Monday, February 25, 1991

L’avanie du juge Grellier






« Vous allez changer de ton pour me parler ! 
– Certainement pas ! » 

Le 22 février, à la XVIIe chambre, Robert Faurisson ne s’est pas laissé intimider par le juge Grellier. Ce dernier, piqué au vif par une série de répliques d’une cinglante précision, est entré dans une vive colère. « Partez ! » a-t-il dit à l’universitaire qui témoignait à la barre. 

Grondements, éclats de voix et protestations de la salle, qui était comble. « Grellier, vous avez peur ! » lança le professeur à l’adresse du juge. 

La réponse ne tarda pas. « Gardes, faites évacuer la salle ! » Sur ces mots, le juge et ses deux assesseurs quittaient précipitamment la XVIIe chambre, le dos courbé comme sous l’orage, tandis que lentement, très lentement, les gardes procédaient à l’évacuation de la salle.

La phrase de soixante mots

Les inculpés, ce jour-là, étaient Roland Gaucher et François Brigneau. La LICRA les assignait pour « diffamation raciale » en raison d’un article écrit par F. Brigneau et publié dans National-Hebdo (15 février 1990). A la rubrique intitulée « Journal d’un homme libre » et sous le titre « Le long calvaire du professeur Faurisson », F. Brigneau rappelait les multiples condamnations judiciaires de l’universitaire lyonnais et, à titre d’exemple, une condamnation à verser la somme de trois millions six cent mille francs (trois cent soixante millions de centimes) pour avoir, en 1980, prononcé à Europe n° 1 une phrase de soixante mots, cent fois reproduite depuis, y compris tout récemment dans Le Droit de vivre [1]. Après une mise en garde à l’auditeur (« Attention : aucun des mots que vous allez entendre ne m’est inspiré par une sympathie ou une antipathie politique »), R. Faurisson résumait ainsi la conclusion de ses travaux :


Les prétendues chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des juifs forment un seul et même mensonge historique qui a permis une gigantesque escroquerie politico-financière dont les principaux bénéficiaires sont l’État d’Israël et le sionisme international et dont les principales victimes sont le peuple allemand – mais non pas ses dirigeants – et le peuple palestinien tout entier. 

F. Brigneau avait reproduit cette phrase à de menues différences près. Le juge voulait faire valoir que reproduire cette phrase déjà condamnée équivalait, sauf pour un journaliste rapportant les faits, à une récidive. Faurisson lui fit remarquer que, depuis sa condamnation de 1981, heureusement très atténuée en 1982, il avait constaté de profonds changements sur le sujet dans les décisions de justice datant respectivement de 1983, de 1987 et de 1989. « La justice est fluctuante ! » fut la réponse du juge.

Dessinez-moi une chambre à gaz !

L’audition du témoin Faurisson avait mal commencé. Claude Grellier, fidèle à ses habitudes de juge d’instruction, menait un véritable interrogatoire de cabinet, sur un ton agressif. Il en aurait fallu plus pour démonter un universitaire qui, rompu aux joutes de prétoire sur le révisionnisme, s’attachait à confondre son interrogateur sur des points d’histoire, de droit ou de simple vocabulaire. M. Faurisson notait que, dans tous les procès intentés aux révisionnistes, les magistrats fondaient leur attitude sur un postulat inexprimé qui pourrait se formuler ainsi : « Les chambres à gaz ont existé. » Mais sur quoi ce postulat était-il fondé? demandait-il. Et d’ajouter : « Pourquoi croyez-vous aux chambres à gaz hitlériennes ? Pour commencer, qu’est-ce qu’une chambre à gaz hitlérienne ? Décrivez-m’en une. Dessinez-m’en une. Le professeur que je suis infligerait, je le crains, un zéro pointé à la copie que vous me remettriez sur le sujet. Comment pouvez-vous nous imposer de croire en une réalité physique dont vous ne pouvez pas nous fournir la moindre représentation matérielle ? »

Malgré les obstructions du juge, M. Faurisson entreprenait alors une démonstration sur « l’impossibilité physique et chimique des chambres à gaz hitlériennes ».

Désigner les juges par leur nom

Le juge voulut l’interroger sur les condamnations en 1981 et 1982 de la « phrase de soixante mots ». Faurisson cita ces décisions de justice et quelques autres aussi. Imprudence fatale, il se mit à désigner par leur nom les magistrats auteurs de ces décisions contradictoires. Le juge protesta : les décisions de justice étant collectives et constituant le fait de la justice tout entière, il était « inepte » de lier le nom d’un magistrat à une décision quelle qu’elle fût. Sans doute Grellier craignait-il de s’entendre nommer à propos d’un jugement où, en 1989, il avait estimé que cette phrase ne comportait aucun appel clair à la discrimination à l’égard des juifs [2].

De part et d’autre, le ton monta. Me Jouanneau, avocat de la LICRA, se portant au secours du juge, lança : « Mais qui préside ici ? » C’est à ce moment qu’animé de la plus vive colère Grellier demanda au professeur de changer de ton et, sur le refus de ce dernier, interrompit le témoin, ordonna l’évacuation de la salle et battit en retraite.

