Thursday, July 9, 1987

Le révisionnisme historique vu par le journal "Le Monde" (du 12 mai au 9 juillet 1987)


• 12 mai. En page 9 : « Un tract néo-nazi » (« le désormais fameux tract attribué à un “collectif Lyon-Nancy-Strasbourg”, développant les thèses “révisionnistes” sur le génocide des juifs perpétré par les nazis »). 

En page 10 : « Annales d’histoire révisionniste. Une revue met en cause l’extermination des juifs ».

• 13 mai. En page 13 : « Dans un lycée parisien. Qu’est-ce qu’une chambre à gaz ? » 
• 14 mai. En page 12 : « Au tribunal de Paris / Des associations de déportés et la LICRA demandent la saisie des Annales d’histoire révisionniste ».
• 24-25 mai. En page 10 : « L’A.B.C. “révisionniste” sera révisé ». 
• 27 mai. En page 12 : « Les Annales d’histoire révisionniste interdites à la vente ». 
• 30 mai. En page 13 : « Après la publication de lettres “révisionnistes”. Le rédacteur en chef de Libération a présenté sa démission ». 
• 3 juin. En page 12 : « Les éternels malades de l’insulte anonyme » (à propos du « tract des lycéens » et d’un tract sur Élie Wiesel rédigé par (Robert Faurisson, non nommé) « un professeur révisionniste qui a récemment boxé un cameraman de nos confrères de FR3. Ce grand colérique [...] ». 
En même page : « Un tract révisionniste provoque une polémique au lycée Voltaire » (à propos du « tract des lycéens »). 
En page 48 : « Une “direction extraordinaire de la rédaction” est créée à Libération » (à propos des lettres révisionnistes publiées par ce journal). 

• 16 juin. En page 2 : Pierre Vidal-Naquet (« Les degrés dans le crime ») dénonce « la petite bande abjecte qui s’acharne encore aujourd’hui à nier la réalité du crime de génocide ». Le journal publie son texte à la page « Débats » ; il n’y a pas de débat. 
• 18 juin. En page 2, Jacques Baynac et Nadine Fresco (« Comment s’en débarrasser ? Les révisionnistes nient la réalité qui les excède parce qu’elle excède leur théorie ») dénoncent les révisionnistes. Les mots employés sont les suivants : Mentez, mentez... « Le mensonge »...trois mensonges... faux et mensonger... faux et mensonger... mensonge... mensonge... mensongère... pseudo-vérité... mensonge... redresseurs de morts. Le journal publie ce texte à la page « Débats » ; il n’y a pas de débat. Le titre de présentation porte en encadré : « Haine et révisionnisme » et parle de « pestilences ».
En page 14 : « Dans la file d’attente devant le palais de justice [de Lyon]. La mémoire et la rancune » (« un service d’ordre et des barrières métalliques qui débordent devant le palais de justice, juste assez sévère pour décourager des manifestants révisionnistes »).

• 25 juin. En page 33 : dans son compte rendu du procès Barbie, le journaliste rappelle que Me Henri Noguères dénonce « les révisionnistes de l’histoire ». 
• 28-29 juin. En page 17 : une journaliste écrit : « Programmé à la fin du procès Barbie, [Shoah] répond aussi à ceux qui voudraient aujourd’hui “réviser” l’histoire. »
En page 3 : un éditorial consacré au même film porte : « Cinq minutes du film, même prises au hasard, ruinent à elles seules au passage tous les volumes de l’indignité révisionniste ». 

• 2 juillet. En page 8 : « En confiant une mission à M. Hannoun (RPR). M. Malhuret veut relancer l’action contre le racisme et les discriminations ». Cet article contient, en particulier, les deux passages suivants :

Pour M. Malhuret (chargé des droits de l’homme), la loi de 1972 interdisant toute incitation à la discrimination raciale ne suffit plus à la situation actuelle. « Depuis, nous savons que le prix du pétrole a triplé, le chômage s’est installé et les thèses révisionnistes niant l’existence des chambres à gaz se répandent. »

D’autres signes « concomitants » au procès Barbie inquiètent M. Malhuret. Il s’agit des tentatives d’interprétation de l’Histoire touchant à l’existence des chambres à gaz et au génocide juif, de la publication d’annales « tendant à banaliser les actes du génocide ou à comparer le génocide nazi à l’attitude de la France en Algérie », interprétation qu’il qualifie de proche des thèses révisionnistes. Il note également la multiplication des tracts racistes signés notamment « La France propre » ou « Aigle noir ».  

En page 14 : « Cinq millions de Français ont regardé Shoah ». Dans cet article, on peut lire :

Un chiffre qui rend dérisoire la poignée d’irréductibles niant l’holocauste et cherchant à en convaincre les Français. Des tracts révisionnistes circulent en effet, actuellement à Paris, s’ingéniant à remettre en cause l’œuvre de Claude Lanzmann et l’existence des chambres à gaz. La LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) « scandalisée » par la diffusion de ces documents « demande aux autorités de prendre d’urgence toute disposition législative afin que les tentatives de falsification de l’holocauste tombent sous le coup de la loi antiraciste de 1972. »

• 4 juillet. En page 1 : dans son compte rendu du procès Barbie, le journaliste dénonce « le chant des sirènes révisionnistes » et le révisionnisme. 

