Monday, September 25, 1995

La loi Fabius-Gayssot (1990) avait un précédent : une loi du dictateur Trujillo (1955)


La loi Fabius-Gayssot du 13 juillet 1990 institue et réprime, en France, le délit de révisionnisme historique. Cette loi, qui a eu pour inspirateurs principaux le rabbin Sirat et l’historien Pierre Vidal-Naquet, permet d’envoyer devant les tribunaux et de condamner à de lourdes peines de prison ou d’amende tout Français qui affirme publiquement ne pas croire aux chambres à gaz nazies ou au génocide des juifs durant la seconde guerre mondiale.

J’avais écrit que cette loi, qui décrète que la vérité historique sur un important aspect de la seconde guerre mondiale a été établie une bonne fois pour toutes en 1946 par le Tribunal militaire international de Nuremberg, n’avait pas de précédent, même en Union soviétique.

Je me trompais, s’il faut en croire Hans-Magnus Enzensberger qui, dans un ouvrage publié en 1964, écrivait à propos du règne du dictateur dominicain Rafael Trujillo (1891-1961) :

1955, im Jahre XXV der “Ära Trujillo”, verabschiedete der dominikanische Kongreß ein Gesetz, das alle öffentlichen Äußerungen, die mit der historischen Wahrheit nicht überstimmten, als Geschichtsfälschung unter Strafe stellte. Was als historische Wahrheit zu gelten hatte, darüber befand die Historische Akademie in Ciudad Trujillo [1].

Le livre d’H.-M. Enzensberger est paru en français trois ans plus tard. On y lit :

En 1955, soit en l’an XXV de l’«ère Trujillo», le Congrès dominicain prit un décret selon lequel toute déclaration publique qui ne correspondrait pas à la vérité historique serait considérée comme une falsification de l’Histoire et punie par la loi. Pour ce qui était de la vérité historique, c’était à l’Académie d’histoire de Ciudad Trujillo d’en décider [2].

Les juges dominicains de l’«ère Trujillo» devaient consulter l’Académie d’histoire de leur pays. Les juges français de l’ère Mitterrand-Chirac ne consultent personne. Ils exécutent aveuglément l’ordre qu’ils ont reçu de châtier les révisionnistes qui ne croient pas à la version juive de l’histoire de la seconde guerre mondiale.

La loi Fabius-Gayssot a été discutée et votée (par la majorité socialo-communiste de l’époque) dans l’atmosphère d’hystérie due à la découverte de tombes violées dans le cimetière juif de Carpentras. Une formidable campagne était lancée en France et à l’étranger contre les lepénistes et les révisionnistes, immédiatement accusés, sans aucune preuve, d’avoir suscité cette violation de sépultures. En première page de sa livraison du 13-14 mai 1990, le journal Le Monde publiait un dessin de Plantu où, à côté de tombes juives violées et d’un juif en pleurs, se tenaient deux brutes à crâne rasé, dont l’une portait sous le bras un ouvrage intitulé Thèse révisionniste. Laurent Fabius avait, avec son collègue Pierre Joxe, ministre de l’Intérieur, pris la tête de cette campagne. François Mitterrand, président de la République, s’était personnellement joint, dans la rue, à un cortège hérissé de drapeaux israéliens ; Jean-Marie Le Pen était dénoncé comme un assassin ; Robert Faurisson également [3].

Or, voici qu’en septembre 1995, soit cinq ans plus tard, l’autorité judiciaire déclare abandonner toute piste idéologique ou politique : la violation de sépulture serait due à des jeunes gens en goguette, originaires de la région. En 1990, pétrifiés par l’atmosphère de chasse aux sorcières, députés et sénateurs hostiles à la loi Fabius-Gayssot n’avaient pas osé en saisir le Conseil constitutionnel. Le 21 juin 1991, le député Jacques Toubon demandait l’abrogation de cette loi scélérate en faisant observer que les événements de Carpentras étaient maintenant bien loin. Peine perdue. Aujourd’hui, le même J. Toubon, devenu ministre de la Justice, est rentré dans le rang. Il est aujourd’hui en faveur d’une loi qu’il trouvait, il y a quatre ans, digne de Staline. Il fallait dire : digne de Trujillo.

25 septembre 1995


Notes

[1] H.-M. Enzensberger, Politik und Verbrechen, Francfort, Suhrkamp Verlag, 1964, p. 46.

[2] H.-M. Enzensberger, Politique et crime, Paris, Gallimard, 1967, p. 38.

[3] Le Nouvel Observateur, 17 mai 1990, p. 68.