Après la suspension de séance, devant un Grellier encore manifestement sous l’effet de ses tribulations, Me B. Jouanneau intervint pour la LICRA et Mes Wallerand de Saint-Just et Éric Delcroix plaidèrent pour les inculpés. 

Jugement au 22 mars.

Vérité officielle

Les 21 et 22 mars, à 13 h 30, R. Faurisson passera en jugement, à la même XVIIe chambre, pour infraction aux dispositions antirévisionnistes de la loi Fabius-Gayssot punissant d’un mois à un an d’emprisonnement et de deux mille à trois cent mille francs d’amende quiconque se permet de « contester » l’existence des « crimes contre l’humanité » tels que définis par la charte du tribunal de Nuremberg. Dans une interview du Choc du mois de septembre 1990, le professeur faisait savoir qu’il refusait de s’incliner devant cette loi parue au Journal officiel de la République française le 14 juillet 1990, sous la signature de François Mitterrand.

25 février 1991



[1] Le Droit de vivre, n° 550, avril-mai 1990, p. 12.
[2] « Ces accusations profondément antisémites et contestables, qui expriment une conviction, tentent de jeter le trouble dans l’esprit du lecteur et de discréditer la [...] communauté [juive] ; mais elles ne comportent aucun appel clair, explicite et direct soit à la discrimination, soit à la violence, soit à la haine à l’égard des juifs » (Jugement Guionnet, 12 octobre 1989).

Thursday, February 7, 1991

En prison pour délit de presse

Alain Guionnet, directeur de Revision, a été conduit par les gendarmes au parquet de Nanterre et, de là, à la prison de Bois d’Arcy, où il sera probablement détenu pour une durée d’un mois. Il a 36 ans et il est invalide civil (à 70 %). Il est en prison pour délit de presse. Selon toute vraisemblance, il aura à purger ensuite une peine supplémentaire de 21 mois d’emprisonnement pour le même motif.

Le 21 mars 1991, à 13 h 30, le professeur Faurisson comparaîtra devant la XVIIe chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, présidée par Claude Grellier. Georges Wellers et le substitut Marc Domingo lui font grief d’une interview parue dans Le Choc du mois de septembre 1990 et invoquent la loi Fabius-Gayssot du 13 juillet 1990 qui prévoit une peine d’un mois à un an d’emprisonnement et une amende de deux mille à trois cent mille francs pour celui qui «conteste» l’existence des «crimes contre l’humanité», tels que définis par les vainqueurs de 1945. Une semaine plus tard, le 28 mars, R. Faurisson comparaîtra à nouveau devant la même chambre et le même président pour la même interview, mais, cette fois-ci, sur plainte de Jean Pierre-Bloch et du même substitut Marc Domingo qui, pour le coup, invoqueront la loi antiraciste du 1er juillet 1972.

Pierre Joxe et Sarra Ouaknine ont interdit d’affichage, de publicité et de vente aux mineurs Revision, les Annales d’histoire révisionniste et la Revue d’histoire révisionniste. Dans une récente lettre adressée au Conseil d’État, la « Direction des libertés publiques » du ministère de l’intérieur vient de définir quels sont les droits, les devoirs et les limites de l’historien [1].

Le 31 octobre 1990, la cour d’appel de Paris a rendu contre Pierre Guillaume, directeur des Annales d’histoire révisionniste, un arrêt fondé rétroactivement sur la loi Fabius-Gayssot ; cette rétroactivité s’exerce sur une période supérieure à deux ans. Des manifestants viennent, de façon chronique, assiéger la librairie de la Vieille Taupe, 12, rue d’Ulm, afin, comme l’a révélé un responsable de la LICRA, de provoquer un trouble de l’ordre public qui conduirait les autorités policières à supprimer la cause de ce trouble [2].

A Lyon, Bernard Notin, à Caen, Vincent Reynouard et, en d’autres points de France, d’autres révisionnistes subissent de plein fouet une répression approuvée par l’ensemble du monde journalistique, en particulier par Libération et Le Canard enchaîné. Mme Le Foyer de Costil, magistrat, interdit d’écrire : « Moyen Orient : les juifs ont-ils poussé à la guerre ? » (Le Monde, 7 février 1991).

7 février 1991



[1] 7 janvier 1991, OS/FF/A5184/DLPAJ/CAJ/BCLP. Tél. : 49 27 40 51. C’est à ce dernier numéro de téléphone que l’administrateur civil Jacques Mathieu fournira les directives nécessaires. 
[2] Georges Nicod, conférence donnée à Vichy, 13 décembre 1990.

