Monday, September 28, 1987

Lettre à M. Jacques Chancel

Concerne votre émission "Inforum" 
(Radio-France - France-Inter)
du 18 septembre 1987, 10h30 - 11h30, 
consacrée à Robert Faurisson


Monsieur,

Le 18 septembre, vous m’avez consacré une émission qui devait être contradictoire mais qui ne l’a pas été. Sur votre invitation, que j’avais immédiatement acceptée, je m’étais rendu à Paris pour me voir opposer, en public, M. Gilbert Salomon qui, me disait-on, avait passé deux ans, jour pour jour, à Auschwitz (exactement du 11 avril 1943 au 11 avril 1945) et qui allait apporter des preuves de la réalité des chambres à gaz homicides. Arrivé à Paris, j’ai appris que ma présence à cette émission était jugée indésirable. En accord avec Roland Faure, directeur de votre station, vous estimiez inadmissible en fin de compte tout exposé, quel qu’il fût, de la thèse révisionniste.

Or, vous n’aviez lu aucun écrit révisionniste, ainsi que j’ai pu le constater d’abord lors de notre conversation téléphonique, puis au cours de l’émission elle-même où les rares citations que vous avez faites de mes ouvrages étaient soit fausses, soit de seconde main (soit coupées de leur contexte).

Le seul dédommagement que j’aie pu obtenir de vous, une heure avant l’émission, est l’enregistrement d’une courte déclaration, qui a été effectivement diffusée et dont voici le texte :

J’ai été invité à cette émission qui devait être un débat contradictoire. J’ai immédiatement accepté. Je me suis rendu à Paris. J’apprends maintenant que ma présence est indésirable. Une fois de plus, mes propres arguments seront présentés par la partie adverse. Je suis accusé et mis dans l’impossibilité de me défendre.

Mes arguments pour soutenir qu’il n’a jamais existé de chambre à gaz homicide dans les camps du IIIe Reich sont essentiellement d’ordre physique, chimique, topographique, architectural et documentaire. Je constate que jusqu’ici on y a essentiellement répondu par des insultes, des injures et des invectives. J’ai une question à poser aux responsables et aux participants de cette émission :

A supposer que les chambres à gaz n’aient pas existé, faut-il le dire ou le cacher ?

Vous avez, à plusieurs reprises, interrompu le cours de cette déclaration. Vous n’avez pas répondu à ma question alors que je répondais aux vôtres. Les deux autres participants, M. Gilbert Salomon et le journaliste Michel Meyer, n’y ont pas plus répondu.

Les propos tenus sur mon compte à l’antenne soit par ces deux personnes, soit par M. Roland Faure, soit par vous-même ont été dans l’ensemble injurieux, diffamatoires et parfois d’une telle violence que vous avez pu dire, sans être démenti, que, si j’avais été là, M. Gilbert Salomon m’aurait probablement frappé.

M. Gilbert Salomon m’avait été présenté comme votre ami intime, « presque un frère ». Quand vous m’avez dit au téléphone qu’il avait été interné au camp d’Auschwitz jusqu’au 11 avril 1945, je vous ai tout de suite rétorqué que ce n’était pas possible. En effet, ce camp a été évacué de la plupart de ses internés le 18 janvier 1945 et il a été libéré par les Soviétiques le 27 janvier. Vous avez rapporté cette objection à votre ami. Ce dernier, non sans quelque embarras, a dû alors admettre qu’il avait été transféré d’Auschwitz à Buchenwald dans les derniers mois de la guerre ; c’est dans ce camp que les Américains l’avaient libéré le 11 avril 1945.

Votre ami intime et presque frère vous avait menti sur ce point. Je crains qu’il ne vous ait menti et qu’il n’ait menti aux auditeurs sur bien d’autres points. 

Je vais supposer que M. Gilbert Salomon est bien aujourd’hui cet important homme d’affaires qui préside notamment la société d’import-export de bétail et de viande appelée SOCOPA International à [...] Clichy ; qu’il est né vers le 15 juillet 1929 à Liesdorf et que le « plus jeune frère », dont il nous parlait et qui aurait été gazé à Auschwitz le 11 avril 1943, s’appelait Fredy Salomon, né à Liesdorf vers le 4 juillet 1931. En ce cas, voici ce que j’ai à vous apprendre, sous réserve d’erreurs éventuelles que je vous demanderais de me signaler :

1. votre ami intime et presque frère vous a caché qu’il était arrivé à Auschwitz le 1er mai 1944, soit plus d’un an après la date indiquée ; 

