la plume. Voir le bel article de Cynthia Haft : "Ecrire la déportation. Le sensationnel, avilissement du tragique", Le Monde, 25 février 1972, et la conclusion de son livre : The Theme of Nazi Concentration Camps in French Literature, Mouton, La Haye et Paris, 1969, p. 190-191 ; voir aussi R. Errera, "La déportation comme best-seller", Esprit, décembre 1969, p. 918-921. J'ai moi-même dénoncé en son temps une des plus infames de ces falsifications, Et la terre sera pure de Silvain Reiner (Fayard, 1969 ; voir Le Nouvel Observateur du 8 décembre 1969) et contribué, avec Roger Errera, à faire saisir ce livre pour contrefacon de Médecin à Auschwitz de M. Nyiszli. Je suis en revanche tombé dans le piège tendu par Treblinka de J.-F. Steiner (Fayard, 1966) ; cf mon article du Monde 2 mai 1966, dont je ne renie pas le fond. [Note de P. V.-N.]

[2] Ch. HAUTER, "Réflexion d'un rescapé", in De l'Université aux camps de concentration, Témoignages strasbourgeois, Belles-Lettres, Paris 1954, p. 525-526. [Note de P. V.-N.]

[3] V. Grossman, L'Enfer de Treblinka, Arthaud, Grenoble et Paris, 1945, rééd. 1966 ; pour un dossier sérieux, cf A. Ruckert (éd.), NS Vernichtungslager in Spiegel deutscher Strafprozesse, DTV, Munich, 1979, ou A. Donat (éd.), The Death Camp Treblinka, The Holocaust Library, New York, 1979. [Note de P. V.-N.]

Thursday, November 16, 1995

Apologie du crime (article 24 de la loi du 29 juillet 1881)


Le 8 juin 1993, Christian Didier, qui avait tenté d'assassiner Klaus Barbie dans sa prison de Lyon, parvenait à tuer de cinq balles de revolver René Bousquet, à Paris.

Il vient d'être condamné à dix années de réclusion criminelle.

Des individualités ou des groupes ont fait l'apologie de son crime.

L'un de ses deux avocats, Me Arnaud Montebourg, a, lui aussi, approuvé cet assassinat :

Il s'agit d'un crime d'utilité publique et d'initiative privée [1].

Quant à l'avocat général Philippe Bilger, il a dénoncé non le crime, mais le mobile du crime et il n'a déploré que la médiocrité intellectuelle de l'exécutant. Avec des circonlocutions, il a révélé qu'il aurait préféré un crime politique et non « passionnel » (c'est son mot) :

C'est vrai, on aurait peut-être souhaité quelqu'un d'autre dans le box. Un criminel plus structuré, plus intelligent, qui vienne dire : "J'ai tué un salaud. Jugez-moi." C'est vrai [2].

L'avocat général s'est, en quelque sorte, mis à l'école de Simone Veil qui, lors de trois déclarations successives à propos de Klaus Barbie, de Paul Touvier et de René Bousquet, exprimait le regret que personne ne se fût levé pour assassiner chacun de ces trois hommes afin de pouvoir, ensuite, déclarer qu'il avait tué « un salaud » :

– au sujet de K. Barbie, S. Veil avait dit : «Je crois que je n'aurais pas été choquée par une exécution sommaire [3]. »

– au sujet de P. Touvier, elle avait affirmé : «Il aurait fallu que quelqu'un, comme moi par exemple, à un moment quelconque, froidement assassine quelqu'un [4]. »

– au sujet de R. Bousquet, elle avait confié : «D'ailleurs, si j'avais eu du courage, je serais allée le tuer moi-même [5]. »

Dans cette atmosphère d'appels au meurtre ou à la violence, on n'est pas surpris d'entendre l'organisation Ras l'Front lancer : «Pour Le Pen une balle, pour le FN une rafale [6]. » L'organisation SCALP-Réflex préconise, quant à elle, de «frapper» les révisionnistes [7].

Arnaud Montebourg, Philippe Bilger, Simone Veil et cent autres de leurs pareils font l'apologie du crime, de façon claire ou voilée. La justice française les épargne.

16 novembre 1995



[Éditorial du Libre journal de la France courtoise, dirigé par S. de Beketch, n° 82, 21 novembre 1995, p. 3.]


Notes

[1] Le Figaro, 14 novembre 1995, p. 11.

[2] Libération, 14 novembre 1995, p. 16.

[3] Le Monde, 24 décembre 1985, p. 14.

[4] Deuxième chaîne de la télévision française, «Vichy, la mémoire et l'oubli», 22 avril 1992.