Friday, February 1, 1991

Préface à la réédition d'« A-t-on lu Rimbaud ? »


En 1961, Jean-Jacques Pauvert éditait A-t-on lu Rimbaud ? En 1971, il rééditait l’ouvrage avec, en complément L’Affaire Rimbaud. Sans pour autant faire « délirer la France entière » (René Étiemble), le livre rencontra quelque succès et causa du remue-ménage. J’y montrais que, contrairement à sa réputation, Rimbaud était logique. Accessoirement, je découvrais aussi que, loin d’être mystique, son inspiration était surtout érotique, ce qui ne manquait pas de piquant. On s’appesantit sur l’érotisme, effet secondaire, et on négligea le plus important : le jeune Arthur, qu’on nous présentait comme un modèle de poète exalté, visionnaire et révolutionnaire – un surréaliste avant la lettre – se révélait avoir été un collégien, féru d’analyse logique et grammaticale, un fort en thème (latin), un parnassien en quelque sorte. Les dures lois de la prosodie française et de l’alexandrin, il les avait respectées autant que les impératifs de l’hexamètre dactylique et de la prosodie latine. Au fond, il ne détestait pas la férule, y compris celle de sa mère.

Par la suite, je publiais quelques études sur Lautréamont, sur Apollinaire et sur Nerval. Là encore, je m’efforçais de lire les textes au plus près. C’est ainsi que je découvrais que ces auteurs réputés, à des degrés divers, illogiques, irrationnels et en rupture avec la tradition, étaient logiques, rationnels et sages dans l’agencement des pensées et des mots. Les apparences nous avaient trompés. Isidore Ducasse, sous le nom de Lautréamont, avait écrit une insolente bouffonnerie où il s’était merveilleusement payé la tête du « bon lecteur ». Gérard Labrunie, sous le nom de Nerval, avait, dans ces joyaux que sont les poèmes des Chimères et des Autres Chimères, dissimulé de naïves confidences, pures et pathétiques, mais un peu inquiétantes aussi. Wilhelm-Apollinaris de Kostrowitzky, sous le nom d’Apollinaire, avait, lui aussi, épanché son cœur dans les poèmes d’Alcools et, sous le masque de la fantaisie mystificatrice, il avait caché une étonnante érudition. Ajoutez à cela que, vers la même époque, je me délectais de la lecture de Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline, que je tiens pour le plus grand de nos stylistes et le plus fin connaisseur des ressources de notre langue. 


Bref, je m’amusais bien. J’assouvissais mon plaisir de la langue et de la littérature françaises, du mot précis, de la recherche du sens premier, et tout cela loin des biographies et des bibliographies. Souvent, dans un parc de Vichy, le long de l’Allier, je m’efforçais, « le prudent crayon à la main », de déchiffrer des textes difficiles comme pour les expliquer à des passants, simples et sensés, dont je supposais qu’ils avaient en horreur le chiqué universitaire ou parisien.

Il ne manquait rien à cette belle vie, pas toujours paisible, sinon que, par ailleurs, je menais aussi une autre vie, clandestine celle-là, et dont je me doutais qu’un jour ou l’autre elle déboucherait sur le pire. 


Mieux vaut l’avouer tout de suite, le hasard ou la destinée (mais que veut dire au juste ce mot ?) m’avaient conduit, dès le début des années soixante, à découvrir presque simultanément, en littérature, le mythe de Rimbaud et, en histoire, horribile dictu, le mythe de la magique chambre à gaz. Ensemble, le révisionnisme littéraire et le révisionnisme historique avaient fait leur entrée dans la vie d’un professeur de province qui, à trente-deux ans, enseignait le français, le latin et le grec dans un lycée de jeunes filles : le lycée des Célestins. Quelques années plus tard, ces deux révisionnismes allaient se conjuguer dans mon étude du trop fameux Journal d’Anne Frank.

C’est ainsi qu’au seuil de la trentaine, je fus conduit à partager en quatre une vie particulièrement active : un quart s’en trouvait consacré au plaisir de vivre, à ma famille et au sport ; un quart allait à mon métier, un quart au révisionnisme littéraire et un quart enfin – la part maudite – au révisionnisme historique.

Quelques années plus tard, je quittais l’enseignement secondaire pour l’enseignement qui se qualifie lui-même de supérieur et j’entrais dans l’Université : un bien grand mot quand on y songe. 


Ma thèse allait porter sur « La bouffonnerie de Lautréamont ». La soutenance eut lieu le 17 juin 1972, le jour du match de boxe Bouttier-Monzon. L’affaire se passa à l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne. Elle fut chaude, animée, et la presse de l’époque s’en fit l’écho. J’y glissai une allusion aux « mythes extravagants » de la seconde guerre mondiale : « Certains mythes sont sacrés. Même en littérature ou en histoire, on court quelque risque à vouloir démystifier [1]. »

Deux ans plus tard, nommé à l’université Lyon-II, après un passage de quelques années à la Sorbonne, je laissais, comme disent les Anglais, le chat sauter hors du sac et je révélais, hors de l’enceinte universitaire, qu’à mon avis Paul Rassinier avait eu raison : il n’avait jamais existé de chambres à gaz homicides dans les camps de concentration du IIIe Reich.

