Friday, December 31, 1993

Le professeur Faurisson mis à l’épreuve


Dans le célèbre magazine américain Vanity Fair, le journaliste Christopher Hitchens consacre un reportage au développement du révisionnisme historique aux États-Unis, en particulier dans les universités. Son article s’intitule «Whose History is it ?» [A qui appartient cette histoire ?] [1]. Désireux de mettre à l’épreuve les auteurs révisionnistes mais constatant que les antirévisionnistes refusent de discuter avec les révisionnistes, il a eu l’idée de ce qu’il appelle une «expérience». Comme on va le voir, cette expérience l’a amené à confronter, d’une part, deux professeurs antirévisionnistes (Deborah Lipstadt et Christopher Browning) et, d’autre part, un professeur révisionniste (Robert Faurisson) à propos d’une confession de Rudolf Höss au sujet, en particulier, du nombre des morts d’Auschwitz.


Rappelons que R. Höss avait été l’un des trois commandants successifs d’Auschwitz. Fait prisonnier par les Britanniques après la guerre, il avait confessé l’existence de chambres à gaz homicides dans son camp. Il en avait témoigné au procès de Nuremberg le 15 avril 1946. Livré ensuite aux communistes polonais, il avait rédigé des mémoires où il confirmait son témoignage de Nuremberg ; puis, condamné à mort, il avait été pendu à Auschwitz même. La confession, le témoignage et les mémoires de R. Höss ont toujours été tenus par les antirévisionnistes pour la preuve la plus solide de l’extermination des juifs par le gaz dans le camp d’Auschwitz.


Voici, par le journaliste américain, le récit de son expérience :


[Traduction]


[...] [L’Institute for Historical Review (Institut de critique historique) de Californie] est la cible d’un livre récent de Deborah Lipstadt, professeur à Emory University à Atlanta, qui a écrit Denying the Holocaust. The Growing Assault on Truth and Memory [La négation de l’Holocauste : l’attaque grandissante contre la vérité et la mémoire] comme une réplique contre la prolifération de la « négation » dans les débats télévisés, sur les campus universitaires et ailleurs – sans compter, plus récemment, une campagne de tracts au National Holocaust Memorial Museum qui vient de s’ouvrir à Washington.


Deborah Lipstadt refuse tout débat en direct avec les négateurs de l’Holocauste parce qu’elle croit que ceux-ci cherchent à réhabiliter les Nazis ; elle a néanmoins accepté de m’aider pour une expérience. Prenant contact avec l’Institute for Historical Review, je leur demandai de m’envoyer leur meilleur coup. Je transmis celui-ci au professeur Lipstadt et au professeur Christopher Browning de la Pacific Lutheran University, auteur de Ordinary Men [Des hommes ordinaires], rapport d’activité cauchemardesque d’une équipe d’extermination nazie en Pologne pendant la guerre. Les révisionnistes m’envoyèrent un article d’un Français du nom de Robert Faurisson, d’après lequel Rudolf Höss, l’un des commandants d’Auschwitz, aurait été torturé par les Britanniques et aurait ainsi confessé un nombre fantastique et incroyable d’assassinats : «Par la présente, je déclare sous serment que, dans les années 1941 à 1943, sous ma responsabilité de commandant en exercice du camp de concentration d’Auschwitz, deux millions de juifs ont été mis à mort par le gaz et un demi-million par d’autres moyens.» Cette déclaration, spécialement mise en évidence et reproduite, est une pièce importante de l’Holocaust Memorial.


Je me mis alors en rapport avec Lipstadt et Browning et leur demandai leurs réponses, qui furent surprenantes : « Höss a toujours été un témoin très faible et confus », dit Browning, qui avait déposé comme expert dans des procès impliquant Auschwitz. «C’est pour cette raison que les révisionnistes l’utilisent tout le temps, afin d’essayer de discréditer la mémoire d’Auschwitz dans son ensemble.» Et le professeur Lipstadt me signala la page 188 de son livre, et quelle page ! Il y est dit que les histoires de nazis transformant les juifs en savon sont entièrement fausses et il y est aussi dit que, bien qu’à Auschwitz le monument de pierre lui-même indique que le nombre des victimes – juives et non juives – est de quatre millions, le vrai chiffre se situe plutôt entre un million et demi et deux millions. Comme Höss a été le commandant de l’endroit pendant une partie seulement de l’existence du camp, cela signifie que, selon les contre-révisionnistes, un élément important des preuves assemblées par l’Holocaust Memorial n’est pas digne de foi. Une sensation de vertige, s’il en fut.


