Saturday, August 11, 1990

Interview du professeur R. Faurisson par "Le Choc du mois"


Quelle opinion avez-vous de la loi Gayssot visant le racisme et le révisionnisme ?

Pour moi, il n’y a pas à proprement parler de « loi Gayssot » mais une « loi Fabius, alias Gayssot ». Gayssot est communiste, c’est-à-dire qu’il n’est à peu près plus rien. Je crois savoir que le parti communiste envisageait à l’origine une loi antiraciste sans disposition antirévisionniste. C’est Fabius, en tout cas, qui au sein du parti socialiste a revendiqué l’initiative d’une mesure législative contre le révisionnisme. Il est à l’origine de la proposition de loi Georges Sarre (JO du 2 avril 1988) qu’on retrouve deux ans plus tard transposée dans la loi dite Gayssot. Il est probable que le parti socialiste s’est engagé à faire voter la proposition de loi communiste à condition qu’elle intègre la proposition de loi Fabius-Sarre contre les révisionnistes.

Je ne vous donnerai pas mon sentiment sur les dispositions antiracistes de cette loi Fabius alias Gayssot mais seulement sur la clause antirévisionniste. 


Cette dernière prévoit une peine de prison d’un mois à un an et/ou une amende de deux mille à trois cent mille francs, sans oublier les frais d’insertion du jugement dans la presse, frais parfois considérables. Il s’agit de punir ceux qui auront contesté (pas même nié) l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité tels que ceux-ci sont définis par la charte qui a fondé en 1945 le tribunal militaire international de Nuremberg, et qui ont été commis par des vaincus condamnés pour ces crimes par leurs vainqueurs.

Le texte de ce qui est désormais l’article 24 bis de la loi du 29 juillet 1881 « sur la liberté de la presse » (sic) est particulièrement alambiqué. Il s’agit d’une fabrication hétéroclite qui s’insère mal dans le cadre juridique existant et que les tribunaux auront, en conséquence, de la peine à appliquer.

N’est-ce pas rétablir la censure et instituer une version officielle d’une période déterminée de notre histoire ? 

Du point de vue historique, cette clause antirévisionniste va à contresens de l’évolution des mœurs. Elle rétablit clairement la censure. Elle institue une vérité historique officielle protégée par la police, la gendarmerie, les magistrats et les gardiens de prison. Elle crée un dogme, un catéchisme, un décalogue : celui de Nuremberg. Vous connaissez le vieil adage : « Ce n’est pas devant les tribunaux que l’histoire peut trouver ses juges ». On renie cet adage et on veut nous faire croire qu’un tribunal – un tribunal « militaire » – aurait, lui, écrit l’histoire une fois pour toutes.

Il sévissait depuis longtemps une histoire officielle de la seconde guerre mondiale. Quand je le disais, nos tartuffes se récriaient. Aujourd’hui, ils ne peuvent plus protester. Il y a un an, j’avais envoyé à près de sept cents personnes une lettre circulaire datée expressément de « Paris, le 14 juillet 1989 » ; j’appelais l’attention de mes correspondants sur le danger d’une telle loi. Les événements m’ont malheureusement donné raison. Lisez le Journal officiel de la République française (Lois et décrets) du 14 juillet 1990. Aux pages 8333-8334, vous trouverez le texte de la clause antirévisionniste ; huit pages plus loin, vous verrez que Pierre Vidal-Naquet, qui aime à nous traiter d’« excréments », est nommé chevalier de la Légion d’honneur sur proposition du ministre Jack Lang : d’un côté, menace d’amende et de prison pour les révisionnistes et, de l’autre, Légion d’honneur pour les servants de la religion de l’Holocauste. Et cela dans un journal officiel de l’État, le jour même où la « Patrie des droits de l’homme » célèbre sa fête nationale. L’histoire officielle a fait son entrée au Journal officiel sous la signature de F. Mitterrand, maréchaliste éminent, puis grand Résistant, juriste de formation.

• Dans quels esprits, selon vous, l’idée d’une telle loi a-t-elle pu germer ? 

Dès 1986, en première page du bulletin quotidien de La Lettre Telégraphique Juive (2 juin 1986), on lisait à propos de F. Bédarida, G. Wellers, J.- P. Azéma, P. Vidal-Naquet, S. Klarsfeld, du rabbin Sirat, de Mme Ahrweiler et d’Harlem Désir : « Ils ont aussi formulé l’espoir d’une extension à tous les pays européens de la loi allemande interdisant la mise en doute du génocide. » Leurs vœux sont aujourd’hui comblés pour ce qui est de la France, et de la France seule. Mais, contrairement à ce qu’ils osaient dire pour mieux pousser leur pion, il n’a jamais existé en Allemagne de loi interdisant la mise en doute du génocide. Ce qui était supposé devenir la loi dite du « mensonge d’Auschwitz » s’est trouvé réduit à un article qui autorise éventuellement un procureur à déposer plainte pour dommage causé «au membre d’un groupe qui a été persécuté sous un gouvernement de violence ou d’arbitraire, national-socialiste ou autre» (article 194, 13 juin 1985). Le mot « autre » vise, par exemple, le gouvernement d’un pays communiste. La France est donc bien le premier pays au monde à adopter une disposition législative spécifique contre le révisionnisme historique. Selon son habitude, P. Vidal-Naquet a affecté la réprobation une fois qu’il a été sûr que la loi serait adoptée. Il a agi de même au sujet de mes procès ; dans ces cas, sa main droite ignore ce que fait sa main gauche. Il a attendu que le sort de B. Notin soit scellé pour le défendre et dire qu’il fallait poursuivre J.-P. Allard... 

• Comment expliquer ce raidissement dogmatique ? 


Nous faisons peur à la camarilla en place. C’est quand l’Église s’est sentie en perte de vitesse devant l’incrédulité montante qu’elle a, en 1870, institué le dogme de l’infaillibilité pontificale. C’est parce que Fabius et les siens ne savent plus à quel saint se vouer qu’ils instituent le dogme de l’infaillibilité du Tribunal de Nuremberg. 

• En quoi ce tribunal s’est-il fait juge de l’Histoire ? 

Ce tribunal a été créé par les Alliés le 8 août 1945. Il s’agissait de punir chez les vaincus les crimes contre la paix (préparation et lancement d’une guerre d’agression), les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité (c’est-à-dire essentiellement contre les juifs). Je vous laisse à juger de leur cynisme. Deux jours auparavant, les Américains avaient commis « Hiroshima » ; le jour même du 8 août, les Soviétiques, auteurs de « Katyn », lançaient une guerre d’agression contre un Japon exsangue ; le lendemain, les Américains commettaient « Nagasaki ». 


La guerre de 1939-1945 a été une immense boucherie au terme de laquelle les vainqueurs se sont arrogé le droit de juger les vaincus : à Nuremberg, les Allemands et, à Tokyo, les Japonais (notez qu’on n’envisage pas de jeter en prison ceux qui contesteront les « crimes » des Japonais). Les vainqueurs ensanglantés ont fabriqué une législation ad hoc, ont revêtu la robe du juge, ont condamné au nom de lois rétroactives, n’ont pas craint d’utiliser le principe aberrant de la responsabilité collective, ont refusé toute possibilité d’appel, ont bâillonné la défense, ont décrété : « Le Tribunal ne sera pas lié par les règles techniques relatives à l’administration des preuves... » et « Le Tribunal n’exigera pas que soit rapportée la preuve des faits de notoriété publique mais les tiendra pour acquis... » Ils ont qualifié de vérités établies les « erreurs » suivantes parmi bien d’autres :

– Katyn est un crime allemand (c’est un crime de nos alliés soviétiques) ; 
– Le nombre des victimes d’Auschwitz s’élève à quatre millions (aujourd’hui, on nous dit : un million) ; 
– Le total des victimes juives de la seconde guerre mondiale s’élève à cinq millions cent mille ou six millions (aujourd’hui ces chiffres sont tenus pour « symboliques ») ; 
Les Allemands fabriquaient du savon à partir de graisse humaine (bobard de la première guerre mondiale recyclé en 1945) ; 
– Les Allemands ont fabriqué des têtes réduites ainsi que des abat-jour en peau humaine (la tête réduite montrée au tribunal avait été volée à un musée d’ethnographie ; la peau était de chèvre) ; 
– A Treblinka, on exterminait les juifs à la vapeur d’eau (on nous dit aujourd’hui : au diesel) ; 
– Hitler a donné l’ordre d’exterminer les juifs (cet ordre n’a jamais existé). 


J’attends qu’au nom de la loi Fabius dite Gayssot on poursuive les historiens, en particulier juifs, qui sont aujourd’hui d’accord avec nous pour dire que toutes ces vérités de 1945-1946 sont autant de mensonges historiques. 


Les historiens officiels persistent à croire ou font semblant de croire (pour combien de temps encore ?) que deux vérités de Nuremberg restent vraies : 


– Les Allemands ont eu une politique de destruction physique des juifs ; 
– Ils ont, pour mener à bien cette politique, principalement utilisé des chambres ou des camions à gaz. 

• Quelle attitude allez-vous adopter à l’égard de ces vérités officielles ? 

