Friday, October 4, 1991

Lettre à M. le directeur Responsable de "Sud-Ouest", Bordeaux



Monsieur, 

Vous avez commis un faux dans votre livraison de Sud-Ouest Dimanche du 29 septembre 1991 (n° 2195), p. 9. L’article passablement grotesque de Christiane Poulin « Antisémitisme. La brute planétaire » est illustré d’une photographie montrant des soldats américains se déplaçant au milieu de rangées de cadavres d’internés d’un camp de concentration allemand. La légende porte : « Les nazis ont exterminé cinq millions huit cent vingt mille neuf cent soixante juifs. » (!!!) Le crédit photographique porte : « Photo Dalmas ». 

En réalité cette photographie a été prise par les services américains le 15 avril 1945. Ces monceaux de cadavres jonchent la cour de la Boelke Kaserne, à Nordhausen; il s’agit de victimes du bombardement américain du 4 avril 1945. 

Le fait est très connu; il est notamment rappelé par la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP) dans un ouvrage, publié en 1967, et qui porte pour titre : La Déportation. La légende (p. 227) indique expressément : « A Nordhausen, bombardé le 4 avril par l’aviation américaine, des monceaux de cadavres jonchaient la cour de la Boelke Kaserne (Photo prise par les services américains le 15 avril 1945). Avant leur départ, les SS avaient achevé les blessés. » Cette dernière phrase n’est appuyée, soit dit en passant, d’aucune preuve. 

Vous aurez à cœur de rectifier votre « information » auprès des lecteurs de votre journal.

4 octobre 1991

Tuesday, October 1, 1991

[Autre] Lettre à M. le Président de la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris


Affaire ministère public et LIC(R)A contre Robert Faurisson et autres (audience du 3 octobre 1991)

Monsieur le président

Mon avocat, Me Éric Delcroix, déposera demain au Palais, à votre intention, un ensemble de cinq pages dactylographiées que j’ai rédigées pour ma défense et que je vous demande de bien vouloir lire publiquement à l’audience du 3 octobre ; j’insiste sur le fait que la cinquième et dernière page est partie intégrante de l’ensemble (malgré sa dénomination de « pièce jointe »). Se trouve également au nombre des « pièces jointes », un exemplaire de la quatrième livraison de la Revue d’histoire révisionniste, publication assimilée par l’honnête M. Albin Chalandon à la propagande en faveur de la toxicomanie et traitée, par l’honnête M. Pierre Joxe, comme une production pornographique ; dans cette livraison figure un compte rendu détaillé du « procès Faurisson » (audience du 21 et du 22 mars 1991 ; condamnation du 18 avril 1991).

Le 3 octobre, je ne comparaîtrai pas en personne devant votre tribunal. Les incidents du 21 et du 22 mars, auxquels se sont ajoutés ceux du 18 avril, m’ont enlevé toute confiance en ce qui regarde aussi bien ma sécurité physique que mon droit à m’exprimer dans la sérénité. Je mets ici en cause, d’une part, M. Claude Grellier, président du tribunal, et, d’autre part, le responsable, au Palais, du service d’ordre.

Le 21 et le 22 mars, j’ai été blessé et couvert de crachats ; d’autres révisionnistes ont été également frappés. Le 18 avril, mon éditeur Pierre Guillaume a été frappé et on lui a notamment brisé ses lunettes. Selon un procédé classique et que j’ai personnellement expérimenté à plus d’une reprise en douze ans, les gendarmes ont, après coup, joué les secouristes avec toutes les marques extérieures de la commisération et avec une compassion qui se donnait à voir, mais, au moment des violences, ils s’étaient bien gardés d’empoigner les auteurs de ces violences ; dans un seul cas, un voyou a été interpellé ; trois gendarmes l’ont précipitamment emmené au loin vers une destination inconnue, si bien que la victime n’a su contre qui porter plainte. Les nervis du Bétar, du Tagar, de la LIC(R)A et les manifestants juifs sont assurés, ainsi, que les gendarmes n’oseront jamais les traiter comme ils le méritent quand ils se livrent à des actes de violence.

Même la presse la plus hostile a remarqué que j’étais resté imperturbable sous les pires outrages lors de ma déposition. Imperturbable mais indigné. J’ai la citoyenneté britannique et j’ai quelque habitude de la justice anglo-saxonne. Je puis vous garantir que de pareils scandales seraient inconcevables dans l’enceinte d’un palais de justice et surtout devant un tribunal anglo-saxon.