[5] Globe-Hebdo, 11-17 mai 1994, p. 21.

[6] National-Hebdo, 16-22 novembre 1995, p. 2.

[7] Cahier du Centre d'études de la vie politique française, CNRS, septembre 1995 [n° 13], p. 110.

Wednesday, November 15, 1995

Questions à Jacques Vergès et à Jacques Trémolet de Villers

Jacques Vergès, avocat de Klaus Barbie devant la cour d'assises du Rhône en 1987, et Jacques Trémolet de Villers, avocat de Paul Touvier devant la cour d'assises des Yvelines en 1994, se sont comportés avec courage et même avec panache. Personne n'a mis en doute leur talent d'avocat. K. Barbie, cancéreux, est mort en prison et P. Touvier, cancéreux, risque d'y mourir.

Placés dans une situation périlleuse, J. Vergès et J. Trémolet de Villers semblent n'avoir pas voulu aggraver leur propre cas en risquant le tout pour le tout dans la défense de leurs clients respectifs. Leur système de défense a été « de connivence » plutôt que « de rupture ». Ils n'ont pas fait montre d'une audace comparable à celle de leur confrère canadien Douglas Christie, le « battling barrister », qui, placé dans des conditions identiques, a bravé non seulement la fureur des médias mais aussi celle des juges. D. Christie que, dès 1985, je n'avais consenti à assister, devant les tribunaux de Toronto, qu'à la condition qu'il ne tiendrait aucun compte des interdits ou des tabous, a eu à défendre au Canada des hommes accusés de divers crimes contre les juifs (crime de révisionnisme dans le cas d'Ernst Zündel, « crimes contre l'humanité » dans le cas du Canadien d'origine hongroise Imre Finta, sans compter d'autres cas de même espèce). Son audace a consisté à exiger de l'accusation et des juges tout, absolument tout, ce qu'un avocat est en droit d'attendre, sans faire la moindre concession à l'esprit du temps qui veut que, dans de pareils procès, on se montre indulgent avec les témoins de l'accusation, accommodant sur la qualité des preuves, conciliant sur les règles de la procédure. Il se trouve, d'ailleurs, que D. Christie, au cours d'un exténuant combat de dix années, est parvenu jusqu'ici, soit à obtenir l'acquittement de ses clients, soit à leur éviter toute condamnation définitive ; il a même obtenu de la Cour suprême du Canada qu'elle déclare finalement contraire à la Constitution la loi qui avait permis l'atroce persécution judiciaire du révisionniste E. Zündel.

J. Vergès et J. Trémolet de Villers ont écrit, chacun de son côté, un livre sur le procès de leurs clients respectifs [1]. Dans ces livres, publiés après les verdicts, j'ai fait les mêmes constatations, lesquelles me conduisent à leur poser à peu près les mêmes questions au sujet du système de défense que les deux avocats ont adopté dans le prétoire.

K. Barbie était principalement accusé de complicité dans l'assassinat de cinquante juifs arrêtés à Izieu, internés à Lyon, transférés à Drancy, puis déportés, par d'autres que K. Barbie, vers l'Est où ils auraient tous été exterminés soit à Auschwitz, soit ailleurs. Quant à P. Touvier, il était principalement accusé de complicité d'assassinat de sept juifs fusillés, près de Lyon, à Rillieux-la-Pape.

En soi, ces accusations étaient graves mais ce qui leur donnait un caractère de gravité exceptionnelle, c'est que ces crimes étaient censés avoir été commis «dans le cadre du plan concerté d'extermination des juifs». Or, loin d'exiger, comme l'aurait fait D. Christie, qu'on leur prouve l'existence de ce plan abominable, les deux avocats en ont affirmé, avec insistance, la réalité. De quel droit ? Même une sommité de l'historiographie juive comme Raul Hilberg avait fini par écrire, deux ans avant le procès Barbie, que ce qu'il appelait « la destruction des juifs européens » s'était fait sans « plan préétabli » ; il ajoutait même qu'il n'y avait eu, pour mener à bien une aussi gigantesque entreprise criminelle, ni « agence unique », ni « organisme central chargé de diriger et coordonner à lui seul l'ensemble du processus », ni « organisme spécial », ni «budget particulier». L'explication de R. Hilberg tenait de la magie : il y avait eu « une incroyable rencontre des esprits, une consensuelle divination par télépathie au sein d'une vaste bureaucratie [2] ». La machine administrative allemande avait ainsi fonctionné à la communication de pensée !