J’ai le regret de dire que je contesterai ces vérités-là. Les duettistes de Carpentras, MM. Fabius et Joxe, ne me feront pas pousser leur chanson. On ne me fera pas dire que deux et deux font cinq, que la terre est plate, que le Tribunal de Nuremberg est infaillible. J’ai d’excellentes raisons de ne pas croire à cette politique d’extermination des juifs ou à la magique chambre à gaz et on ne me promènera pas en camion à gaz. Quatre mille ans d’histoire peuvent s’étudier en toute liberté ; curieusement, seules les années 1941 à 1944 seraient placées sous haute surveillance par une loi de la République française en date du 14 juillet 1990. Je ne vois pas pourquoi je me plierais à cet ukase.

• Vous prenez des risques. Fabius et Joxe vous guettent...

Je ne sais trop l’origine du couple Fabius-Joxe. Pour moi, je suis d’origine écossaise. En Écosse, nous avons le monstre du Loch Ness qu’affectueusement nous appelons Nessie ; notre crédulité (pour les touristes) ne va guère plus loin. Pour le reste, nous n’aimons pas qu’on nous dicte ce qu’il faut croire ou ne pas croire. Inutile d’insister. Nous avons mauvais caractère. Je ne chercherai pas à tourner la nouvelle loi ; je lui ferai front. Dans cette loi et à Carpentras, Fabius et Joxe ont, comme on dit en anglais, « laissé le chat sauter hors du sac » ; en français, on dit qu’ils « ont mangé le morceau ». Ils ont commis une faute révélatrice. Pour eux, l’heure est grave. Comme le dit Jour J, Quotidien juif en titre de son numéro du 15 juin 1990 : « Sondage. Un tiers des Français doute de l’existence des chambres à gaz ». Ce n’est qu’un début. Les révisionnistes poursuivront leurs travaux.

Je souhaite que tous les Français se rendent compte que le mythe des chambres à gaz est une gredinerie, entérinée en 1945-46 par les vainqueurs de Nuremberg et officialisée le 14 juillet 1990 par le gouvernement en place de la République française, avec l’approbation des historiens de cour.

Comme le faisait remarquer François Terré à la veille du vote définitif de la loi par l’Assemblée nationale [1] : « Face à la proposition Gayssot, le silence infini de presque tous les juristes, de presque tous les historiens, effraie ».

11 août 1990
(Propos recueillis par Catherine Barnay)

[1] Le Figaro, 29 juin 1990, p. 2.

Wednesday, August 1, 1990

Katyn a Norimberga


L’8 agosto 1945, con l’ “Accordo di Londra”, la Francia, gli Stati Uniti, la Gran Bretagna e l’URSS costituivano un Tribunale militare internazionale (TMI) per giudicare i criminali di guerra tedeschi.
Lo Statuto annesso a questo Accordo e che è parte integrante dell’Accordo prevede due articoli che conviene ricordare per la buona comprensione del processo in generale come anche gli errori storici commessi da questo tribunale (ivi compreso l’ “affare di Katyn”, tale quale è stato giudicato da questo Tribunale).
Ecco questi articoli tradotti dalla loro versione francese ufficiale, che esige alcune osservazioni che si troveranno più giù:

Articolo 19:
Il Tribunale non sarà vincolato dalle regole tecniche relative all’amministrazione delle prove. Adotterà e applicherà per quanto possibile una procedura rapida e non formale e accetterà ogni mezzo che stimerà abbia un valore probante [da noi evidenziato].

Articolo 21:
Il Tribunale non esigerà che sia addotta la prova di fatti di pubblica notorietà, ma li terrà per acquisiti. Considererà ugualmente come autentiche prove i documenti ed i rapporti ufficiali dei Governi delle Nazioni Unite, ivi compresi quelli redatti dalle Commissioni stabilite nei diversi paesi alleati per le inchieste sui crimini di guerra così come i processi verbali delle udienze e le decisioni dei tribunali militari o altri tribunali di una qualunque delle Nazioni Unite [da noi evidenziato].

L’articolo 19 prevede, secondo il  testo francese, una procedura “rapida”. Si tratta però di un errore di traduzione. Il testo in inglese, a cui si rifarà spesso il presidente del TMI, Lord Justice Lawrence, prevede una procedura “speditiva” (in inglese: “expeditious”).
L’articolo 21 è poco comprensibile per chi ignora ciò che il diritto anglo-sassone intende con “to take judicial notice” (prendere conoscenza d’ufficio o prendere nota d’ufficio). In questo diritto, le parti devono provare tutto tranne ciò che, con il consenso del giudice, non ha bisogno di essere provato perché si tratterebbe di un fatto di notorietà pubblica da considerare per acquisito: per esempio, “il dì succede alla notte”, “la capitale del Regno Unito si chiama Londra”. Ma, nel caso del TMI, si vedrà che i giudici estenderanno l’uso di questa procedura ben al di là dei limiti abituali. La seconda frase dell’articolo 21 arriva fino ad attribuire valore di autentiche prove (un “valore d’ufficio” o “un valore ufficiali”) ad una massa di documenti e di rapporti ufficiali redatti affrettatamente dalle commissioni d’inchiesta o dai tribunali di una qualunque delle Nazioni Unite (le quattro principali nazioni e le altre diciannove nazioni).
Avviene così che il rapporto redatto dalla commissione d’inchiesta sovietica nel gennaio 1944 sull’affare di Katyn ha, l’8 agosto 1945, assunto retroattivamente valore di “autentica prova” indiscutibile, e ciò con l’assenso, nell’ordine, della Francia, degli Stati Uniti, della Gran Bretagna e dell’URSS. Questo documento porta la sigla URSS-54 e figura interamente nel volume XXXIX del TMI (p. 290-332) in una versione tedesca. Esso è stato al centro del dibattito durato circa due giorni consacrato all’affare di Katyn.
Talvolta si è fatto notare, a discarico di questo Tribunale, che nella sentenza finale non figura il nome di Katyn. È esatto. Ma questa sentenza si accontenta spesso di richiamare i crimini tedeschi nella loro generalità. Per esempio, soltanto tre campi di concentramento vi sono nominati: Flossenbürg, Treblinka ed Auschwitz.
L’atto d’accusa, esso, porta esplicitamente:

Nel settembre 1941, undicimila ufficiali polacchi, prigionieri di guerra, furono uccisi nella foresta di Katyn, nei pressi di Smolensk. [1]

Questo atto d’accusa è stato redatto in comune dai quattro pubblici ministeri. Quello della Francia era Edgar Faure. È dunque falso affermare che al processo di Norimberga solo i Sovietici hanno accusato i Tedeschi di questo crimine.
Quel che è vero è che il giudice sovietico, vicino al quale non avevano timore di sedere, per la Francia, il professor Henry Donnedieu de Vabres; per gli Stati Uniti, Francis Biddle; per il Regno Unito, Lord Justice Lawrence, altri non era che il maggior generale I.T.  Nikitchenko, che aveva, nel 1936, presieduto il tribunale dei “processi di Mosca”.
Ugualmente vero è che l’istruzione di questo processo è stata speditiva. Tra l’8 agosto 1945 e l’udienza d’apertura del tribunale il 18 ottobre 1945 sono trascorsi settantuno giorni. È interessante sapere che l’udienza d’apertura è stata tenuta a Berlino sotto la presidenza dello stesso maggior generale Nikitchenko. È durante quest’udienza che si deciderà che:

Lord Justice Lawrence presiederà il processo di Norimberga. [2]

Durante questo processo, i vincitori hanno giudicato il vinto, secondo la loro legge (una legge forgiata in tutta fretta), senza possibilità d’appello, violando il principio di non retroattività delle leggi ed adottando il principio della responsabilità collettiva (ogni membro d’una associazione dichiarata criminale, come per esempio il governo del Reich, lo stato maggiore, le SS, era presunto colpevole, retroattivamente).
Per quanto riguarda la Francia, nell’affare di Katyn:
-      essa ha accusato i Tedeschi di questo crimine;
-      essa ha affermato che il numero delle vittime era di undicimila;
-  essa ha ammesso d’ufficio come “autentica prova” il rapporto della commissione d’inchiesta sovietica dichiarante che i Tedeschi erano colpevoli di questi undicimila assassinii;
-   essa ha ammesso che il presidente del Tribunale, il giudice britannico Lawrence, ostacoli la difesa degli accusati tedeschi;
-      essa ha ammesso che il giudice sovietico (l’ex presidente del tribunale di “processi di Mosca”) intervenga da procuratore.

Conclusione

La Francia, gli Stati Uniti, il Regno Unito e l’Unione sovietico hanno, nell’atto d’accusa comune a queste quattro nazioni, accusato la Germania d’aver assassinato undicimila ufficiali polacchi a Katyn. Poi, queste stesse nazioni hanno alla fin fine giudicato la Germania colpevole di questo assassinio dal momento che esse hanno dichiarato, giustificandosi con l'articolo 21 dello statuto del Tribunale militare internazionale, che il rapporto della commissione d’inchiesta sovietica aveva valore di “autentica prova” indiscutibile ed irrecusabile.

______


Ricapitolazione

(Katyn nel processo del TMI [3])


• Volume I, p. 57: Atto d’accusa stilato da tutti gli Alleati [4]:

Nel settembre 1941, undicimila ufficiali polacchi, prigionieri di guerra, furono uccisi nella foresta di Katyn nei pressi di Smolensk.