• 5-6 juillet. En page 7 : « André Frossard : “Le juge silencieux” ». Le journal rapporte un article du Figaro où A. Frossard dit que depuis une vingtaine d’années « toute une jeunesse, remarquablement disposée à accueillir le vrai, n’entendait guère (sur Auschwitz et Treblinka) que le misérable discours du révisionnisme jetant sa pelletée de sarcasmes sur la tombe immense de tant de morts. »
En page 31, Bruno Frappat, rendant compte de Shoah, dénonce « les révisionnistes, les exclueurs de tout poil, les fortes têtes du mensonge et de la falsification, les gangsters de l’histoire ». 

• 9 juillet. En page 10 : « Inculpation du directeur des Annales d’histoire révisionniste. »

9 juillet 1987

Wednesday, July 1, 1987

Note de lecture Dachau : l’heure du vengeur


Howard A. Buechner, Dachau. The Hour of the Avenger. An Eyewitness Account. (Dachau. L’heure du vengeur, compte rendu d’un témoin oculaire), Thunderbird Press (300 Cuddihy Drive, Metairie, Louisiana 70005, USA), 1986, XL-160 p., tirage limité à 500 exemplaires, broché : 13 dollars, relié : 16 dollars + frais de port. 

L’armée américaine a libéré le camp de Dachau le 29 avril 1945, soit la veille du jour où Hitler s’est suicidé. Howard A. Buechner dit qu’il a été l’un des tout premiers Américains à pénétrer dans le camp et à en découvrir l’horreur. Il était officier de santé. Il raconte comment certains de ses compatriotes, bouleversés et indignés par leur découverte, ont procédé avec l’aide de certains détenus à l’assassinat de 520 soldats et officiers allemands désarmés. Il publie des photos  à l’appui. A la page 99, il résume ainsi ce qu’il appelle « le destin de la garnison allemande de Dachau » :

Abattus sur place :                                             122 
Tués par des détenus :                                         40 
Exécutés à la mitrailleuse par « Birdeye » :     12 
Idem par le lieutenant Bushyhead :                 346 
Total des exécutions :                                         520 
Tués au combat :                                                  30 
Évadés (temporairement) :                                 10 
                                                                               ___
                                                     T o t a l :          560

Le principal « vengeur » aurait été Jack Bushyhead. 

L’auteur ne cache pas son estime pour la figure de ce lieutenant, un Indien cherokee né en 1919 dans l’Oklahoma et mort en 1977. 

Certains Allemands ont été tués à coups de pelles, de bâtons ou de crosses de fusil. 

Le général Patton serait personnellement intervenu pour interrompre la procédure judiciaire entamée contre les Américains responsables de ces assassinats et pour détruire certaines pièces du dossier rassemblé par le conseil de guerre [1]

Ces assassinats ne paraissent pas faire de doute ; les photos sont accablantes. En revanche, la détermination du nombre des victimes peut paraître contestable. 

Le paradoxe veut que la plupart de ces victimes n’aient pas été à proprement parler des gardiens du camp, mais des hommes appartenant à une unité allemande venue relever les gardiens d’origine. 

L’auteur croit, comme beaucoup d’Américains, aux gazages homicides de Dachau. Il ignore que, depuis plus de vingt ans, il est admis par les historiens qu’il n’y a eu en fait à Dachau aucun gazage homicide. La pièce qualifiée de « chambre à gaz » n’était probablement qu’une simple salle de douches [2]

A la page 87, on voit l’auteur, peu après la tuerie, demander au lieutenant Bushyhead les raisons exactes d’un acte qui lui semble peut-être contestable. Étonné de cette question, le lieutenant répond notamment à celui qu’il appelle « Doc » (Docteur) :

Doc, have you been to the crematorium ? Have you seen the gas chamber [3] ?

Un détail en passant: l’auteur fait d’intéressantes remarques sur le caractère raciste de l’armée américaine pendant la dernière guerre [4]. Sur le chapitre du racisme, les Américains étaient malvenus à faire la leçon aux Allemands. 

Les autorités de l’actuel musée de Dachau et celles du Comité international de Dachau (sis à Bruxelles) ne pourront pas passer sous silence les révélations de ce livre. Elles chercheront à les contester. Il sera intéressant de voir avec quels arguments. Leur situation devient critique. Elles sont déjà assaillies de questions sur le local dont elles prétendent qu’il est une chambre à gaz qui « ne fut jamais utilisée » ; elles ne parviennent pas à dire de quel droit elles affirment, sans aucune expertise technique à l’appui, qu’il s’agit d’une chambre à gaz. Si maintenant on vient leur demander compte de massacres qu’elles ont toujours passés sous silence, que vont-elles faire ?