« Il en va de même avec l’histoire du savon », dit Lipstadt. «Je reçois des protestations de survivants, me disant que je ne devrais pas reconnaître que ce n’est pas vrai, parce que c’est donner des munitions à l’ennemi. Mais seule m’intéresse la découverte de la vérité.» Un concept passé de mode. [...] [2].


Cette « expérience» d’un journaliste américain conduit à se poser la question suivante : « Si le professeur Faurisson était, comme il le demande depuis 1978, confronté publiquement et directement aux Lipstadt et aux Browning, ne sortirait-il pas à son avantage de pareille mise à l’épreuve ?»



N. B. : A la suite de la publication de cet article de C. Hitchens, l’Institute for Historical Review a tenu à préciser qu’il n’avait pas, de sa propre initiative, choisi d’envoyer au journaliste l’étude de R. Faurisson intitulée : «Comment les Britanniques ont obtenu les aveux de Rudolf Höss» : c’est le journaliste qui, dans l’ensemble des écrits qui lui avaient été envoyés, a choisi cette étude-là pour son «expérience».


31 décembre 1993


Notes


[1] C. Hitchens, « Whose history is it ? » Vanity Fair, décembre 1993, p. 110-117, 118.


[2] Id., p. 117.

Friday, December 3, 1993

Le nouveau livre de Pressac sur Auschwitz


En 1989, le pharmacien Jean-Claude Pressac avait publié en anglais un énorme ouvrage au titre trompeur : Auschwitz: Technique and Operation of the Gas Chambers [Auschwitz : Technique et fonctionnement des chambres à gaz]. Dans mon compte rendu de ce livre, j’avais montré que l’auteur nous fournissait une pléthore de détails sur le camp lui-même, sur les crématoires, sur les fours, sur les épidémies de typhus, sur les chambres à gaz de désinfection (fonctionnant au Zyklon B ou autrement), et même sur sa vie privée [1].

Rien sur les chambres à gaz homicides

Mais, comme je le faisais remarquer, on ne trouvait rien, dans cet ouvrage de cinq cent soixante-quatre pages, sur les prétendues chambres à gaz homicides, sinon ce que Pressac lui-même appelait, non pas des «preuves», mais seulement des «commencements de preuves» ou des «indices de crime». La montagne avait accouché d’une souris et, en fait, la souris était révisionniste puisqu’un grand nombre des déclarations de Pressac étaient révisionnistes.

Mon défi n’a pas été relevé.

Depuis 1978 je répète le même défi :

Montrez-moi ou dessinez-moi une chambre à gaz nazie ! Cessez de m’abreuver de mots ! Cessez de me montrer un bâtiment, une porte, un mur ou même, parfois, simplement des cheveux ou des chaussures ! Il me faut une image complète de l’un de ces fantastiques abattoirs chimiques. J’ai besoin d’une représentation physique de l’arme extraordinaire d’un crime sans précédent. Si vous osez dire que ce qu’on montre aux touristes dans certains camps est, ou était, une telle chambre à gaz, eh bien, soit, dites-le...

Ce défi n’a jamais été relevé. A Washington, le mémorial du musée de l’«Holocauste» montre aux visiteurs la porte d’une chambre à gaz, celle de la chambre à gaz de Majdanek dont Pressac dit lui-même, dans son ouvrage de 1989, qu’elle était une chambre à gaz de désinfection, c’est-à-dire non homicide [2] ! Pressac n’a pas relevé mon défi en 1989. Le relève-t-il dans son dernier ouvrage, Les Crématoires d’Auschwitz. La Machinerie du meurtre de masse ? La réponse est manifestement : Non.

Une preuve qui n’en est pas une

Le nouveau livre de Pressac n’est essentiellement qu’un résumé de son ouvrage de 1989 en anglais. Sur les soixante documents fournis, aucun ne se rapporte véritablement aux chambres à gaz homicides, sauf un (et un seulement) que Pressac présente comme la preuve de l’existence d’une chambre à gaz homicide à Auschwitz. En réalité, il s’agit d’une simple lettre, une lettre de caractère commercial, sans aucune mention de secret, provenant de la firme allemande Topf et fils et adressée à la direction des constructions d’Auschwitz (« Bauleitung »). Elle concerne la fourniture de détecteurs de gaz cyanhydrique (HCN) pour l’un des crématoires. L’ingénieur signataire de la lettre écrit qu’ils ont essayé sans succès d’obtenir auprès de différents fournisseurs les dix détecteurs de gaz requis et que, dès qu’ils auront des informations à ce sujet, ils en aviseront la direction des constructions. Pressac prétend que des détecteurs de gaz cyanhydrique n’ont pas lieu d’être utilisés dans un crématoire à moins que ce dernier ne serve, comme c’était le cas, selon lui, de chambre à gaz homicide !