N.B. È questa cifra di undicimila che sarà sempre citata; a Katyn, si contavano, infatti, quattromilacentotrentaquattro (o quattromilacentocinquantatrè) cadaveri; altri diecimila Polacchi, internati in altri due campi dell’URSS, sono scomparsi.

• Volume VII, p. 430-433: Parla il colonnello Pokrovski, procuratore generale aggiunto (URSS) (14 febbraio 1946):

La lettura dell’Atto d'accusa ci rivela che uno dei più importanti misfatti di cui devono rispondere i principali criminali di guerra consiste nell’esecuzione di massa da parte degli invasori tedesco-fascisti dei prigionieri di guerra polacchi, nella foresta di Katyn, nei pressi di Smolensk [da noi evidenziato].

La prova presentata è il documento URSS-54, che è il rapporto della commissione speciale sovietica, in data 24 gennaio 1944. Questo rapporto figura, in tedesco, tra i documenti del TMI. [5] Secondo la versione sovietica, le fucilazioni sono state eseguite nel corso dell’autunno 1941 dal reggimento del genio tedesco 537; nella primavera 1943, richiedendo false testimonianze e con altri mezzi, i Tedeschi hanno tentato di attribuire al NKVD sovietico la fucilazione delle undicimila vittime.
La commissione era composta da tredici eminenti personalità, fra cui il metropolita Nicolas (di Kiev), lo stesso che, con il biologo Lyssenko, attesterà che ad Auschwitz vi sono state delle camere a gas omicide (doc. URSS-008 del 6 maggio 1945).
• Volume IX, p. 9-10: Parla l’avvocato di Hermann Göring, dott. Stahmer (8 marzo 1946). Egli dice che non ha ancora ricevuto il documento URSS-54. Sollecita l’autorizzazione di convocare un certo numero di testimoni di quel reggimento del genio nonché il professore Naville:

Il professore Naville, professore di medicina legale all’università di Ginevra, che ha fatto parte all’epoca [aprile 1943] d’una commissione internazionale incaricata di procedere all’esame dei cadaveri a Smolensk, ha stabilito, secondo lo stato di conservazione dei cadaveri e secondo le note ed altre prove del reato trovati nelle tasche degli indumenti, che l’esecuzione risaliva al 1940.

N.B. Nel 1940, la regione era occupata dai Sovietici.
Il presidente, il Britannico Lord Justice Lawrence, chiede all’avvocato tedesco di presentare queste richieste per iscritto. Il Tribunale le esaminerà.
• Volume XII, p. 40: Senza interesse.
• Volume XIII, p. 451-452: Parla il colonnello Pokrovski (11 maggio 1946):

Io non ho assolutamente l’intenzione di trattare a fondo l'avvenimento [sic] di Katyn. Il pubblico ministero sovietico ha, fin dall’inizio, considerato il caso di Katyn come un fatto notoriamente conosciuto, ed il Tribunale, constatando il poco spazio che noi abbiamo riservato a questo crimine nel nostro atto d’accusa, come anche il fatto che non abbiamo letto che alcuni estratti dell’esposizione della commissione, ne ha potuto arguire che non vi attribuiamo che un carattere episodico.

N.B. Con “nostro” atto d’accusa, il procuratore sovietico intende l’atto d’accusa che è comune a “noi” (nell’ordine: Francia, Stati Uniti, Gran Bretagna, URSS). Le parole “un fatto notoriamente conosciuto (il traduttore avrebbe dovuto dire: “un fatto di pubblica notorietà”) rimandano all’articolo 21 dello statuto. Esse significano che il procuratore invoca qui il diritto di non dover dimostrare che il massacro di Katyn è un crimine tedesco perché un rapporto stilato da una commissione alleata (in questo caso: sovietica) stabilisce che tale è la verità. Come si vedrà qui sotto, questo diritto non gli sarà contestato, anche da parte dell’avvocato tedesco dott. Stahmer.

Volume XV, p. 299-303: Parla il generale Rudenko, procuratore generale sovietico (3 giugno 1946) :

Questo documento [il rapporto compilato dalla commissione sovietica] è stato presentato dal pubblico ministero sotto il numero URSS-54, il 14 febbraio 1946, ed è stato accettato dal Tribunale; e secondo l’articolo 21 dello Statuto, non potrebbe essere oggetto di contestazione. [6]

L’avvocato tedesco, dott. Stahmer, dichiara :

Il generale Rudenko desidera rigettare la mia richiesta di prove, invocando, credo, l’articolo 21 dello Statuto. Io non credo che le clausole di questo articolo possano inficiare questa richiesta. È evidentemente esatto che i rapporti ufficiali costituiscono delle specie di prove [7]

Il Presidente interrompe l’avvocato e dichiara:

Dottor Stahmer, credo che il Tribunale ha già deciso che questo articolo non impedisce la citazione di testimoni. Ma oltre l’argomento ricavato dall’articolo 21, il generale Rudenko ha anche fornito le ragioni particolari che si oppongono alla citazione di questi testimoni. [8]

Volume XV, p. 433: Senza interesse.
Volume XVII, p. 277-380: Proprio alla fine dell’udienza del 29 giugno 1946, il presidente fa sapere al dott. Stahmer che egli avrà diritto a far comparire soltanto tre testimoni. L’affare di Katyn occuperà l’udienza di lunedì 1 luglio e buona parte dell’udienza del 2 luglio. Durante tutta la prima giornata e quasi tutta la seconda, il Presidente farà ostruzionismo agli avvocati tedeschi e faciliterà il compito dei Sovietici. Quando un avvocato tedesco, il dott. Laternser, avvocato dello Stato Maggiore tedesco, dirà:

Vorrei domandare al Pubblico Ministero a chi [esattamente a quale accusato] deve essere imputato l’affare di Katyn...,

il presidente risponderà:

Non ho l’intenzione di rispondere a delle domande di questo genere [9].

Il giudice sovietico era il generale Nikitchenko, celebre per aver presieduto i “processi di Mosca” nel 1936.  Egli interverrà in più riprese, alla maniera di un procuratore. [10] Gli avvocati tedeschi potranno far venire alla sbarra solo tre ufficiali tedeschi che si trovavano sul luogo di Katyn nel 1941-1943. Essi non potranno convocare nessun membro della commissione tedesca d’inchiesta o della commissione internazionale d’inchiesta o della commissione polacca d’inchiesta. Nemmeno il professor Naville, svizzero, potrà venire. La tattica degli avvocati tedeschi sarà puramente difensiva.
L’accusa sovietica cambierà bersaglio in tre riprese nel giro di alcune ore. Essa accuserò inizialmente il colonnello Ahrens, del reggimento 537. Successivamente accuserà il predecessore di questo ufficiale tedesco, il colonnello Bedenck. Poi accuserà la SD (Pubblica Sicurezza). La difesa tedesca ne rimarrà frastornata, se ne lamenterà ma il Presidente farà orecchio da mercante. [11] I Sovietici convocano come testimone un professore di astronomia (Boris Bazilevski), ex sindaco aggiunto di Smolensk. Poi faranno venire il professore Markov, un Bulgaro, che aveva fatto parte della Commissione internazionale d’inchiesta e aveva quindi attribuendo la colpa ai i Sovietici. Costui si ritratterà e dirà che la sua perizia non aveva il significato che i Tedeschi le attribuivano. Il terzo testimone sarà il presidente dell’inchiesta sovietica [12].
Il dott. Stahmer otterrà che venga allegato al dossier il “libro bianco” redatto dai Tedeschi nel 1943 che addossava la colpa ai Sovietici ma questo pezzo non avrà che un “valore probante” eventuale (articolo 19 dello Statuto) e non il valore d’una “autentica prova” irrecusabile (articolo 21), come era il caso del rapporto sovietico URSS-54. Questa fondamentale distinzione – e fatale per i Tedeschi – il Presidente la ricorderà [13].

Il 13 aprile 1990 la stampa internazionale annunciava che, secondo le autorità sovietiche, il crimine di Katyn aveva avuto per autori Beria, Merkulov ed i loro agenti del NKVD. Questo camuffamento inflitto alla storia ufficiale, come i vincitori l’avevano scritta a Norimberga e come la legge Fabius alias Gayssot vorrebbe perpetuarla, dimostra una volta di più che non spetta ad un tribunale, foss’anche militare ed internazionale, scrivere la storia.
                                                                                                                       1 agosto 1990

[Pubblicato in Revue d’Histoire Révisionniste n° 2, agosto-ottobre 1990, p. 138-144]

Traduzione a cura di Germana Ruggeri

Note

[1] Procès des grands criminels de guerre devant le Tribunal militaire international, Nuremberg, 14 novembre 1945-1er octobre 1946, edito a Norimberga, 1947-1949, quarantadue volumi; vol. I, p. 57. 
[2] TMI, I, p. 27.
[3] La versione francese de Procès des grands criminels de guerre devant le Tribunal militaire international non conta, in realtà, che quarantuno volumi: l’uno dei due volumi d’indice non è mai stato pubblicato.
[4] Per la Francia, François de Menthon, Auguste Champetier de Ribes, Charles Dubost, Edgar Faure, Serge Fuster (“Casamayor”)…
[5] TMI, XXXIX, p. 290-332.
[6] TMI, vol. XV, p. 300. 
[7] Id., p. 302. 
[8] Ibid.
[9] Id., p. 293. Vedete anche p. 311. 
[10] Id., p. 302-303. 
[11] Id., p. 316. 
[12] Doc. URSS-54.
[13] TMI, XVII, p. 357.