L’une des conséquences de mon audace fut que je devins, du jour au lendemain, un professeur d’université des plus suspects. En 1978, j’appris qu’on me tenait officiellement pour un universitaire qui n’avait aucune publication à son actif, pas même un certain livre sur Rimbaud qui avait fait parler de lui dans les années soixante. Attestaient de ma complète stérilité le président et le vice-président de l’université Lyon-II, le ministre des Universités et, pour faire bonne mesure, le Conseil d’État qui, avec la liste de mes publications à portée de main, déclarait souverainement qu’il n’y avait « rien de matériellement inexact » à soutenir que Faurisson était un professeur d’université d’une espèce unique : il n’avait jamais rien publié ; la preuve, c’est qu’il l’avouait lui-même.

En quelques années, j’allais connaître une avalanche de mensonges, de médisances et de calomnies mais je ne m’attarderai ici, un instant, qu’à la répercussion de cette campagne sur le sort d’A-t-on lu Rimbaud ? 


Mon livre disparut de la circulation, ainsi que quelques autres de mes ouvrages. On les déclara « épuisés » ou « introuvables », même lorsqu’ils subsistaient accidentellement sur catalogue. La demande ne manquait certes pas pour A-t-on lu Rimbaud ? mais J.-J. Pauvert ne voulait pas entendre parler d’une réédition. Il n’était pas hostile mais il avait peur. Vers 1984, un éditeur parisien s’enhardit. Il décida de rééditer le livre. Mais il reçut des menaces, certaines écrites et signées (dont je conserve copie). Puis il reçut... de l’argent : M. Jack Lang, ministre de la Culture, lui assignait un pécule renouvelable d’une année sur l’autre pour une « action culturelle ». L’éditeur eut alors une illumination : il comprit qu’il avait failli se compromettre avec le diable. Il s’en ouvrit à un auteur qui préparait un livre sur des confidences d’éditeurs. Il lui fit savoir que, s’il avait en fin de compte renoncé à publier mon livre sur Rimbaud, c’était parce que j’avais écrit d’autres livres – passablement abjects – qu’il ne voulait pas avoir l’air de cautionner. Je me dispenserai de citer l’ouvrage où peut, aujourd’hui, se lire cette « fausse confidence ».

Je comprends qu’on ait peur et qu’à certains la peur dicte ce genre de réaction. 


La présente édition devait s’ouvrir sur un avant-propos qui aurait permis au lecteur de faire le point sur l’image de Rimbaud, aujourd’hui, dans le monde universitaire : une image, si j’ai bien compris, qui a beaucoup changé depuis le début des années soixante. Il paraît que, maintenant, ses poèmes en vers ou en prose se lisent de près et qu’on se préoccupe de leur sens premier. L’auteur de cet avant-propos comptait parmi les plus brillants élèves ou étudiants qu’il m’ait été donné de rencontrer. Il est devenu un linguiste réputé ; il occupe une position enviable dans le monde des érudits et un poste de responsabilité internationale, comme on dit. Mais voilà, il a fait savoir à mon éditeur qu’il retirait son avant-propos. N’en parlons plus. 


Pour ma part, il y a bien des lustres que je ne lis plus « Voyelles » ou les Illuminations. Les temps sont trop durs. Mais les temps changent, et vite. Qui sait ? Peut-être, un jour, me permettra-t-on de relire Rimbaud.

____________

[Préface par Robert Faurisson d’A-t-on lu Rimbaud ?, suivi de L’Affaire Rimbaud, rééd. (première édition 1962), Paris, La Vieille Taupe, [février] 1991, p. 7-10.]



[1] R. Faurisson, A-t-on lu Lautréamont ?, p. 338.

Preface to the re-edition of "A-t-on lu Rimbaud ?"


    In 1961, Jean-Jacques Pauvert published A-t-on lu Rimbaud ?  ("Has Rimbaud been Read?"). In 1971, he republished the work together with the additional text L'affaire Rimbaud. Without "driving the whole country mad", as René Étiemble put it, the book still had some success and caused a bit of brainstorming. In it I showed that, notwithstanding his reputation, Rimbaud was logical. A secondary finding was that, far from mystical, his inspiration was above all erotic, a fact not lacking in savour. Critics had been dwelling on the accessory effect of eroticism, neglecting what was most important: the young Arthur, who had always been presented as a model of the exalted poet, visionary and revolutionary, unveiled himself as a schoolboy keen on logical and grammatical analysis, good at (Latin) translation, something of a Parnassian. He had respected the harsh laws of French prosody and of alexandrine verse just as he had followed the requirements of the dactylic hexameter and Latin prosody. And in fact he did not really hate getting the cane, either from his masters or from his mother.