L’hypocrisie de ceux qui m’intentent des procès ou qui me condamnent pour mes opinions révisionnistes n’est pas moins étonnante. De trois choses l’une : ou « chambres à gaz » et « génocide » ont existé, ou « chambres à gaz » et « génocide » n’ont pas existé, ou bien, enfin, on ne sait si « chambres à gaz » et «  génocide » ont existé ou non. Dans le premier cas, mon inculpation et ma condamnation sont concevables, ce qui ne veut pas dire forcément justifiés ; dans les deux autres cas, ils ne sont ni concevables, ni justifiables. Tout magistrat qui me condamne dans ce type d’affaire prend position, qu’il le veuille ou non, comme s’il avait compétence en matière d’histoire. Il est inique que des magistrats français aient commencé par prendre un ton solennel pour prononcer : « Nous ne sommes pas compétents en matière d’histoire » et que, la minute d’après, se raclant la gorge, ils aient, par une condamnation quelconque, cautionné la thèse de l’existence possible ou certaine des « chambres à gaz » et du « génocide ». Tant il est vrai que, s’il était admis que ces choses-là n’ont pas existé, il n’y aurait plus un seul procès contre les révisionnistes. La phrase que je lis en quelque sorte en tête des jugements qui nous condamnent est la suivante : 

Les bla-bla-bla ont existé ou pu exister ; parce que vous nous le contestez, nous vous châtions. 

Le comble de l’hypocrisie est atteint quand on se sert de prétextes en vue de nous inculper pour notre révisionnisme : « dommage à autrui », « diffamation raciale », « provocation à la haine raciale », «propagation de fausses nouvelles», « apologie de crimes de guerre», etc. Au moins la loi stalinienne du 13 juillet 1990 a-t-elle, peu ou prou, la franchise et le cynisme de Joseph Staline et de ses représentants et alliés au « tribunal militaire » de Nuremberg. Écoutez la LIC(R)A elle-même vous le dire : l’avantage de cette nouvelle loi est qu’elle permet de poursuivre franchement les révisionnistes au lieu d’user de subterfuges (et de carpentrasseries, ajouterais-je pour ma part).

La liberté d’expression a des limites et l’historien doit, comme tout le monde, respecter ces limites. Mais la liberté de recherche en matière d’histoire est une autre affaire et je n’entends pas que MM. Fabius, Chalandon, Joxe, Gayssot et Mitterrand se mêlent de m’apprendre comment je dois raconter l’histoire.

J’ignore comment se déroulera l’audience du 3 octobre. J’y envoie trois observateurs. Si la LIC(R)A, le Bétar, le Tagar et ces innombrables associations d’anciens déportés, rescapés, miraculés, ne mobilisent pas leurs troupes, tout se passera bien ; dans le cas contraire, les incidents les plus graves sont possibles, y compris ce qui s’est passé dans soixante cas répertoriés, du fait des milices juives ou de leurs comparses, depuis 1978. 

Croyez que j’aurais eu plaisir à vous rencontrer, vous confortablement installé dans votre fauteuil de juge et moi sur la dure banquette du prévenu déjà coupable ou debout sur mes jambes malgré les coups reçus. J’aurais pu vous rappeler quelques vérités bien senties sur l’imposture des prétendues « chambres à gaz » et du prétendu « génocide » des juifs. Qui sait, j’aurais peut-être eu affaire à un magistrat découvrant peu à peu qu’en la circonstance, des politiciens français ont voté une loi inapplicable, à charge pour les juges de s’en débrouiller.

Je parle rudement et franchement aux juges français mais en eux je respecte l’homme ou la femme qui m’écoute ou fait semblant de m’écouter. Vous remarquerez que les hommes politiques, eux, et en particulier les communo-socialistes qui ont voté la loi Fabius-Gayssot, se moquent autant de vous qu’ils se moquent du droit au doute et à la recherche ou de la liberté de pensée et d’expression.

J’ai la conviction d’honorer ma profession et d’accomplir mon devoir de chercheur d’exactitude, sinon de vérité. Voilà au moins deux points où un magistrat peut me comprendre et, qui sait, m’envier aussi peut-être. 

François Brigneau et Le Choc du mois sont mes co-inculpés. C’est encore un honneur pour moi de me trouver aux côtés des responsables d’une publication de haute qualité et de l’écrivain français que je tiens pour le plus fin et le plus fort connaisseur des ressources de notre langue, aujourd’hui.

Veuillez recevoir, je vous prie, l’assurance de ma considération pour votre personne.
1er octobre 1991