Contre le révisionnisme historique, la loi Fabius alias Gayssot



Le 14 juillet 1990 est paru au Journal officiel de la République française le texte des nouvelles dispositions législatives prises à l’encontre du révisionnisme historique. L’essentiel de ces dispositions tient en les lignes suivantes dont nous soulignons les mots qui paraissent importants :

Seront punis des peines prévues par le sixième alinéa de l’article 24 ceux qui auront contesté, par un des moyens énoncés à l’article 23, l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité tels qu’ils sont définis par l’article 6 du statut du tribunal militaire international annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945 et qui ont été commis soit par les membres d’une organisation déclarée criminelle en application de l’article 9 dudit statut, soit par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction française ou internationale.

Le sixième alinéa de l’article 24 prévoit une peine d’un mois à un an de prison et/ou une amende de deux mille à trois cent mille francs ainsi que l’obligation d’affichage et de publication aux frais du condamné. L’accord de Londres du 8 août 1945 a créé le tribunal militaire international qui allait siéger, à Nuremberg, pour y juger les Allemands et, à Tokyo, pour y juger les Japonais. Des vainqueurs allaient juger des vaincus en vertu, par exemple, des articles 19 et 21 d’un statut prévoyant :

Le Tribunal ne sera pas lié par les règles techniques relatives à l’administration des preuves. [...] Le Tribunal n’exigera pas que soit rapportée la preuve des faits de notoriété publique mais les tiendra pour acquis. 

La nouvelle loi sera d’application difficile à cause du fragment « et qui ont été commis » ; elle exigera, de la part des plaignants, des recherches d’ordre à la fois juridique et historique, qui pourront se révéler infructueuses ; il leur faudra, de plus, se limiter aux ressources offertes par la juridiction « française ou internationale », à l’exclusion des juridictions étrangères (allemande, israélienne, américaine, britannique...). Ils devront, par exemple, chercher des cas de personnes condamnées pour crime de « gazage » ou crime de « génocide » (assassinat dans le cadre d’une politique d’extermination systématique). A supposer que de tels cas précis puissent être trouvés, il faudra les exposer et les analyser. A ce moment-là, on révélera aux yeux de tous, et en particulier à ceux des juges français d’aujourd’hui, l’étendue du désastre : dans tous ces procès, on ne s’était guère soucié d’établir la matérialité des faits, d’expertiser l’arme du crime, de prouver l’existence d’une intention criminelle prenant la forme d’une politique d’extermination systématique. Dans le cas du « procès du Struthof », on avait, par exception, songé à expertiser la prétendue chambre à gaz et les prétendus gazés : les résultats avaient été négatifs. Chaque procès antirévisionniste deviendra pour les révisionnistes l’occasion de démontrer quel degré de cynisme et de désinvolture ont atteint les juges de Nuremberg ainsi que les juges de France qui ont eu à traiter de ces affaires.

Les juges de Nuremberg ont été conduits à qualifier de « vérités établies » les « erreurs » suivantes parmi bien d’autres : 


   – Katyn est un crime allemand (c’est un crime de nos alliés soviétiques) ; 
   – Le nombre des victimes d’Auschwitz s’élève à quatre millions (aujourd’hui on nous dit un million) ;
   – Le total des victimes juives de la seconde guerre mondiale s’élève à cinq millions sept cent mille ou six millions (aujourd’hui ces chiffres sont tenus pour « symboliques ») ; 
   – Les Allemands fabriquaient du savon à partir de graisse humaine (bobard de la première guerre mondiale recyclé en 1945) ;
   – Les Allemands ont fabriqué des têtes réduites ainsi que des abat-jour en peau humaine (la tête réduite montrée au tribunal avait été volée à un musée d’ethnographie ; la peau était de chèvre) ; 
   – A Treblinka, on exterminait les juifs à la vapeur d’eau (on nous dit aujourd’hui : au diesel) ;
   – Hitler a donné l’ordre d’exterminer les juifs (cet ordre n’a jamais existé). 


On serait en droit, au nom de la nouvelle loi, de poursuivre les historiens qui sont aujourd’hui d’accord avec nous pour dire que toutes ces vérités de 1945-46, et bien d’autres encore, sont autant d’erreurs historiques. 


L’un des premiers chez qui ait germé l’idée d’une telle loi semble avoir été l’avocat Serge Klarsfeld. Ce dernier allait, dans les années soixante-dix, lancer en Allemagne le projet d’une loi dite « du mensonge d’Auschwitz ». Au terme de longues années de discussions, le Bundestag votait l’adoption de l’article 194 du code pénal allemand. Contrairement à ce que prétendent ceux qui, en France, suggéreront d’imiter « le modèle allemand », cet article n’est, en définitive, qu’une pâle copie de son projet. L’article 194 n’interdit nullement la contestation des « crimes – du vaincu – contre l’humanité ». Il autorise seulement un procureur à déposer plainte pour dommage causé « au membre d’un groupe qui a été persécuté sous un gouvernement de violence ou d’arbitraire, national-socialiste ou autre » ; le mot « autre » vise, par exemple, le gouvernement d’un pays communiste.

Le premier groupe d’intellectuels qui, en France, ait proclamé son désir de voir instituer dans notre pays une loi spéciale contre le révisionnisme est celui qui s’est constitué autour de Pierre Vidal-Naquet et de François Bédarida, avec Serge Klarsfeld, Georges Wellers (directeur du Monde Juif, revue du CDJC), le grand rabbin Sirat, Mme Ahrweiler, Harlem Désir et J.-P. Azéma. De ces personnes, le bulletin quotidien de l’Agence télégraphique juive du 2 juin 1986 dira, en première page :

Ils ont aussi formulé l’espoir d’une extension à tous les pays européens de la loi allemande interdisant la mise en doute du génocide.

Pour appuyer leur suggestion, ces personnes inventaient une loi qui ne figure nullement dans le code pénal allemand ; l’argument servira souvent par la suite et il a, en grande partie, facilité le passage de la loi française. Cette loi sera-t-elle étendue à « tous les pays européens » ? On peut en douter mais il n’est pas dit qu’avec une bonne orchestration de « carpentrasseries » à répétition on n’y parvienne pas.

En attendant, la France se trouve être le seul pays à avoir une telle législation. 


En 1987, Laurent Fabius prenait l’initiative de proposer au Parlement une « loi contre les négateurs ». Il est le père fondateur de la nouvelle loi. Il n’y a pas à proprement parler de «loi Gayssot» mais une loi « Fabius alias Gayssot ». Le 2 avril 1988, L. Fabius faisait déposer par Georges Sarre une proposition de loi socialiste contre les révisionnistes. C’est cette proposition qui, avec quelques changements, a été glissée dans la loi contre le racisme prévue par le Parti communiste et J.-C. Gayssot.

Dès qu’il est apparu, en 1987, que la France adopterait l’idée de Pierre Vidal-Naquet et de F. Bédarida, ces deux derniers affectaient de prendre leurs distances. 


Trop tard, le train était lancé. 


A l’arrivée, P. Vidal-Naquet recevait la Légion d’honneur. La même livraison du Journal officiel qui publie le texte de la nouvelle loi se trouve annoncer, quelques pages plus loin, l’attribution à P. Vidal-Naquet du grade de chevalier de la Légion d’honneur sur proposition du ministre Jack Lang. 


La République française a donc décidé, le jour même où « la Patrie des droits de l’homme » célèbre sa fête nationale, d’instituer et de fixer une vérité historique officielle, sous la signature de François Mitterrand, maréchaliste éminent, puis grand résistant, juriste de formation.

Cette vérité qu’il faudra respecter – avec la récompense des bons et la punition des méchants – ne porte essentiellement que sur les années 1941-1944. Pour tout le reste de nos quatre mille ans d’histoire, on pourra s’exprimer à peu près librement. 


Des voix s’étaient élevées, y compris dans la communauté juive, contre l’institution d’une telle loi. Mais, quand l’affaire de Carpentras est apparue, ces voix se sont tues et, depuis l’adoption de cette étrange loi, aucun de nos hommes politiques n’a osé saisir le Conseil constitutionnel, présidé, il est vrai, par Robert Badinter, partisan farouche d’une répression du révisionnisme.

Comme le faisait remarquer François Terré, à la veille du vote définitif de la loi par l’Assemblée nationale [1] :

Face à la proposition Gayssot [encore une fois, il faudrait dire : « la proposition Fabius alias Gayssot »] le silence infini de presque tous les juristes, de presque tous les historiens effraie.