     Afterwards, I published studies on Lautréamont, on Apollinaire, and on Nerval. There again, I strove to read the texts as closely as possible. It was thus that I discovered  that these authors, who were reputed to be, in varying degrees, illogical, irrational, and in breach of tradition, were logical, rational, and cautious in their manner of wielding thoughts and words. We had been fooled by appearances. Isidore Ducasse, under the name of Lautréamont, had written a brazen clownery in which he took the mickey out of the "good reader". Gérard Labrunie, under the name of Nerval, had, in the gems which are his poems Les Chimères and Autres Chimères, hidden naive secrets, pure and moving ones, yet also somewhat disturbing in regard to his mental state. Wilhelm-Apollinaris de Kostrowitzky, under the name Guillaume Apollinaire, had also vented his heart in the poems entitled Alcools and, beneath a cloak of mystifying fantasy, he had concealed an astonishing erudition. At the same period I took considerable delight in reading Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline, whom I hold to be the greatest of our stylists and the shrewdest connaisseur of our language's resources.

    In short, I was rather enjoying myself. I found much pleasure and satisfaction in the French language and its literature, in precise expression, in the search for the foremost sense, all far removed from work in biographies and bibliographies. Often, in a park in Vichy, on the banks of the river Allier, I could be found, "the judicious pencil in hand" [Céline], striving to decipher difficult texts so as to explain them to modest and sensible passers-by who, I supposed, had an abhorrence of Parisian or academic pretence.

    Nothing was wanting in this fine life, not always wholly tranquil; however I also led another life, a secret one which, I was sure, would one day lead to disaster.

    Better to have out with it straight away: chance or destiny (but what exactly does that word mean?) had led me, from the early 1960s, to discover almost simultaneously, in  literature, the myth of Rimbaud and, in history, horribile dictu, the myth of the magical gas chamber. Together, literary and historical revisionism had found their way into the life of a 32-year-old professor in the provinces who taught French, Latin, and Greek at a girls' school: the Lycée des Célestins. Some years later, those two revisionisms were to converge in my study of the all too famous Diary of Anne Frank.

    So it was that, just past the age of thirty, I was induced to carve a particularly active life into four parts: one quarter devoted to the pleasures of living, to my family and to sport; another to my job, a third to literary revisionism, and the last quarter — the accursed part — to historical revisionism.

   A few years afterwards, I left the field of secondary education for the one which is termed (by itself) "higher": I entered the University. Quite a big word, when one thinks about it.

    My thesis was to be on "The Buffoonery of Lautréamont", with the "viva" taking place on 17 June 1972 (the day of the Bouttier-Monzon boxing match), in the Richelieu amphitheatre at the Sorbonne. It was a hot, animated happening, and the press carried reports of it. I slipped in an allusion to the "outlandish myths" of the second world war: "some myths are sacred. Even in literature or in history, there is some risk in seeking to demystify things" (A-t-on lu Lautréamont?, Gallimard, 1972, p. 338).

    Two years later, appointed to a teaching post at the University of Lyon-2 after a stint at the Sorbonne, I let, as the English say, the cat out of the bag and revealed, outside of academic confines, that to my mind Paul Rassinier was right: there had never been any mass-execution gas chambers in the concentration camps of the Third Reich.

    One consequence of my daring was that I became, overnight, a most dubious university professor indeed. In 1978, I learned that I was officially considered to be an academic without a single publication to his name, not even a certain book on Rimbaud which might have got him talked about in the 1960s. Attesting to my utter sterility were the president and vice-president of Lyon-2, the minister of universities, and for good measure, the Council of State which, with the list of my published works within arm's reach, sovereignly declared that there was "nothing materially inaccurate" in holding that, as a university professor, Faurisson was one of a kind: he had never published a thing; and to prove this, there was his own admission.

    In the course of a few years I was to experience an avalanche of lies, malicious gossip, and calumnies, but here I shall tarry only for a moment on the effect which that campaign had on the fortunes of A-t-on lu Rimbaud ?

    My book vanished from circulation, and, along with some of my other works, was said to be "out of print" or "impossible to find", even when it remained accidentally in the publisher's catalogue. There was indeed no lack of call for A-t-on lu Rimbaud ? but J.-J. Pauvert would not hear of a new edition. He was not averse to it but afraid. In 1984 a Parisian publisher at last made bold and decided to bring out a new edition. But he received threats, some of which were written and signed (and of which I have kept copies). Then he received… money. Mr Jack Lang, culture minister, awarded him a grant, renewable from year to year, for "cultural activity". The publisher then had a flash of inspiration: he grasped that he had come very close to compromising himself with the devil. He shared his sudden realisation with a writer who happened to be doing a book on publishers' secrets. He let him know that, if in the end he had given up on the idea of publishing my book about Rimbaud, it was because I had written other books — rather contemptible ones —  which he did not want to appear to endorse. I shall refrain from naming the book in which this "false confidence" can be read today.

    I understand that people may sometimes be afraid and that, for some, fear will dictate that kind of reaction.

   The present edition was supposed to open with a foreword enabling the reader to review Rimbaud's image today in academic spheres: an image which, if I have understood correctly, has changed a good deal since the early 1960s. It seems that, now, his poems in verse or in prose are read more closely, with attention given to their foremost sense. The author of the foreword in question was one of the most brilliant pupils or students which it has been my fortune to meet. He has become a well-known linguist, holding an enviable position in the scholarly world, and a post of international responsibility, as the saying goes. But he has notified the publisher that he is retracting his piece; so there. Let us leave it at that.