D’une manière plus générale, il serait intéressant que tous les musées de tous les camps soient mis dans l’obligation de rappeler les horreurs survenues dans chacun de ces camps lorsque, libérés des malheureux qui s’y trouvaient, on y a concentré des Allemands ou des « collabos ». En particulier, il y aurait beaucoup à dire de ce point de vue sur le Struthof, Dachau, Buchenwald et Oranienburg-Sachsenhausen.

On notera qu’à aucun moment l’auteur n’est effleuré par l’idée que la situation sanitaire catastrophique des déportés à la libération, due à la famine et aux épidémies, pouvait en partie résulter du chaos de la débâcle allemande et ne pas refléter la situation permanente du camp.

On remarquera surtout que l’évocation des atrocités commises par l’ennemi (en l’espèce la prétendue chambre à gaz), loin de servir à éviter que de pareilles atrocités ne se reproduisent, sert au contraire à justifier de nouvelles atrocités, commises en toute bonne conscience.
juillet 1987

_______ 
[Publié dans les AHR, n° 2, été 1987, p. 27-29. Signé : Jessie Aitken.]

[1] H. A. Buechner, Dachau. The Hour of the Avenger, p. 119. 
[2] Voy. R. Faurisson, Mémoire en défense contre ceux qui m'accusent de falsifier l'histoire, Paris, La Vieille Taupe, 1980, p. 200-222. 
[3] « Docteur, avez-vous été au crématoire ? Avez-vous vu la chambre à gaz ? »,
H. A. Buechner, op. cit., p. 87.
[4] Id., p. 45.

Une fédération groupant plus de deux mille journalistes français demande aux autorités judiciaires de faire taire le professeur Faurisson


Le 1er juillet 1987, l’Agence France-Presse (AFP) a diffusé un communiqué, signé de Michel Castex, à l’occasion d’un texte du professeur Faurisson portant sur Shoah, film de Claude Lanzmann. Ce communiqué dit notamment :

Des individus comme Robert Faurisson, estime la Fédération [française des sociétés de journalistes], ne devraient pas pouvoir écrire impunément ce qu’ils écrivent et diffusent. L’infamie et le racisme ont des limites. La déontologie de l’information interdit qu’on puisse écrire n’importe quoi, les contre-vérités les plus folles, au mépris de la vérité et donc de la liberté de savoir, en connaissance de cause [...].

En plein procès Barbie, et alors que les tentatives révisionnistes se multiplient, conclut la Fédération, il est urgent que les autorités judiciaires, au nom du respect de l’information et des Droits de l’homme, sanctionnent de tels tracts infamants et leurs auteurs, en les empêchant de récidiver.

La Fédération française des sociétés de journalistes regroupe plus de vingt sociétés (notamment TF1, Antenne 2, FR3, l’Agence France-Presse, Le Monde, Sud-Ouest, L’Equipe,...), soit plus de deux mille journalistes au total. 

Le 3 juillet, le professeur Faurisson ainsi que Pierre Guillaume et Carlo Mattogno, seront inculpés d’apologie de crimes de guerre et de propagation de fausses nouvelles en raison du contenu du premier numéro des Annales d’histoire révisionniste. Ce numéro, sorti le 9 mai, a été saisi dès le 13 mai [1987]. Le 25 mai, il a fait l’objet d’une ordonnance de référé du juge Pluyette (tribunal de Paris) interdisant d’en poursuivre actuellement la distribution, la diffusion et la vente ; Pierre Guillaume pourra seulement en poursuivre la vente auprès des abonnés.

Dans son numéro du 5-6 juillet, Le Monde publiera (p. 31) un article de Bruno Frappat sur Shoah où seront condamnés, selon les propres termes du journaliste, « les révisionnistes, les exclueurs de tout poil, les fortes têtes du mensonge et de la falsification, les gangsters de l’histoire. »

Une loi est en préparation contre ceux qui « auront tenté de nier l’existence d’éléments constitutifs de ces crimes » (« crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité »). Ainsi ceux qui disent qu’il n’a pas existé de chambres à gaz homicides dans les camps de concentration du IIIe Reich pourront-ils être punis de prison [1]

En préparation également : l’obligation pour les élèves de l’enseignement du second degré de suivre des cours dits d’« Instruction civique et (de) Droits de l’homme » sanctionnés par des examens et, à partir de 1990, par une épreuve au baccalauréat ; ces cours comprendront un enseignement anti-révisionniste ; c’est ce qui ressort de la lecture de divers journaux [2].

1er juillet 1987


[1] Le Droit de vivre, juin-juillet 1987, p. 1, 2, 3, 8, 13-15. 
[2] Information juive, juillet 1987, p. 16, Le Monde, 2 juillet 1987, p. 8. etc.