2. son convoi, d’après ce qu’il a dit à l’antenne, aurait compris mille cent personnes et il n’y aurait eu qu’un seul survivant : lui-même. En réalité, il semble que ce convoi ait compris mille quatre personnes et Serge Klarsfeld, dans son Mémorial de la déportation des Juifs de France (Additifs compris), donne les noms de cinquante-et-une personnes qui, dès 1945, sont revenues en France et sont venues spontanément se déclarer vivantes au ministère des prisonniers ; personnellement, j’ai des raisons de croire que le total des rescapés de ce convoi est nettement supérieur et j’ajoute qu’il y a des moyens d’en trouver le vrai chiffre ;

3. dans ledit Mémorial, Gilbert Salomon est comptabilisé comme mort ou gazé ; en conséquence, son nom figure comme tel sur le monument de Jérusalem.

A propos des gazages fictifs, il faut savoir que des personnes comme Simone Veil ou Henri Krasucki (et sa mère) ont été longtemps comptabilisés comme gazés jusqu’au jour où, à cause de la notoriété de ces personnes, il a fallu opérer une révision de leur histoire ; je connais des milliers d’autres cas de faux gazés pour les seuls 75.721 juifs français, juifs étrangers ou juifs apatrides qui ont été déportés de France.

Je souhaite savoir combien de temps Gilbert Salomon est resté à Auschwitz et ce qu’il y a fait exactement (il ne nous en a pas parlé). Que sont devenus les différents membres de sa famille ? Quel type de recherche a-t-il entrepris pour savoir le sort de son jeune frère ? Sur quoi se fonde-t-il pour affirmer que, dans les derniers jours de la guerre, un ordre est venu de Berlin prescrivant l’exécution du plus grand nombre possible de détenus et de témoins ?

On a dit lors de votre émission qu’aucun « bourreau» allemand n’avait osé nier l’existence des chambres à gaz homicides et qu’aucun historien allemand n’avait fait ce que je fais. Me sachant à l’écoute, vous avez lancé : « Vous entendez, M. Faurisson ? » J’ai cherché à vous joindre au téléphone, mais en vain.

Claude Malhuret, secrétaire d’État aux droits de l’homme, vient de déclarer que les chambres à gaz « sont une des clés de l’histoire du XXe siècle » [1]. Je suis d’accord avec lui. Il faut donc étudier cette « clé ». J’ai toujours été ouvert à un débat sur cette question et, contrairement à ce que vous avez insinué sur la foi, je pense, d’un reportage fallacieux d’Annette Lévy-Willard, je ne suis pas homme à me dérober.

Je vous réitère donc mon acceptation, en principe, de tout débat sur la question des chambres à gaz qui, comme l’a reconnu un arrêt de la cour de Paris, constitue un « problème historique » (Affaire LICRA et tous autres contre Faurisson, 1re chambre civile (section A) de la cour d’appel de Paris, 26 avril 1983). La cour a admis que, contrairement à ce que prétendaient les parties adverses, j’avais une « démarche logique » et qu’on ne pouvait trouver dans mes travaux sur les chambres à gaz ni « légèreté », ni « négligence », ni « ignorance délibérée », ni « mensonge ». De cette constatation, elle a tiré la conséquence qu’il fallait garantir à tout Français le droit de répéter ce que je disais. Elle a prononcé :

La valeur des conclusions défendues par M. Faurisson [quant à ce problème] relève donc de la seule appréciation des experts, des historiens et du public.

Il est particulièrement significatif que ces mots viennent de magistrats qui m’ont, en définitive, condamné pour dommage à autrui ; ils l’ont fait en raison de propos qui n’avaient pas, à leurs yeux, de rapport étroit avec le problème des chambres à gaz.

Pour nous révisionnistes, les prétendues chambres à gaz homicides du IIIReich sont un mensonge historique, ce qui signifie que le nombre des menteurs est dérisoire par rapport au nombre des victimes de ce mensonge. J’ai moi-même, jusqu’en 1960, compté parmi ces victimes.

Je crois en votre bonne foi. Je ne crois pas en celle de M. Gilbert Salomon. Avec mon éditeur Pierre Guillaume et avec un nombre croissant de révisionnistes, j’ai la faiblesse de penser que, selon le mot de Me Pierre Pécastaing, « le révisionnisme est l’une des grandes aventures intellectuelles de la fin de ce siècle ».


28 septembre 1987

[1] Le Monde, 16 septembre 1987, p. 8.