Le journaliste Alain Rollat ne connaît pas d’historiens révisionnistes mais seulement de « prétendus historiens révisionnistes » qu’il ne manque pas une occasion de flétrir. Pourtant, dans Le Monde en date du 27 juillet, sous le titre « Une belle occasion manquée », il écrivait :

Mais comment ne pas relever, surtout, pour souligner encore davantage l’absurdité de la situation, que la période parlementaire de printemps s’achève ainsi sous la forme d’un pied de nez, sans que personne ait osé soumettre au Conseil constitutionnel la loi “tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe” ? Voilà un texte qui, d’un point de vue strictement juridique, soulève une question fondamentale, au regard de la liberté d’opinion et d’expression, puisqu’il voue aux tribunaux, en visant les prétendus historiens “révisionnistes”, les citoyens “qui auront contesté l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité”. Or, faute de saisine du Conseil constitutionnel, cette question ne sera pas tranchée. Sauf peut-être, si, un jour, quelque avocat avisé se tourne vers les institutions européennes pour pallier cette anomalie [2]

Ont-ils craint de paraître s’aligner sur le Front national ? Ont-ils eu peur des éventuelles réactions des organisations antiracistes ? En préférant occulter un débat qui méritait pourtant d’avoir lieu dans un pays qui se prévaut de l’état de droit, les parlementaires ont, en tout cas, laissé passer, une nouvelle fois, une belle occasion de rehausser leur image.

Le révisionnisme poursuivra sa route.

La Revue d’histoire révisionniste continuera, sous la forme que décidera son destin [3].


Quelques prises de position hostiles à une loi antirévisionniste

Simone Veil, Joseph Rovan (qui se reniera), Jacques Julliard, Philippe Boucher (trois fois), Théo Klein, Yves Jouffa (qui se reniera), Jacques Chirac (qui se reniera), Le Droit de vivre (qui se reniera), Jean Kahn (qui se reniera), Pierre-André Taguieff, Michel Rocard (qui se reniera), Bernard Cahen, Annie Kriegel (?), Charles Millon...

– Souhaitez-vous l’adoption, par la France, d’une loi transformant en délit toute remise en question de l’existence des chambres à gaz ?

– Non. Il n’existe pas de loi pour interdire d’affirmer que Jeanne d’Arc n’a pas existé ou que Verdun n’a pas eu lieu. Si l’on fait une loi, c’est que le débat est ouvert. Ce n’est pas le cas, même si quelques olibrius prétendent le contraire.

(Propos de Simone Veil recueillis par Dominique de Montvallon, L’Express, 25 septembre 1987, p. 23.)

La France doit-elle imiter la République fédérale et, comme le suggère Charles Pasqua, faire de la négation du génocide un délit ? L’historien Joseph Rovan, l’un des meilleurs spécialistes de l’Allemagne, directeur de la revue Documents, donne son point de vue :

« Je suis contre toutes les lois d’exception. Un nouveau texte législatif donnerait, en France, de l’importance à des phénomènes qui, pour l’instant, ne sont pas contagieux. »

(Propos de Joseph Rovan recueillis par Évelyne Fallot, L’Express, 25 septembre 1987, p. 26.)

L’idée d’une loi réprimant toute dénégation des crimes nazis fait son chemin puisqu’elle paraît avoir séduit des esprits aussi différents que ceux de Charles Pasqua et de François Mitterrand. C’est une fausse bonne idée. Et quel triomphe pour l’antisémite Faurisson, pour tous les pervers et tous les cerveaux malades du révisionnisme que le recours au bras séculier pour venir à bout de leurs aberrations ! Ne leur offrons pas l’injuste privilège de se comparer à Galilée. 

(La chronique de Jacques Julliard, Le Nouvel Observateur, 25 septembre 1987, p. 39.)



Pareille confusion des registres n’est pas moins perceptible dans la suggestion émise par M. Pasqua de faire de la négation des crimes nazis un délit. D’abord parce que, c’est l’humour noir de la chose, cela reviendrait à faire entrer dans la législation pénale française un étrange “délit de révisionnisme”, ce dont feu Joseph Staline pourrait se dire post mortem très satisfait.

Ensuite, au bon prétexte de préserver la morale, ce serait enrégimenter l’histoire. Or celle-ci ne se porte pas bien si sa vérité n’est admise que sous la protection des juges et de la maréchaussée.

Le président de la République a sans doute parlé un peu vite, lorsqu’il a approuvé la semaine dernière sur TF 1 l’idée de “son” ministre de l’Intérieur. Comme si une idée de  ministre de l’Intérieur n’appelait pas l’inventaire avant l’ approbation.

A l’appui de sa proposition, M. Pasqua invoqua l’exemple allemand. Il est dans le vrai. Mais, outre que cela ne change rien à l’affaire, les circonstances allemandes ne sont pas les françaises et il n’est pas besoin d’en dire plus. A suivre un tel précédent, ne faudrait-il pas imiter l’Allemagne (de l’Ouest) dans toutes ses interdictions et, aussi, écarter les communistes de la fonction publique ? A défautde pouvoir établir que le Front national cousine de trop près avec le parti des chemises brunes, hors-la-loi, lui aussi, de l’autre côté du Rhin.

Assurément, il est aussi bête qu’ignoble de nier la réalité des camps de concentration et du génocide qui y fut entrepris ; ou encore de traiter cela du bout des lèvres, comme on le ferait d’une mythologie.

Malheureusement, contester, douter, sont des droits qui ne se divisent pas. Il ne saurait y avoir de canon pour distinguer le doute permis et la contestation légitime. Au risque pour celui qui s’aventure à tort de subir la vindicte et la réprobation qu’appellent ses thèses ou ses soupçons.

Le droit de douter ne peut pas davantage être réservé aux esprits honnêtes et subtils. Quelle loi le dirait ? Il appartient aussi, quoi qu’on en pense, aux crétins et aux malfaisants.


De plus, comme l’a judicieusement fait observer un lecteur du Monde (ils sont décidément très bien !), où devrait-on s’arrêter en pareil chemin ? De quelle sanction faudrait-il punir celui qui soutiendrait que Jeanne d’Arc finit grand-mère et non pas pucelle embrasée ?

De plus encore, à partir de quel critère jugerait-on que le délit est avéré ? Où commencerait la négation ? Où finirait la critique ? Où serait la divergence, ou bien la simple interprétation ? Quand on sait combien il est difficile de prouver le caractère raciste d’un propos (et il en est au moins un pour s’en réjouir), l’arme de la loi est un sabre de bois. S’il n’y avait plus que la loi pour empêcher que l’on doute à haute voix de l’étendue des horreurs nazies, la société  française donnerait des idées d’exil. 

(Philippe Boucher, « Limites », Le Monde, 27-28 septembre 1987, p. 8)



– Pensez-vous nécessaires des sanctions pénales contre la négation des crimes nazis ?
– On ne peut pas édicter des vérités historiques par la voix législative ou réglementaire [4]. On peut, en revanche, condamner ceux qui incitent à des actes criminels ou ceux qui portent atteinte à la mémoire des gens qui ont souffert. Les protections légales peuvent peut-être, sur ces deux points, être améliorées.

(Propos de Théo Klein, président du CRIF, recueillis par Patrick Jarreau, Le Monde, 30 septembre 1987, p. 2.)



D’une part, nous ne pensons pas que la ratification de l’article 24-3 de la loi du 29 juillet 1881 tendant à créer un délit de négation des crimes contre l’Humanité soit de nature à faciliter la lutte contre certains écrits racistes. Par contre, cela risque de poser de sérieux problèmes, tant au regard de la Liberté de la Presse, qu’au regard de la libre recherche universitaire ou historique.

Plus que de modifier la loi du 29 juillet 1881, il serait plus utile que les Parquets exercent systématiquement des poursuites lorsque des écrits manifestement antisémites, ou faisant directement ou indirectement l’apologie des crimes nazis, comme le tract dénommé L’Aigle Noir, leur sont signalés par nos sections.

D’autre part, nous ne pouvons accepter que vous envisagiez de renforcer les pouvoirs de l’Administration en ce qui concerne la saisie des publications.

(« Lettre du Président de la Ligue des Droits de l’homme [Me Yves Jouffa] au ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua », Après-demain, organe de la Ligue des Droits de l’Homme, octobre-novembre 1987, p. 1.)



Les grands esprits se rencontrent. [Ma chronique appelée] « l’Amateur » intitulée « Limites » doutait qu’il fût opportun d’incriminer pénalement les historiens mettant en cause l’existence des chambres à gaz. Au même moment, M. Yves Jouffa, président de la Ligue des droits de l'homme, écrivait ceci à M. Pasqua, auteur d’une telle suggestion : « Nous ne pensons pas que la modification de l’article 24-3 de la loi du 29 juillet 1881, tendant à créer un délit de négation des crimes contre l’humanité, soit de nature à faciliter la lutte contre certains écrits racistes. Par contre, cela risque de poser de sérieux problèmes, tant au regard de la liberté de la presse qu’au regard de la libre recherche universitaire ou historique. Plutôt que de modifier la loi du 29 juillet 1881, il serait plus utile que les parquets exercent systématiquement des poursuites lorsque des écrits manifestement antisémites, ou faisant directement ou indirectement l’apologie des crimes nazis, comme le tract dénommé L’Aigle Noir, leur sont signalés par nos sections. »

(Philippe Boucher, « Odeur »,  Le Monde, 10 octobre 1987, p. 6.)



Une loi existe en RFA qui condamne toute action révisionniste en ce qui concerne la Choa. M. Pasqua, ministre de l’Intérieur, a laissé entendre qu’une telle loi pouvait être proposée en France. Qu’en est-il ?