Nos deux avocats ont agi comme s'ils avaient ignoré que, dès le début des années quatre-vingt, les historiens avaient renoncé aux fallacieuses explications du « génocide des juifs » par «l'ordre de Göring du 31 juillet 1941 [3] », par « la conférence de Wannsee » du 20 janvier 1942, par « l'opération Reinhardt », etc. Ces historiens du « génocide » des juifs avaient fini par se scinder en deux groupes : celui des « intentionnalistes », convaincus qu'il avait exister un ordre, introuvable, de Hitler d'exterminer physiquement les juifs, et le groupe, bien plus nombreux, des «fonctionnalistes», suggérant, sans aucune preuve, que tout avait se passer pour ainsi dire automatiquement, sans aucun ordre, sans aucun plan.

J. Vergès et J. Trémolet de Villers auraient pu, en dix minutes, démontrer que leurs clients respectifs ne pouvaient pas avoir agi « dans le cadre d'un plan concerté d'extermination » puisque celui-ci n'avait tout simplement pas existé. Prétendre que cet assassinat concerté de millions d'hommes avait effectivement eu lieu mais que leurs clients l'ignoraient n'était ni vrai ni vraisemblable.

Pourquoi les deux avocats, que j'avais mis ou fait mettre au courant des derniers acquis de la science historique la plus officielle, ont-ils, l'un et l'autre, tenu, en matière d'histoire (car ils ne se sont pas abstenus de considérations historiques sur le sujet !), des propos totalement périmés quant au « génocide » des juifs ? Pourquoi ont-ils refusé de déstabiliser une armada d'accusateurs qui ne craignaient rien tant que de voir révéler en plein prétoire, devant les médias assemblés, que les historiens spécialisés ne croyaient plus au « plan concerté de l'extermination des juifs » ?

J. Vergès est allé encore plus loin dans la défense «de connivence». Il n'a même pas exigé qu'on lui fournisse la preuve que les quarante-quatre enfants [4et les six adultes d'Izieu avaient été assassinés. Pourquoi ? Il aurait fallu cinquante dossiers, témoignant, en particulier, de recherches menées en Allemagne auprès du Service international de recherches d'Arolsen-Waldeck sur le sort véritable de ces cinquante personnes. Par ailleurs, J. Vergès ne semble pas avoir insisté pour obtenir l'audition ou, à tout le moins, la déposition sous serment de Laja Feldblum, une responsable de la maison d'enfants d'Izieu, revenue de déportation et qu'on avait miraculeusement retrouvée en Israël. On a propagé la rumeur selon laquelle cette personne avait perdu l'esprit mais où sont l'expertise médicale et la contre-expertise sur l'aptitude ou l'inaptitude de L. Feldblum à témoigner ? Tous les procès comparables au procès Barbie reposent sur le scandaleux postulat israélien (voy. le procès Eichmann à Jérusalem en 1961) selon lequel, dans le cas des juifs, la déportation signifiait l'assassinat ; en conséquence, si la déportation est établie, on se dispense de prouver l'assassinat du déporté. Avec le cas de L. Feldblum, J. Vergès avait l'occasion de dénoncer ce postulat, adopté par la cour d'assises du Rhône, et de rappeler que les survivants juifs d'Auschwitz étaient encore si nombreux en 1987 qu'ils peuplaient toutes sortes d'associations en France et à l'étranger. Pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? Enfin, où est l'expertise des locaux réputés avoir servi de chambres à gaz homicides, locaux dont certains qui sont soit « à l'état d'origine», soit à l'état de vestiges largement intacts, méritaient une enquête criminalistique [5] ?

Hors du prétoire, J. Vergès a déclaré à la télévision, en réponse à une question du journaliste Patrick Poivre d'Arvor, qu'« évidemment » les chambres à gaz nazies avaient existé. En est-il si sûr ? Il sait que j'ai personnellement de bonnes raisons de penser qu'il ne croit pas à ces « chambres à gaz ».

J. Trémolet de Villers n'a cessé d'affirmer l'existence du « plan concerté d'extermination des juifs ». Pourquoi l'a-t-il fait avec une telle insistance ? Et pourquoi a-t-il laissé le procès de Paul Touvier se dérouler, de bout en bout, sans exiger au préalable que la cour d'assises des Yvelines réponde aux conclusions qu'il avait déposées pour savoir quelle définition du crime contre l'humanité était retenue contre P. Touvier. Comment peut-on défendre un homme contre une accusation qui reste indéfinie [6] ?