Il y a là une conclusion inadmissible. Le Zyklon B (composé essentiellement d’acide cyanhydrique) est un insecticide utilisé dans le commerce depuis 1922, dans la plupart des pays du monde. A Auschwitz on l’utilisait intensivement pour la désinfection des locaux, surtout pour combattre le typhus. Dans les chambres froides des crématoires on entreposait un grand nombre de cadavres et il fallait de temps en temps désinfecter les lieux. En 1980, j’avais publié un document allemand (classé par les Alliés sous la cote NI-9912) concernant la procédure à adopter en cas de désinfection à l’aide de Zyklon B : le terme utilisé pour désigner la désinfection était «Vergasung» (« gazage ») et celui utilisé pour désigner le détecteur de gaz était « Gasrestnachweisgerät » (appareil de détection du gaz restant). C’était une procédure assez répandue. A Auschwitz on utilisait le gaz pour tuer les poux, non pour tuer les gens. L’utilisation de ce gaz ne peut à lui seul démontrer l’existence d’une chambre à gaz homicide !

Huit cent mille morts à Auschwitz ?

Dans un film célèbre de 1955, Nuit et Brouillard, diffusé dans toutes les écoles de France, il est dit que le nombre des morts d’Auschwitz était de neuf millions. Le Tribunal de Nuremberg a entériné le chiffre de quatre millions (doc. URSS-008). Le monument d’Auschwitz-Birkenau portait également ce chiffre de quatre millions mais, en 1990, les inscriptions figurant sur ce monument ont été effacées. Dans son ouvrage de 1989 en anglais, Pressac écrivait que le chiffre oscillait entre un million et un million et demi [3]. Aujourd’hui, en 1993, dans son dernier ouvrage, il parle de 775.000 morts, chiffre arrondi à 800.000 (dont, selon lui, 630.000 juifs gazés). Le véritable chiffre des morts d’Auschwitz, pour la période 1939-1945, est probablement plus proche de 150.000, la plupart en raison des épidémies, du manque de nourriture et de l’épuisement au travail.

Lanzmann furieux

Claude Lanzmann, auteur du film Shoah, est furieux contre Pressac. Tout le contenu de ce nouvel ouvrage, dit-il, est « archiconnu », mis à part le document sur les détecteurs de gaz qui, ajoute-t-il, ne convaincra certainement pas les révisionnistes. Pour lui, le révisionnisme est une catastrophe, aussi bien au sens ordinaire du terme qu’au sens philosophique, c’est-à-dire de « changement d’époque » ! Il pense que Pressac est en réalité un révisionniste qui utilise les arguments matériels et physiques d’un Faurisson (voy. Le Nouvel Observateur, 30 septembre 1993).

Une expertise de l’arme du crime

Pressac est en réalité un tricheur. C’est ce que j’ai démontré dans mon compte rendu de 1991 et c’est ce que je démontrerai encore dans un article que publiera The Journal of Historical Review. Mais l’aspect positif du livre de Pressac tient en ce que les croyants à l’« Holocauste», du moins en France, reconnaissentenfin que la question de l’« Holocauste » doit désormais être traitée de manière scientifique. Je les prends au mot et je leur dis :

D’accord ! Commençons par le commencement. Il nous faut un rapport d’expertise sur l’arme du crime. Si vous estimez que Fred Leuchter a tort dans son rapport d’expertise – ainsi que Germar Rudolf, que Walter Lüftl et que l’Institut médico-légal de Cracovie (au fait, d’où vient votre silence à ce sujet ?) – il existe une solution évidente : produisez votre propre expertise, ou désignez une commission internationale à cette fin. De la sorte, vous relèverez mon défi : vous me montrerez ou me dessinerez une chambre à gaz nazie.

3 décembre 1993


Notes

[1] R. Faurisson, « Auschwitz : Technique and Operation of the Gas Chambers ou Bricolage et "gazouillages" à Auschwitz et à Birkenau selon J.-C. Pressac (1989) », Revue d'histoire révisionniste, n° 3, novembre 1990 - janvier 1991, p. 65-154.

[2] Jean-Claude Pressac, Auschwitz: Technique and Operation of the Gas Chambers, New York, The Beate Klarsfeld Foundation, 1989, p. 555-557.

[3] J.-C. Pressac, op. cit., p. 553