    For my part, it has been many a year since I last read "Voyelles" ("Vowels") or the Illuminations. Times have been too hard. But times change, and quickly. Who knows? Perhaps, some day, I shall be allowed to reread Rimbaud. 


____________
[Preface by Robert Faurisson to A-t-on lu Rimbaud?, followed by L’Affaire Rimbaud, re-edited (first edition 1962) by La Vieille Taupe, Paris, February 1991, p. 7-10.]


Léon Poliakov, Pierre Vidal-Naquet, Claude Lanzmann

  
« L’ordre du génocide fut donné par Hitler à Himmler au début de 1941. » Cette affirmation, Léon Poliakov la retire. Elle était pourtant au fondement même de son ouvrage sur le IIIe Reich et les juifs : Bréviaire de la haine. L’historien avoue aujourd’hui avoir succombé à « une sorte de passion dénonciatrice » ; il n’avait formulé cette assertion que « sur la foi de quelques témoignages de deuxième ou troisième main » [1].



Pierre Vidal-Naquet prétendait en 1980 que, contrairement à ce qu’affirmaient les révisionnistes, les Alliés avaient bel et bien expertisé des chambres à gaz homicides dans les camps de concentration du IIIe Reich. Dix ans plus tard, il déclare que « [les nazis] se sont acharnés à détruire toute trace matérielle de ces chambres ». S’ils se sont acharnés, il est douteux qu’il soit resté une seule chambre à gaz à expertiser.

P. Vidal-Naquet ne croit donc manifestement plus à l’existence de ces expertises de l’arme du crime [2]. « Tout paraît invraisemblable et pourtant tout est vrai » : la phrase est de P. Vidal-Naquet ; elle sert de publicité à un ouvrage d’Edward Reicher, Une vie de juif.



Claude Lanzmann et son film Shoah semblent devenir les objets d’une sorte de révision. « L’Holocauste n’est pas une marque déposée, ni un fonds de commerce ! » s’exclame Alain Vidalies [3]. Alain Finkielkraut écrit : « Claude Lanzmann se considère comme le concessionnaire exclusif de l’Extermination... [Il] a inventé une nouvelle définition de l’antisémitisme : l’antisémite, c’est celui qui ne fait pas ses dévotions au Film Unique. Cette auto-idolâtrie est grotesque et dégoûtante. Si Le Nouvel Observateur avait eu une once de charité, il n’aurait pas ainsi donné en spectacle la déchéance d’un artiste en mamamouchi [4]. » C. Lanzmann réplique d’Israël : « Accoutumé à statuer et légiférer sur tout sans qu’on le contredise jamais, Finkielkraut, incapable de me répondre, s’étrangle de rage, s’égare dans l’enflure et la haine [5]. »

Tzvetan Todorov estime : « Shoah, film sur la haine, est fait avec de la haine et enseigne la haine [6]. »



La thèse de l’« Holocauste » est en difficulté. Les zizanies s’aggravent. On se rejette mutuellement la responsabilité d’un échec qui prend des proportions alarmantes [7]



[Publié dans la RHR, n° 4, février-avril 1991, p. 105-106.]


Notes


[1] L. Poliakov, « Histoires et polémiques : à propos du génocide », Commentaire, Paris, printemps 1991, p. 203. 
[2] Voy., en 1980, « Un Eichmann de papier. Anatomie d'un mensonge », Esprit, septembre 1980, p. 53-56, repris dans Les Assassins de la mémoire, Paris, La Découverte, 1987, p. 195, n. 42 ; à comparer avec « Négateurs. Des semeurs de haine », propos recueillis par René François, Différences, mars 1990, p. 17. 
[3] « L’Holocauste, dommages et intérêts », Sud-Ouest, 23 octobre 1990. 
[4] A. Finkielkraut, « Le cas Lanzmann », Le Nouvel observateur, 31 janvier 1991, p. 118. 
[5] C. Lanzmann, « La pensée défaite », Le Nouvel observateur, 31 janvier 1991, p. 41. 
[6] T. Todorov, Face à l’extrêmeParis, Le Seuil, 1991, p. 255. 
[7] Sur G. Wellers à propos de S. Klarsfeld et sur ce dernier à propos d’A. Mayer, voy. Revue d'histoire révisionniste, n° 3, p. 98 et 212.



Éditorial de la "Revue d'histoire révisionniste", n°4


En dépit de la multiplication des écueils, le révisionnisme poursuit son cours et gagne en puissance. 

En France, on voit se former contre lui une sorte d'union sacrée de tous les pouvoirs : le pouvoir législatif (avec la loi Fabius dite Gayssot), le pouvoir exécutif (avec les arrêtés Joxe), le pouvoir judiciaire (avec les décisions Grellier), le pouvoir des grands organes de presse (avec, en particulier, Le Monde), les associations juives et autres ligues (avec onze d'entre elles se constituant partie civile au procès Faurisson), les milices juives (qui frappent partout en toute impunité), l'Université (avec l'affaire Notin), l'enseignement supérieur (avec l'affaire Reynouard), les syndicats (qui, par tracts et articles, alertent leurs militants), et enfin des officines gouvernementales spécialisées comme la Direction des libertés publiques (sic) au ministère de l'Intérieur ou la Direction de l'information historique (sic) au secrétariat d'État chargé des anciens combattants.

