Friday, October 1, 1982

Céline devant le mensonge du siècle (suite)

Dans Le Bulletin célinien n° 3 (3e trimestre 1982), j’écrivais à la page 4 : 
Je ne me rappelle pas avoir rencontré jusqu’ici sous la plume de Céline une allusion au formidable tabou des « chambres à gaz » homicides.  
Et je croyais que Céline en avait parlé pour la première et la dernière fois dans sa lettre du 30 décembre 1960 adressée à son ami allemand H. Bickler. Or, des lecteurs me font savoir que le sujet avait déjà été abordé par Céline dans certaines de ses lettres adressées dix ans plus tôt à Albert Paraz. Ces lecteurs me signalent à juste titre les pages 312 et 320 du sixième des Cahiers Céline (Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, édition établie et annotée par Jean-Paul Louis, NRF, Gallimard, 469 p., 1980). 
A la page 312 se lit la lettre du 15 [mars 1951], dont voici le premier alinéa : 
Oh mon vieux je prends pas du tout votre lettre contre les chambres à gaz à la légère ! C’est du Donquichottisme foutrement magnifique ! En saloperie d’égoïste, pensant bien à moi si je retournais en France et qu’on m’assassine – (recta !) mon meurtrier acquitté dans les bravos ! aurait pour grande excuse les chambres à gaz ! alors ? Si je suis dans le coup ! Tu causes !
A la page 320 se lit la lettre du 6 [avril 1951], dont voici la dernière ligne où Céline affecte d’entendre les cris hystériques du célèbre Bernard Lecache de la LICA (aujourd’hui devenue LICRA) :
« On vous l’avait bien dit ! assassins ! » fours à gaz ! etc.
Mais c’est à la page 276 que se découvre le plus pertinent commentaire de Céline sur les prétendues « chambres à gaz » homicides de Hitler. En effet, à la fin de cette lettre du 8 [novembre 1950], il écrit à propos de l’auteur du Mensonge d’Ulysse, livre où Rassinier commence tout juste à mettre en doute la réalité de ces abattoirs humains :
Rassinier est certainement un honnête homme... il ne va pas te compromettre plus oultre... dans ton état ! Ça suffit ! Son livre se vend-il ? Est-il content du système direct [de vente]? Son livre, admirable, va faire gd bruit – quand même. Il tend à faire douter de la magique chambre à gaz ! ce n’est pas peu ! Tout un monde de haine va être forcé de glapir à l’Iconoclaste ! C’était tout la chambre à gaz ! Ça permettait TOUT ! Il faut que le diable trouve autre chose... Oh je suis tranquille !
Ainsi donc, dès 1950, l’intuition de Céline lui inspirait de sérieux doutes quant à la réalité matérielle des « chambres à gaz » homicides de Hitler. Dès 1950, il analysait parfaitement le caractère spécifique de ce mensonge : ce mensonge est « TOUT » en ce qu’il permet d’accréditer que la somme entière des horreurs infligées à l’Allemagne, au Japon et à leurs alliés ne peut en aucun cas atteindre l’horreur de ces massacres concertés dans des abattoirs humains ; ce mensonge est « TOUT » en ce qu’il accrédite un autre mensonge, celui du « génocide », car sans l’instrument exceptionnel, où serait le crime si exceptionnel que, pour le désigner, il a fallu à un sioniste américain inventer le mot de « génocide » vers 1943 ? Ce mensonge permet « TOUT » en ce qu’il excuse d’avance les pires infamies à l’endroit du vaincu : responsabilité collective, rétroactivité des lois, dispense de preuves techniques, poursuites judiciaires jusqu’au bout de la terre et jusqu’à plus soif de ceux qu’on qualifie d’avance de « criminels de guerre », étant bien entendu qu’Oradour (six cent quarante-deux morts) est un atroce « crime de guerre », tandis que Dresde (cent trente-cinq mille morts, le plus grand crématoire du monde) n’est qu’un fait de guerre. Ce mensonge permet d’avance toutes les épurations, y compris la censure de facto de trois livres du plus grand de nos écrivains : Céline lui-même. Pour caractériser cette invention de la propagande de guerre qui, dans l’Allemagne d’aujourd’hui, a force de loi, Céline découvre l’adjectif de « magique ». Quelle merveille que le choix de ce mot ! Les « chambres à gaz » d’Auschwitz et d’ailleurs n’ont aucune consistance réelle ; mis à part les grossiers trucages pour touristes, on n’en possède pas le moindre fragment, le moindre indice, la moindre pièce à conviction ; elles sont des objets magiques à la façon des soucoupes volantes. Elles sont au cœur d’une religion diabolique faite de haine et de vengeance jusqu’à la fin des temps : magie noire de l’« Holocauste ». Elles ont servi de fondement à une gigantesque escroquerie politico-financière avec la création d’un état colonial abreuvé de colossales « réparations » financières [1] : magie des opérations frauduleuses menées dans les hautes sphères du monde politique et financier. Elles permettent de culpabiliser la terre presque entière et elles autorisent un état colonial, et des minorités qui soutiennent cet état, à faire ce qu’il leur plaît au risque de mettre le feu à la planète : magie de mots-talismans comme « Auschwitz », « génocide » ou « Holocauste » pour bloquer toute discussion et pour avancer ses propres pièces. Elles paralysent tout effort de recherche historique honnête, toute vérification des faits, toute intervention en faveur du droit au doute et à la recherche ; on passe pour diabolique si l’on paraît émettre le moindre doute sur leur existence : c’est de la diablerie, de la sorcellerie, de la magie. Hitler brûle éternellement au milieu de pals, de grils, de fours et, surtout, de magiques « chambres à gaz » qui sont capables de prouesses que récusent absolument toutes les données des sciences physico-chimiques. Superbe et nauséabonde magie des dix mille procès de sorcellerie ! Depuis bien des années, je cherchais un adjectif à la fois riche de sens et très simple pour qualifier ces « chambres à gaz ». Céline m’offre celui de « magiques ». Il convient à merveille. Je le garde et n’en chercherai plus d’autre.
 1er octobre 1982
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[1] Voy. « Nahum Goldmann : au nom d’Israël », dans Le Nouvel Observateur du 25-29 octobre 1976, p. 120 et suivantes.

[Publié dans Le Bulletin célinien, Bruxelles, n° 4, 4e trimestre 1982, p. 5-6. Voir aussi, plus haut, à la date du 1er juin 1982, «  Céline devant le mensonge du siècle », Ecrits révisionnistes (1974-1998), vol. I, p. 315, ainsi que, dans le vol. II du même ouvrage, deux autres textes  : un article de mars 1984 (« Précisions sur 'Céline devant le mensonge du siècle' », p. 483) et une « Lettre à Marc Laudelot, éditeur du Bulletin célinien » en date du 30 octobre 1989 (p. 928).]