 Jacques Chirac : 
– Je comprends parfaitement l’indignation légitime de toute la communauté juive, à laquelle s’associe d’ailleurs l’ensemble du peuple français, quand on entend, ici et là, les discours révisionnistes. Je crois qu’il faut tout faire pour sensibiliser l’opinion à la tragédie qu’a été la Choa et faire en sorte que son souvenir ne s’éteigne jamais. Je m’y emploie, et j’ai pris des initiatives dans œ sens. Je ne crois pas pour autant, à titre personnel, qu’il faille aller jusqu’à transformer la négation du génocide en délit passible de sanctions pénales, car cela pourrait s’apparenter au délit d’opinion. Ce ne serait pas, dans mon sentiment, la manière la plus efficace de combattre ces thèses odieuses.

(Propos de Jacques Chirac recueillis par Roger Ascot et Haïm Musicant, L’Arche, novembre 1987, p. 46.)

M. Étienne Trocmé, président de la Conférence des présidents d’universités, président de la fédération du Bas-Rhin de la LICRA, présentait en conclusion une synthèse de ce colloque sur le révisionnisme autour de cinq points :

1) Le colloque a réaffirmé une base solide, une certitude incontournable : Les travaux des Faurisson n’ont aucune valeur scientifique, ils constituent une déformation des documents, une utilisation abusive des sources. On ne peut leur opposer une réfutation scientifique qui s’abaisserait. La véritable réplique aux négateurs est la poursuite d’un travail acharné, historique, sur les témoignages, les documents, les preuves inébranlables de ce phénomène unique.

2) Résister à la tentation de certains d’encourager une loi qui serait suffisante pour réprimer les négateurs. Nous ne sommes pas favorables à une telle loi au nom de nos convictions démocratiques et libérales. En effet, une loi peut être détournée. Quelques condamnations ne réduiraient pas les dangers insidieux de personnes habiles venant des extrêmes de droite ou de gauche qui accuseraient de cacher “une” vérité.

3) Il faudrait entreprendre une réflexion européenne, par exemple dans le cadre du Conseil de l’Europe et de la Commission des droits de l’homme. Une déclaration précisant des règles communes serait plus féconde qu’une législation nationale. La LICRA devrait y réfléchir et en prendre l’initiative dans les prochains mois.


(Colloque de Strasbourg sur le révisionnisme, « Synthèse du président Trocmé. Priorité à l’éducation pour lutter contre les négateurs », Le Droit de vivre, organe de la LICRA, novembre-décembre 1987, p. 19.)



Le ministre a voulu rassurer les élus du Front national sur la portée des amendements introduits par le garde des sceaux, M. Albin Chalandon, en première lecture, amendements qui avaient déclenché la fureur de l’extrême-droite. Le premier condamne l’apologie des crimes contre l’humanité, la loi sur la presse ne réprimant jusqu’à présent que l’apologie des crimes de guerre. Cette nouvelle incrimination « ne modifie en rien les règles applicables à la recherche historique, même quand les conclusions de celles-ci apparaissent comme des plus contestables », a affirmé M. Pandraud, en faisant implicitement allusion aux thèses dites “révisionnistes”. Quant à l’interdiction à l’exposition et à la vente aux mineurs des publications incitant à la haine raciale, le ministre a expliqué qu’il s’agissait avant tout de “protéger la jeunesse”. 

(« La fin de la session parlementaire [...]. Textes définitivement adoptés [...] Répression du trafic de drogue», Le Monde, 22 décembre 1987, p. 10.)

– La loi antiraciste de 1972 constitue-t-elle un arsenal législatif suffisant ?
– Nous avions souhaité qu’elle fût étendue à la négation du génocide et aux falsifications de l’Histoire. Mais les juristes ont estimé que cela aurait été créer un délit d’opinion. Ce qui nous paraît important, aujourd’hui, c’est que dans l’Europe qui se forme, il y ait une harmonisation des législations des divers pays, tendant à combattre la diffamation raciale, l’antisémitisme, les attaques contre les minorités.

(« Un entretien avec M. Jean Kahn, président du CRIF [successeur de Théo Klein] », propos recueillis par Patrick Jarreau et Henri Tincq, Le Monde, 3 octobre 1989, p. 16.)



Ensuite, il y a le cas des révisionnistes. On peut condamner quelqu’un qui fait l’apologie de crimes contre l’humanité ; mais quand ces crimes sont niés, que peut-on faire ? Là aussi, il faudra réfléchir sur la loi de 1972, de manière que l’on puisse poursuivre des gens comme Faurisson sans limiter pour autant la liberté d’expression. Je ne cache pas que c’est un énorme problème. 

(Propos de Pierre-André Taguieff recueillis par Albert Drandov, Politis, 26 octobre 1989, p. 37.)



Pour lutter contre la banalisation de l’antisémitisme, le premier ministre souhaite également créer un délit spécifique sanctionnant la négation des « crimes contre l’humanité ». Mais il ne serait pas question de condamner le révisionnisme, ni même l’apologie du révisionnisme, qui continueraient à être combattus dans le cadre du débat d’opinion. 

(Robert Solé, « M. Rocard suggère de modifier la législation pour mieux combattre le racisme »,  Le Monde, 29 mars 1990, p. 10.)



Propositions donnant lieu à controverses et nécessitant un consensus des familles politiques :

– Faut-il extraire la législation contre le racisme de la loi de 1881 sur la presse, pour la traiter selon la procédure du droit commun ?
– Faut-il créer un délit spécifique sanctionnant la négation des « crimes contre l’humanité » ?
– Faut-il incriminer le mobile raciste ? 


(« Prévenir et réprimer » [le plan que M. Rocard soumettra à ses interlocuteurs politiques], Le Monde, 29 mars 1990, p. 10.)




Il y a de l’Église dans tout cela ; de celle qui, incapable de prouver qu’elle avait raison, fulminait que l’adversaire avait tort par nature. Le racisme a tort, mais c’est d’autant moins aux tribunaux de le dire qu’ils ne le peuvent pas.

Pas plus qu’il n’y a lieu, comme on le prévoit, de les saisir du procès du révisionnisme. Mais comment démontrer que c’est une fausse bonne idée ? Que, saisis d’une telle loi, directement ou plus tard grâce à sa réforme à venir, le conseil constitutionnel pourrait la juger contraire aux principes généraux du droit, en particulier aux libertés de pensée, d’expression et de diffusion ?

Qu’est-ce qu’une société, qu’est-ce qu’une démocratie sans droit à l’erreur, sans droit à la sottise ? Qu’est-ce qu’une démocratie où un comportement jugé erratique par la collectivité vaut qu’on en bannisse son auteur et qu’on rétablisse à son intention la « mort civile » que Napoléon s’était bien gardé de supprimer ? L’horrible société où régnerait la perfection. L’ambitieux gouvernement qui croit y parvenir. L’imprudent gouvernement qui ignore que l’eau pure est médicalement imbuvable.

Contre les historiens fous qui nient l’existence des camps nazis et de leurs millions de morts, faisons donner les historiens sensés qui savent ce qu’il en fut. Si ceux-là devaient ne pas convaincre, croit-on que c’est un articula deloi qui vaincrait là où l’intelligence et l’honnêteté auraient échoué ? N’attendons rien des magistrats qui, étonnante découverte, se prononceront en juges ; c’est-à-dire en droit et non selon l’équité, pour dire le droit et non pas la vérité.

Ce « trop d’État » dont se plaignent les libéraux façon XXe siècle, il est là tout autant que dans l’économie sous la forme d’ailleurs d’un « trop de lois » plutôt que d’un « trop d’action ». Quand on ne sait comment agir, on fait charger la loi. Quand la politique patauge, elle légifère, elle décrète. Elle interdit plutôt que de convaincre. 

(Philippe Boucher, « Vertu »,  Le Monde, 31 mars 1990, p. 15.)



Reste que Michel Rocard n’exclut pas d’alourdir le dispositif répressif en créant un délit spécifique « sanctionnant la négation des crimes contre l’humanité ». La proposition est entourée d’un grand luxe de précautions oratoires tant elle est sujette à controverse. Pour le gouvernement, « seul un large consensus des familles politiques » permettrait de la prendre en considération. On ne cache pas à Matignon que l’on veut à tout prix éviter « le grief dit de l’ “histoire officielle”». Pas question, donc, de condamner le révisionnisme en lui-même.

(« Matignon veut armer la justice contre la haine raciale », Libération, 28 mars 1990, p. 8.)

Bernard Cahen : Sur le principe, je suis opposé à une loi spécifique. Je regrette qu’en démocratie, à chaque fois qu’on vote un nouveau texte, il s’agisse d’un texte répressif. Pour dépasser le débat, je ne crois pas qu’une démocratie puisse vivre longtemps en reposant sur des textes de répression. J’oppose ce principe aux propositions de la LICRA. Nous avons eu un débat au RAJF et nous sommes tombés d’accord sur la conclusion suivante : les textes actuels sont suffisants, ils ont permis de condamner tous les négateurs, il n’y en a pas eu de relaxés pour insuffisance de texte...»


Serge Klarsfeld :... Si. A Auschwitz.