Colloques et collectifs antirévisionnistes abondent. Depuis quelques mois, les petites villes de la France profonde sont conviées, elles aussi, à se tenir en état d'alerte pieuse. On mobilise les enfants des écoles ; on les mène de centres d'histoire de la Résistance et de la Déportation en projections spéciales de Nuit et Brouillard (film où la salle de douches de Majdanek est encore présentée comme une chambre à gaz homicide, où le bobard du savon à base de graisse humaine persiste, où l'on enseigne qu'à Birkenau il est mort neuf millions de déportés) ; les lycéens aux horaires pourtant surchargés doivent écouter d'anciens déportés, sortes de témoins professionnels qui parcourent la France pour y porter la bonne parole, puis à ces mêmes lycéens on fait rédiger des dossiers sur les horreurs de la dernière guerre (certaines horreurs, toujours les mêmes et jamais les autres). Les historiens de cour et les facteurs de manuels d'histoire font allégeance au credo institutionnel. Les révisionnistes ont enfin contre eux « la conscience universelle » : la formule est de Mme Édith Dubreuil, procureur et porte-parole du ministre de la Justice. 

Enfin, force du tabou : parce qu'il ne croit pas aux chambres à gaz hitlériennes, un professeur est condamné à une peine de deux cent cinquante mille francs dont cent mille francs avec sursis. Chez les universitaires, chez les historiens, chez les hommes politiques, pas une voix ne s'élève. Ce silence effraie ; il est celui de la peur. 

Bref, tout, en apparence, devrait donc aller pour le mieux dans notre pays si l'on se place au point de vue des intérêts propres à Élie Wiesel, Simon Wiesenthal, Serge Klarsfeld ou encore aux points de vue du R.P. Riquet et de Mme Geneviève Anthonioz-De Gaulle.

*

Or, à en croire ces personnes, tout va pour elles de mal en pis. Elles découvrent que les révisionnistes français semblent puiser de nouvelles forces dans l'épreuve. C'est ainsi, pour commencer, que ces derniers persistent à publier, livraison après livraison, une Revue d'histoire révisionniste que leurs adversaires qualifient de pseudo-scientifique, ce qui pourrait bien signifier qu'elle est authentiquement scientifique. En plein Paris, au cœur du Quartier latin, les révisionnistes ouvrent une librairie située au 12 de la rue d'Ulm, à quelques pas de l'École normale supérieure où, du même coup, se crée un « Comité anti-négationniste ». Tenue par des libertaires, cette librairie est systématiquement assiégée, attaquée ou souillée. Mais elle reste ouverte à tous, ouverte au dialogue et aux discussions publiques ; on y trouve même les ouvrages les plus hostiles au révisionnisme. Sur l'autre rive de la Seine, au 10 de la rue des Pyramides, une librairie de droite vend à profusion les écrits révisionnistes ; on ne l'attaque plus car elle se défend. En d'autres points de France, d'autres librairies et des centres de diffusion, parfois clandestins, répandent ces mêmes écrits. La répression a eu pour effet de susciter des activités de samiszdat qu'on ne parvient plus à localiser, tant les sources deviennent nombreuses de ces actions disparates, parfois brouillonnes ou irritantes, mais souvent ingénieuses. Nos relations avec l'étranger se diversifient. L'échange rapide d'informations et les consultations sur la marche à suivre, d'un pays à l'autre, dans les périodes de crise permettent de nouer les contacts nécessaires au renforcement d'une internationale révisionniste à travers le monde, au-delà de toutes les opinions politiques. A peu près partout se profile un désastre pour les tenants de la religion de l’« Holocauste », tant leur pouvoir n'a d'égal que leur impuissance. 

Nos adversaires s'inquiètent du désarroi qui règne dans leurs propres rangs. Leurs dissensions éclatent au grand jour. On prendra connaissance ci-dessous des vicissitudes que traversent, dans une atmosphère irrespirable, les Claude Lanzmann, Arno Mayer, Pierre Vidal-Naquet, Raul Hilberg, Léon Poliakov et, surtout, les responsables du musée d'Auschwitz, confrontés aux résultats d'une expertise imprudemment réclamée à un Institut de criminologie de Cracovie. La Revue d'histoire révisionniste est la première publication française à faire état de cette expertise que la grande presse et les historiens de l'« Holocauste » cherchent à tenir cachée.

