Sunday, September 1, 1985

Histoire et droit (article paru dans "Le Débat", n° 32)

M. Robert Faurisson, s’estimant mis en cause par les articles de Jean-Denis Bredin et de Georges Kiejman (Le Débat, n° 32) et usant de son droit de réponse, nous prie d’insérer le texte suivant :


Monsieur le Directeur, 

Dans votre livraison n° 32 (p. 92-125), vous publiez une étude de J.-D. Bredin et une étude de G. Kiejman où se trouve longuement évoquée ce que vous appelez l’« affaire Faurisson ». Je rappelle qu’en 1979, sur plainte de la LICRA et de huit autres associations, j’avais été assigné en justice pour dommage à autrui parce que j’avais écrit dans Le Monde que l’existence de prétendues chambres à gaz homicides à Auschwitz ou dans d’autres camps n’était à l’origine qu’une rumeur de guerre. Le 8 juillet 1981, j’étais condamné par un jugement du TGI de Paris. Le 26 avril 1983, la Cour de Paris confirmait ce jugement mais non sans le réformer sensiblement sur le fond. 

Sur l’étude de J.-D. Bredin je ferai cinq remarques :

1. selon lui, j’aurais cherché à esquiver mes responsabilités en disant que je n’étais qu’un critique de textes et documents et non un historien ; en réalité, par unique souci de précision, j’avais dit que j’étais critique de textes et documents et non historien ; il n’y a jamais eu de ne... que ;
2. l’accusation portée contre moi n’était pas en substance celle que J.-D. Bredin rapporte aux pages 100-101 ; j’étais en fait accusé de « falsification de l’Histoire » ; or, les juges ont d’emblée repoussé cette accusation ;
3. il ne mentionne aucun de mes moyens de défense ; 
4. il ne dit pas que, dans ce débat d’histoire, sept personnes (de la gauche libertaire) dont J.-G. Cohn-Bendit, P. Guillaume et S. Thion étaient volontairement intervenues au litige pour m’apporter leur soutien ; 
5. il traite du jugement sans mentionner l’arrêt qui, sur une partie importante du fond, rendait ce jugement caduc.

Les points 2, 3 et 4 peuvent s’expliquer par le fait qu’au lieu de se reporter au texte original du jugement, M. Bredin s’en est remis au texte donné par le « Dalloz-Sirey » ; or, ce texte-là est entaché d’omissions et d’erreurs fautives qui ont valu au « Dalloz-Sirey » d’être condamné par un jugement civil du TGI (23 novembre 1983), confirmé par un arrêt de la cour de Paris (8 mars 1985).

G. Kiejman, lui, traite du jugement et de l’arrêt. Il dit que « Faurisson se voit condamné en tant qu’historien parce qu’il [...] essaie de diffuser une prétendue vérité qui viole l’évidence » (p. 123). Il n’en est rien. G. Kiejman a passé sous silence les considérants finaux de l’arrêt, là où, selon l’usage, la Cour articule les griefs les plus graves ; or, ces griefs sont que : « M. Faurisson, qui s’indigne de ce qu’il nomme "la religion de l’Holocauste", n’a jamais su trouver un mot pour marquer son respect aux victimes en rappelant (persécutions, déportations, millions de morts)» et la Cour, à l’instar du tribunal, dénonce ce qu’elle trouve de dangereux dans mes écrits. Jamais la Cour ne m’a reproché « mille artifices » (ibid.). Son « mais considérant » n’aurait pas dû être remplacé par un « et considérant » (ligne 11) qui fausse le sens. G. Kiejman parle avec insistance de la « ruse » des magistrats. Pour moi, point de ruse, mais une grande clarté. Comme elle le dit elle-même, la Cour a vu qu’il y avait un « problème historique », celui de ces chambres à gaz qui, dit-elle, « à en croire de multiples témoignages, auraient été utilisées (par les Allemands) ». Elle a répondu à mes accusateurs qu’elle n’avait trouvé chez moi ni légèreté, ni négligence, ni ignorance délibérée, ni mensonge ; elle a vu que pour moi, selon ses propres termes, « l’existence des chambres à gaz, telles que décrites habituellement depuis 1945, se heurte à une impossibilité absolue, qui suffirait à elle seule à invalider tous les témoignages existants ou à tout le moins à les frapper de suspicion ». Au vu de mes travaux elle a prononcé : « La valeur des conclusions défendues par M. Faurisson (sur les chambres à gaz) relève donc de la seule appréciation des experts, des historiens et du public. »

En Allemagne et en Afrique du Sud il est interdit de mettre en doute l’existence des chambres à gaz. En France, nous en avons le droit depuis cet arrêt du 26 avril 1983. Voilà qui me semble digne d’intérêt à la fois pour « Le droit, le juge et l’historien » (titre de l’étude de M. Bredin), pour « L’histoire devant ses juges » (titre de l’étude de M. Kiejman) et pour un dossier du Débat intitulé « Histoire et droit ».

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[Publié dans Le Débat, septembre 1985, p. 190-191.]