Bernard Cahen : A cause de l’interprétation des magistrats, pas du texte en lui-même. Enfin, nous avons très peur que l’on crée une sorte d’histoire officielle. Ce serait très dangereux. C’est pourquoi je rends hommage à la proposition de la LICRA qui a su éviter cet écueil. J’y suis sensible et c’est la raison pour laquelle je suis prêt à faire un pas.
J’émets une dernière réserve. Ce texte est ce qu’il est aujourd’hui. Comment sera-t-il après les amendements que ne manquera pas de voter l’Assemblée Nationale ?


Patrick Quentin : Limiter un texte nouveau à la Shoah ne correspond pas, à mon sens, à l’esprit du législateur républicain qui est là pour statuer sur des textes d’application générale...

Bernard Cahen :... C’est une loi d’exception qui serait proposée...

Patrick Quentin : Et nous donnerions des arguments grand public à nos ennemis.

(Fragments d’une discussion entre Mes Patrick Quentin, président de la Commission exécutive de la LICRA, Serge Klarsfeld, président de l’Association des Fils et Filles des Déportés juifs de France, et Bernard Cahen, président du Rassemblement des avocats juifs de France,  Actualité juive hebdo, 28 mars 1990, p. 5-6.)

Les effets pervers de cette pratique de l’interdit sont éclatants. En confiant au pouvoir judiciaire la tâche détestable de paraître traquer le délit d’opinion et d’expression, en espérant de la concurrence entre organisations « antiracistes » une obsessionnelle chasse aux sorcières qui présente les mêmes excès que n’importe quelle chasse de cette nature, en s’abritant derrière des institutions juives inquiètes pour légitimer une insupportable police juive de la pensée – par exemple dans un cas navrant récent où on a suspendu un professeur d’université coupable d’avoir laissé s’exprimer un jeune collègue qui exposait des énormités (comme si l’université, depuis vingt ans, n’avait entendu que des propos équilibrés et raisonnables) – Michel Rocard devrait s’interroger en conscience s’il ne se prête pas à une assez répugnante instrumentalisation des concepts de racisme et d’antisémitisme en vue d’objectifs peu avouables. 

(« Sommet » antiraciste aujourd’hui à Matignon. Annie Kriegel : « Le Leurre de l’antisémitisme », Le Figaro, 3 avril 1990, p. 2.)


Charles Pasqua se dit « content » d’être là, suscite des sourires quand il affirme qu’il n’est toujours pas prêt à faire campagne pour les socialistes, reconnaît qu’« il n’est pas facile de combattre le racisme » et se déclare partisan de la qualification d’un délit nouveau pour la négation du génocide. Charles Millon veut croire que désormais le racisme ne pourra plus être un « enjeu partisan » et dénonce « les mouvements qui spéculent sur le racisme comme sur l’antiracisme ». Il dit son opposition à toute « pénalisation du délit de révisionnisme ». Point de vue partagé par Michel Rocard. 

(« Racisme : la table ronde arrondit les angles », Libération, 4 avril 1990, p. 11.)

A l’exception de Charles Pasqua et du CNI, partisans de la qualification d’un délit nouveau pour la négation du génocide, l‘opposition manifeste une grande réticence. 

(Libération, 5 avril 1990, p. 4.)

Au nom du groupe UDF de l’Assemblée nationale, Charles Millon, faisant écho à André Santini, s’interroge, avec le souci de préserver la liberté de la recherche scientifique, sur l’opportunité de sanctionner les “révisionnistes”. 

(Le Monde, 5 avril 1990, p. 9.)



Sur le sujet de la loi antirévisionniste, il est conseillé de lire :


– Georges-Paul Wagner, « Il n’appartient pas aux législateurs d’écrire l’histoire ni aux historiens de dire le droit », Présent, 27 septembre 1989, p. 3 ;

– Gérard Spitéri, « Le PS, le droit d’expression et la lutte antiraciste. Les révisionnistes en prison ? », Le Quotidien de Paris, 16-17 décembre 1989, p. 8.



Lettre circulaire adressée par M. Faurisson 
à sept cents correspondants
le 14 juillet 1989

Monsieur, Madame, 


MM. Laurent Fabius et Jacques Chirac se sont prononcés pour des mesures législatives permettant de poursuivre et de condamner les auteurs d’écrits révisionnistes (Le Monde, 26-27 mars 1989, p. 18). 


Une proposition de loi déposée par les députés socialistes en vue de « combattre les thèses révisionnistes » prévoit contre les auteurs de ces thèses une peine d’emprisonnement d’un mois à un an, une amende de 2.000 à 300.000 F ou l’une de ces deux peines seulement, et les frais afférents de publication judiciaire forcée (Journal officiel, Assemblée Nationale, n° 1247, 2 avril 1988). 


Ainsi la France pourrait-elle légiférer contre la libre recherche historique à l’heure où, aux États-Unis, s’instaure un débat public autour de l’ouvrage d’Arno J. Mayer, historien juif de l’université de Princeton, qui écrit à propos d’ Auschwitz :

Les sources pour l’étude des chambres à gaz sont à la fois rares et douteuses [4]

[Cet ouvrage de cinq cents pages, qui défend la thèse du « judéocide », a été lu en manuscrit par les trois historiens d’origine juive : Raul Hilberg (États-Unis), Hans Mommsen (RFA) et Pierre Vidal-Naquet (France) ; ce dernier tient à y saluer « le plus important effort jamais fait par un historien pour penser l’impensable, de façon critique ».]

Visé, comme bien d’autres, par cette tentative de répression, je me permets de vous poser les questions suivantes : 


1) Approuvez-vous le principe de telles mesures ? 
2) Si vous réprouvez ces mesures (qui conduiraient, par exemple, à envoyer un professeur en prison parce qu’il ne croit pas aux « chambres à gaz »), comment entendez-vous manifester votre réprobation ?
3) M’autorisez-vous à faire état de votre réponse dans l’étude que je me propose de publier sur le sujet ? 


Je vous remercie de l’attention que vous voudrez bien accorder au dossier ci-joint ainsi que de votre réponse à mes questions.


Veuillez recevoir, ...


P.J. :– Texte de la proposition de loi L. Fabius-G. Sarre (deux pages) 
– « Le révisionnisme français après le Rapport Leuchter » (trois pages) 
– « Pour qui ne croirait pas aux chambres à gaz : la prison ! » (deux pages).



Sept premières réponses



MICHEL RACHLINE 
(Secrétaire Général, Directeur des Éditions Albin Michel)

Monsieur le Professeur, J’ai bien reçu les documents que vous m’avez adressés et je vous en remercie. 


J’ai apprécié la subtilité due, je le pense, à une action de votre inconscient concernant la phrase de votre carte de visite : "Pour Michel Rachline [...] et à qui j’offre une dernière occasion d’agir", rectifiée par "à qui s’offre une dernière occasion d’agir".

Pour en terminer avec ces reproches que vous m’adressez souvent, je me permets de vous rappeler que j’ai écrit et publié, en 1974, un ouvrage intitulé : Un Juif libre dans lequel je prenais un certain nombre de positions qui m’ont valu scandales, contestations, semi-persécutions et interdictions d’être vendu dans certaines librairies.

J’y attaquais, entre autres, la politique sioniste, et j’y exprimais instinctivement de sérieux doutes sur les chiffres avancés officiellement des victimes juives dans les camps de concentration.


Depuis, j’ai lu, relu, et relu encore vos textes, et bien que j’aie pu acquérir de la sorte un esprit critique et de très graves inquiétudes quant à la réalité du génocide et des chambres à gaz, je me demande toujours quelle différence peut faire, pour un mort, d’être mort dans une chambre à gaz ou dans de tout autres circonstances, en opposition avec la loi, telles que les camps de concentration. A moins que, ce que vous n’avez jamais fait à ma connaissance, on ne nie également l’existence de tels camps.

Une phrase m’a particulièrement touché dans votre lettre du 1er janvier 1989 intitulée : « Le révisionnisme français après le rapport Leuchter ». Cette phrase de la page 2 indique que le vrai sens du révisionnisme n’a rien à voir avec le racisme. Or, étant abonné à Revision, il n’est pas de lecture que je fasse d’aucun numéro de cette revue qui ne me dégoûte profondément par la trivialité, la stupidité et le racisme constants de ses propos. Si le révisionnisme doit conduire à de telles insanités, alors le révisionnisme est une mauvaise action.

Cependant, votre message a un sens précis. Il s’agit de répondre à trois questions.

Premièrement, concernant la tentative de répression exercée par des parlementaires à travers une proposition deloi nouvelle : je vous réponds donc : je désapprouve le principe de telles mesures, ce qui revient à dire que, si je ne partage pas toujours les vues du révisionnisme, j’estime nécessaire la liberté, qu’elle soit exprimée sous une forme ou sous une autre, selon la forme de pensée de leurs auteurs.

Deuxième question : vous me demandez comment j’entends manifester ma réprobation  : très précisément en répondant à votre troisième question qui consiste à vous autoriser à faire état de mes réponses dans votre étude. En outre, je vous signale que je publierai le 10 septembre prochain un ouvrage dans lequel figure un important chapitre sur la question juive telle que je la conçois, en référence naturellement à la situation créée entre 1933 et aujourd’hui.