*

La « guerre du Golfe » continue, quant à elle, d'avoir les suites désastreuses qu'on pouvait prévoir : désastreuses pour tous sauf – au moins provisoirement – pour l'État d'Israël qui, enrichi de nouvelles prébendes financières, aggrave sa politique de colonisation. L'histoire de cette guerre offrira un vaste champ d'investigation au révisionnisme historique. Nous ne savons encore à peu près rien sur les causes du conflit, sur son déclenchement, sur son déroulement. En revanche, sur la propagande des vainqueurs et sur leurs mensonges, nous en savons déjà beaucoup. Même un Jean-François Kahn s'en avise, quoique un peu tard. Après « Timisoara », les journalistes s'étaient juré qu'on ne les reprendrait plus à forger et à colporter d'hallucinantes histoires d'atrocités ; l'un d'eux, Michel Castex, a même écrit un livre sur le sujet : Un Mensonge gros comme le siècle. Mais ce siècle a duré six mois. Les journalistes ont récidivé avec « Carpentras ». Puis, ils ont recommencé avec « Bagdad » et surtout avec « Tel Aviv ». Le mythe des chambres à gaz et des gazages est revenu en force. Il est douteux que, dans la confection du mensonge historique, on se renouvelle beaucoup. D'âge en âge, les formes les plus défraîchies de ce type de mensonge produisent les mêmes horreurs de fiction. Dans la « guerre du Golfe », le mythe des chambres à gaz est réapparu quasiment à l'identique, au point que l'hebdomadaire juif américain à grand tirage The Jewish Press pouvait, dans une atmosphère d'excitation belliciste, titrer en première page de sa livraison du 15 février : War News ! Irakis Have Gas Chambers For All Jews (Nouvelles du front. Les Irakiens possèdent des chambres à gaz pour tous les juifs).

*

L'un des intérêts du révisionnisme est qu'il apprend à voir les événements avec une sorte de recul instantané. Un révisionniste conséquent n'a pas plutôt vu qu'il revoit. Si on lui propose des images, il les scrute. Si on lui impose un commentaire, il l'analyse. Si on lui annonce qu'il va être le témoin d'abominations sans précédent soit par la qualité, soit par la quantité, sa méfiance s'éveille et, le plus souvent, il détectera sous une apparence nouvelle le vieux produit frelaté de la haine et de l'exagération. Fera-t-on appel à son cœur, aux bons sentiments, aux grands principes, il saura qu'en la circonstance rien n'est plus suspect. Un révisionniste – qui sait ? – a peut-être autant de cœur qu'un autre. Peut-être est-il sensible aux bons sentiments et aux grands principes. Mais, ce qui est sûr, c'est que, d'abord et avant tout, il désire voir, revoir et savoir avant de juger. C'est son droit, pense-t-il, et même son devoir.

En France, il n'est guère de quotidien qui cherche plus que La Croix-L'Événement (directeur de la rédaction : Noël Copin) à jeter le discrédit sur le révisionnisme et il est peu d'historiens qui se soient autant acharnés contre nous que Madeleine Rebérioux, récemment devenue présidente de la Ligue des droits de l'homme, ligue qui nous a poursuivis jusque devant les tribunaux. Cependant, La Croix-L'Événement, Madeleine Rebérioux et la Ligue des droits de l'homme ont tous trois aujourd'hui un autre point commun : les voici qui découvrent que le révisionnisme avait peut-être raison dans sa dénonciation de certains témoignages, de certains chiffres ou de certains faits relatifs à Auschwitz. A leur tour, ils suspectent les « souvenirs » de certains survivants, les chiffres « mal vérifiés » et même les chambres à gaz « reconstruites de toutes pièces pour les visites ». Mais écoutons plutôt :

[Question de La Croix-L'Événement :] 
Malgré la loi antiraciste [du «13 juillet 1990] – qui considère comme un délit la « négation de crimes contre l'humanité » – le révisionnisme ne s'est jamais aussi bien porté. Que faire de plus contre Faurisson ?

[Réponse de Madeleine Rebérioux :]
– Avec cette nouvelle loi, le pouvoir politique a eu tort de laisser aux juges le soin de décider de la vérité historique. Il n'y a en effet pas d'autre réponse au révisionnisme que la confrontation patiente entre la mémoire et l'histoire, entre les souvenirs des derniers survivants du génocide juif et le travail modeste de l'historien qui rectifie tel chiffre et “révise” tel témoignage incomplet.

La connaissance sur Auschwitz est loin d'être épuisée. Les chambres à gaz y ont été détruites à la Libération et celles qu'on y « trouve aujourd'hui ont été reconstruites de toutes pièces pour les visites. Ce n'est donc pas à partir de leur étude ni d'un nombre de morts mal vérifié apposé sur une plaque à l'entrée du camp, que peut surgir la vérité. Face à Faurisson, il n'y a pas d'autre perspective pour l'historien que de cultiver le doute sur chaque point particulier, sans remettre en cause l'essentiel : à savoir la réalité incontournable de la Shoah” [1]

Le révisionnisme, assurément, « ne s'est jamais aussi bien porté. »


[Publié dans la Revue d'histoire révisionniste, n° 4, février-avril 1991, p. 5-8.]


[1] M. Rebérioux, propos recueillis par P.-Y. Le Priol, La Croix-L'Événement, 5-6 mai 1991, p. 24.