Dans les siècles passés et, en particulier, de 1450 à 1650 mais aussi encore à la fin du XVIIIe siècle, les avocats des sorciers et des sorcières accusés d'avoir participé aux entreprises du Diable (avec ses pals, ses grils et ses fours) respectaient un interdit. Ils n'osaient mettre en cause le « plan concerté » entre le Malin et ses serviteurs. Aussi, tout en défendant leurs clients, cautionnaient-ils le système de persécution et de répression judiciaire qui allait condamner d'abord ces mêmes clients, puis bien d'autres accusés, par la suite, lors d'une infinité d'autres procès du même genre.

J. Vergès et J. Trémolet de Villers, en dépit, encore une fois, de leur courage et de leur talent, ont-ils fait mieux que leurs confrères des procès de sorcellerie ? Pourquoi ne se sont-ils pas battus comme leur prestigieux confrère canadien, D. Christie, lequel, sans entrer le moins du monde en conflit avec les règles en vigueur, a simplement exercé les droits, tous les droits, et les devoirs, tous les devoirs, de l'avocat ? [7]

Qu'on ne vienne pas prétendre que j'espérais voir les deux avocats français défendre la thèse révisionniste de la non-existence du « génocide » et des « chambres à gaz » ! Ils n'avaient, dans ces affaires, à ne prendre parti ni pour cette thèse ni pour son contraire. Or, ils ont pris parti pour la thèse officielle, celle que, depuis le 13 juillet 1990, défend la loi Sirat-Fabius-Gayssot.

L'essentiel des questions que je leur pose peut, au fond, se résumer dans l'interrogation suivante :

– Pourquoi avez-vous pris parti pour une thèse historique, celle de l'extermination physique des juifs ? Pourquoi, au surplus, avez-vous choisi de défendre, de facto, la forme la plus périmée de cette thèse, celle d'une extermination physique conduite selon un plan concerté ? Pourquoi, dans le cas de vos clients respectifs, n'avez-vous pas exigé que fussent observés tous les usages relatifs à l'administration des preuves, au contre-interrogatoire des témoins et au déroulement de la procédure, des usages qu'on voit normalement respecter aussi bien dans une affaire de simple vol par effraction que dans une affaire criminelle jugée en cour d'assises ?

J'ai lu de près les livres de ces deux éminents avocats français. J'espère, pour paraphraser Montaigne, qu'ils comprendront que mes questions, auxquelles j'aimerais avoir leurs réponses, sont celles d'« un lecteur de bonne foi ».
11 novembre 1995
_________
Notes

[1] J. Vergès, Je défends Barbie et J. Trémolet de Villers, L'Affaire Touvier.

[2] The Destruction of the European Jews, 1985, p. 53, 55, 62. La Destruction des juifs d'Europe, 1988, p. 51, 53, 60. « Thus came about not so much a plan carried out, but an incredible meeting of minds, a consensus-mind reading by a far-flung bureaucracy » (Ainsi se produisit-il non tant un plan mis à exécution qu'une incroyable rencontre des esprits, une consensuelle divination par télépathie au sein d'une vaste bureaucratie). Ces propos de R. Hilberg prononcés lors d'une conférence ont été rapportés par G. DeWan, « The Holocaust in Perspective », p. II-3. Au premier procès d'E. Zündel, en 1985, à Toronto, l'avocat D. Christie, que j'assistais, a obtenu confirmation de ces propos, et d'autres de même nature, de la bouche même de Raul Hilberg témoignant sous serment. Transcription du procès « Queen versus Ernst Zündel », 1985, p. 846-848.

[3] J. Vergès, op. cit., p. 152.
[4] De l'un d'entre eux, Hans Ament, Serge Klarsfeld n'hésite pas à écrire qu'il a été « assassiné à Sobibor ou à Maïdanek » mais, si on ne sait où est morte une personne, comment peut-on savoir si elle est morte et de quelle façon? (Les Enfants d'Izieu..., p. 39).

[5] De telles enquêtes ont été menées, à titre privé, par Fred Leuchter (USA), Germar Rudolf (Allemagne) et Walter Lüftl (Autriche). Leurs résultats ont confirmé le point de vue révisionniste sur les « chambres à gaz ». On attend toujours une enquête criminalistique, une « expertise de l'arme du crime », conduite par les adversaires des révisionnistes.
[6] Le 30 juin 1992, Éric Delcroix s'est trouvé dans la même situation. En plein prétoire, il a retiré sa robe d'avocat et n'a accepté de la reprendre qu'après que le tribunal de Fontainebleau eut clarifié sa position.


[7] D'une éloquence typiquement anglo-saxonne, c'est-à-dire dépourvue d'emphase, de grande taille et de belle prestance, D. Christie a toujours opposé un mépris de fer aux médias ; il refuse d'adresser la parole aux journalistes ou de répondre à leurs questions.