Enfin, j’aimerais vous poser à mon tour une dernière question, Monsieur le Professeur, et cette question concerne le rapport Leuchter. Il est, je pense, de notoriété publique que les chambres à gaz prétendues ou non homicides des camps de concentration situés en Pologne, et notamment à Auschwitz et à Birkenau, sont des reconstitutions à l’initiative des Soviétiques ou des Polonais. Dans ces conditions, je vois mal comment M. Leuchter aurait pu déceler dans des reconstitutions des traces d’exécution par les gaz.

Je vous remercie de bien vouloir me donner une réponse à cette question peut-être stupide, et dans l’attente du plaisir de vos nouvelles, je vous renouvelle, Monsieur le Professeur, mon soutien intellectuel pour la liberté de vos entreprises.

Michel Rachline

Cette lettre a été suivie d’un échange de correspondance entre son auteur et son destinataire.



JACQUES ROBICHEZ

Mon cher collègue, 


Je réponds à votre lettre du 14.

Vous savez que je trouve inique la persécution dont vous êtes victime et dont je me suis efforcé, sans succès, de vous défendre quand je présidais le CCU. [6]

Je trouve, d’autre part, insupportable qu’une loi prétende limiter, sur quelque question que ce soit, les droits de la recherche historique.

Mais je regrette que vous ayez, historien de la littérature française, abandonné votre domaine pour vous vouer à l’histoire des chambres à gaz, – ou du mythe des chambres à gaz.

Estimez-vous, oui ou non, qu’Hitler a persécuté les Juifs et que cette persécution était inexcusable ? Si vous dites « pas persécuté » ou « a eu raison de les persécuter », alors je me sépare de vous catégoriquement. Si vous admettez qu’il y a eu persécution, à quoi bon passer sa vie à se demander si les victimes ont été empoisonnées, gazées ou pendues ? Je ne comprends pas cette espèce de monomanie à la Balthazar Claes. Les circonstances de l’exécution du massacre sont évidemment d’une importance mineure par rapport à l’importance majeure du massacre.

Publiez ma réponse, si vous voulez, à condition de la publier intégralement, et croyez, je vous prie, à mes sentiments les plus cordiaux.

Jacques Robichez

Cette lettre d’un professeur honoraire à la Sorbonne a été suivie d’un échange de correspondance entre son auteur et son destinataire.

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MARCEL RENOULET 
(Directeur de publication de « L’Homme Libre »)

Monsieur, 


Voici les réponses aux trois questions que vous me posez par votre lettre en date du 14 juillet 1989. 


1/– Je n’approuve pas le principe de mesures législatives qui seraient une atteinte grave à la liberté individuelle, ainsi qu’aux droits de l’homme, que les politiciens de toutes nuances prétendent défendre ! 
2/– Je compte manifester ma réprobation, chaque fois que j’aurai l’occasion, contre toute condamnation des auteurs d’écrits révisionnistes. 
3/– Je connais particulièrement la question, depuis la publication du livre de mon ami Paul Rassinier : Le Mensonge d’Ulysse. J’avais organisé pour lui une conférence à la Bourse du Travail de Saint-Étienne.

Je vous autorise à faire état de ma réponse dans l’étude que vous devez publier.

Recevez, Monsieur, mes salutations distinguées. 


Marcel Renoulet

Marcel Renoulet est militant anarchiste.

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JACQUES WILLEQUET

Je soussigné, professeur honoraire à l’Université Libre de Bruxelles, déclare qu’au stade actuel de mes recherches, je ne puis m’associer aux thèses de mon collègue Robert Faurisson, parce que je les trouve pointillistes et parcellaires.

Cette circonstance me met d’autant plus à l’aise pour condamner, avec indignation et ahurissement, certaine proposition de loi qui tendrait à considérer comme nuls et non avenus quatre siècles de progrès, à priver davantage encore les historiens de leur liberté académique, à nuire donc gravement à la cause juive elle-même, et à donner une interprétation inattendue de toutes les déclarations officielles qui ont émaillé le bicentenaire de la Révolution française.

Pas la France, ou pas cela.

Jacques Willequet

Jacques Willequet est l’auteur d’ouvrages de référence sur la seconde guerre mondiale. Dans une carte d’accompagnement de cette lettre, il autorisait R. Faurisson à faire état de sa réponse.



GEORGES CONCHON

Cher Monsieur, 


Parce qu’aucun auteur, fût-ce parmi ceux que vous citez, ne m’a porté à douter un instant de l’extermination systématique par les nazis des Juifs et des Tziganes ; parce que, plus précisément, je suis allé il y a peu à Auschwitz, où tout parle de l’holocauste et des chambres à gaz, j’ose espérer que vous ne m’accuserez pas d’aveuglement (ou de lâcheté, mais je ne suis pas historien), si mes réponses à votre questionnaire sont les suivantes :

Question n° 1 : Oui. 
Question n° 2 : Sans objet. 
Question n° 3 : Oui.

Croyez, en tout cas, que je garde un excellent souvenir de notre rencontre au lycée de Clermont-Ferrand.

Georges Conchon

G. Conchon, romancier, « prix Goncourt » 1964, essayiste politique, est mort un an après cette réponse.



VLADIMIR VOLKOFF 

Monsieur,

En réponse à votre lettre du 14 juillet 1989, j’ai l’honneur de vous prier d’abord de m’excuser de ne pas connaître vos travaux, et d’être par conséquent incapable de porter un jugement sur le fond du débat.

Mais, pour répondre à votre première question, il me paraît évident que tout groupe ou toute personne souscrivant à la Déclaration des droits de l’homme se doit de laisser s’exprimer librement toute opinion, quelle qu’elle soit, et qu’il est à la fois absurde et déshonorant pour un soi-disant démocrate d’envisager de poursuivre au pénal un historien, quel qu’il soit, défendant la thèse même la plus invraisemblable ou la plus offensante pour quiconque. Il devrait suffire, me semble-t-il – mais je ne suis pas un homme politique –, de démontrer à l‘opinion publique qu’il se trompe. S’il se trompe.

Absurde et déshonorant, mais non pas inédit, hélas.


Je vous autorise, bien entendu, à « faire état de ma réponse » à condition naturellement de la citer en totalité, et, pour répondre à votre deuxième question, ce sera là ma manière de « manifester ma réprobation ».

Veuillez recevoir, Monsieur, toutes mes salutations.

 Vladimir Volkoff



JACQUES SOUSTELLE 
(de l’Académie Française)

Monsieur le Professeur, 


Je réponds à votre circulaire du 14 juillet, et je le ferai en toute franchise. 


En premier lieu, je suis en désaccord avec vous et avec les « révisionnistes » en général. Je considère qu’il est impossible de nier le fait du génocide, autrement dit la mise en application de la « solution finale » par l’extermination systématique du peuple juif. Je comprends mal l’acharnement que certains apportent à effacer cette réalité. Pour ce qui est des « chambres à gaz », je ne mets pas en doute les témoignages, notamment ceux de déportés que j’ai connus personnellement ; j’ajoute que la controverse sur le point précis de savoir si les millions d’infortunés disparus dans les camps sont morts gazés plutôt que pendus ou fusillés me paraît macabre et déplacée.

En deuxième lieu, je tiens à préciser que le racisme sous toutes ses formes, y compris l’antisémitisme et aussi le racisme anti-occidental et anti-français camouflé en antiracisme, est à mes yeux odieux et condamnable.

Troisièmement, je réprouve toute mesure autoritaire, législative ou policière, tendant à interdire l’expression d’une opinion, même si cette opinion me paraît profondément erronée. Laissons les ayatollahs fanatiques du chiisme dénoncer et menacer de mort quiconque ne pense pas comme eux. Autrement dit, Monsieur le Professeur, je peux me sentir en complet désaccord avec vos thèses, mais je ne saurais admettre qu’on fasse appel à la police ou à la gendarmerie pour vous faire taire.

Ma réponse comporte, vous le voyez, trois éléments que je tiens pour inséparables. Dès lors, à moins de la publier intégralement – et elle est malheureusement fort longue – je n’autorise pas qu’il en soit fait état.

Veuillez agréer, Monsieur le Professeur, l’expression de mes sentiments distingués.

Jacques Soustelle 
de l’Académie Française 




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[Publié dans la RHR, n° 2, août-oct.1990, p. 16-35.]



Notes


[1] Le Figaro, 29 juin 1990, p. 2. 
[2] Le Monde, 27 juillet 1990, p. 6.
[3] Pour les débats au Parlement au sujet de la loi Fabius-Gayssot, on consultera le Journal Officiel (1990) aux dates suivantes : 
    3 mai, Ass. nat., p. 897-973 – 12 juin, Sénat, p. 1445-1464 – 29 juin, Ass. nat., p. 3103-3116, 3122-3142 – 30 juin, Ass. nat., p. 3195-3201 – 30 juin, Sénat, p. 2308-2313 – 1er juillet, Sénat, p. 2341-2344, 2349-2350 – 1er juillet, Ass. nat., p. 3207-3209 – 14 juillet, Lois et décrets, p. 8333-8334.
[4] Maître Klein a sans doute voulu parler de la « voie législative ». Ce Jarreau n’a rien compris. [NdÉ]
[5] A. J. Mayer, Why did the Heavens not Darken? The "Final Solution" in History, New York, Pantheon Books, 1988, p. 362.
[6] Comité consultatif des universités.