Friday, July 1, 1977

Comment travaille le journaliste Pierre Viansson-Ponté


« Le Mensonge » : tel est le titre que M. Viansson-Ponté, journaliste du Monde, vient de donner à son compte rendu d’une brochure anglaise (traduite en français), où se trouve niée l’existence réelle à la fois des « chambres à gaz » hitlériennes et du « génocide » des juifs.

L’édition de cette brochure en français s’intitule maladroitement et avec une faute d’orthographe : Six millions de morts le sont-ils réel[l]ement ? Le journaliste dit que c’est la publication d’« une “Historical Review Press”, qui a son siège à Richmond, dans le Surrey, et que son auteur est un écrivain nommé Richard E. Harwood ».

Le compte rendu se trouve à la page 13 du numéro du Monde daté 17-18 juillet 1977 (voy. copie ci-jointe). Il comprend quinze alinéas.

Alinéa 1. Le journaliste dit que cette brochure porte « en guise de signature, la mention "Historical Fact n° 1”. »

Remarque : Il ne s’agit pas d’une manière de signature. Cette formule, encadrée, annonce le titre ! La signature apparaît en page 3a : « Richard E. Harwood ».

Alinéa 2. Le journaliste ne donne pas à son lecteur une référence qui lui permettre de se procurer cette brochure, de la lire et de s’en faire une opinion personnelle. Cette référence s’imposait d’autant plus que, de l’avis même du journaliste, la maison d’édition n’est pas connue ; elle serait « une "Historical Review Press" » (voy. ci-dessus).

Alinéa 3. Le journaliste dit que « cette brochure est assez largement diffusée, gratuitement bien sûr ».

Remarque : Le journaliste n’explique pas le sens de ce « bien sûr ».

Alinéa 4. Le journaliste dit que « six millions de Juifs ont été victimes du génocide perpétré par les nazis ». Il ajoute que le nier serait vraiment « trop énorme ».

Remarque : Ce chiffre, ce « génocide », cette « énormité », le journaliste les pose comme trois évidences, qui ne souffrent pas la discussion.

Alinéa 5. Le journaliste dit que, pour R.E. Harwood (R. E. H.), « les nazis, n’ont nullement exterminé, entre 1939 et 1945, six millions de juifs, mais tout au plus “quelques milliers” ».

Remarque : En réalité, ainsi que le journaliste le précisera dans la phrase qui suit celle-ci, R. E. H. dit qu’aucun Juif n’a été la victime d’une volonté d’extermination. Quant au chiffre des pertes juives (comme on dit : « les pertes alliées » ou « les pertes des populations civiles allemandes », par exemple) durant la Seconde Guerre mondiale, il ne fait de la part de R. E. H., l'objet que d’estimations si confuses et si contradictoires qu’on ne s’y reconnaît pas. Comparant, p. 8a, deux statistiques américaines, l'une de 1938 et l’autre de 1948, il en déduit que ces statistiques ne permettent qu’un chiffrage « par milliers ». Mais, p. 34a, il paraît situer ces pertes autour d’un million quand il cite, d’une part le maximum de 1,2 million calculé par Paul Rassinier, et, d’autre part, le chiffre de 896.892 morts trouvé – prétend R. E. H. – par Raul Hilberg. Enfin, à la page 35, il estime à 300.000 le nombre de « personnes qui moururent dans des prisons et des camps de concentration entre 1939 et 1945, victimes de persécutions politiques, raciales ou religieuses ». Il ajoute que « toutes ces victimes n’étaient pas juives ». Il est à noter, en passant, que R. E. H. attribue cette statistique à la Croix-Rouge internationale et qu’il renvoie son lecteur à Die Tat, numéro du 19 janvier 1955 (Zurich). Or, vérification faite, s’il apparaît vraisemblable que cette statistique provient en effet de la CRI, il faut dire que Die Tat ne le précise pas et surtout que le chiffre de 300.000 est celui des victimes allemandes, y compris les juifs allemands. (Remarque à propos de ce chiffre : ce chiffre est considérablement exagéré. Le nombre des victimes recensées – c’est-à-dire – le seul nombre qu’un historien puisse retenir des « victimes de la persécution nationale-socialiste » – s’élevait au 31 décembre 1976 à 357.190, dont près de 51.000 pour les camps et sous-camps d’Auschwitz [1])

Alinéa 5 (bis). Le journaliste ajoute : « Encore pour R. E. H., ces Juifs-là n’ont-ils pas été massacrés, fusillés, exécutés, gazés, brûlés, assassinés. » Ils n’ont été les victimes que d’épidémies et de famine, comme les Allemands, à cause des Alliés.

Remarque : R. E. H. mentionne en effet le typhus, les maladies ou épidémies, la faim ou la famine. Mais il cite encore les Juifs morts dans les guerres de partisans (p. 15a) ou lors du « soulèvement dramatique du ghetto de Varsovie » (p. 20b). Il ne dit nulle part que les juifs, par une sorte de privilège, auraient échappé aux horreurs communes de la guerre (prises d’otages, exécutions, attentats, bombardements). Ce qu’il dit en revanche (le point sur lequel il insiste et sur lequel il défie qu’on lui oppose un démenti), c’est qu’Hitler n’a jamais donné l’ordre de tuer qui que ce fût en raison de sa race ou de sa religion. Il ajoute que parler, comme on le fait parfois d’un « ordre oral » ou de « formules enveloppées », cela revient à spéculer. Il insiste sur le fait que la qualité de juif pouvait valoir internement et même déportation, mais non pas la mort. Il y a eu des camps de concentration, mais il n’y a pas eu de camps d’extermination. Les fours crématoires ont existé : on y brûlait des cadavres, au lieu de les enterrer. Les « chambres à gaz » sont une totale invention de la propagande de guerre.

Alinéa 6. Le journaliste dit que, pour R. E. H., « en 1939, il ne restait plus, en Allemagne, en Autriche et dans les pays d’Europe qui allaient être envahis par l’armée allemande, que trois millions de Juifs tout au plus, au lieu de neuf millions dix ans plus tôt ».

Remarque : L’historien ne parle pas de 1929 (1939 moins dix ans = 1929). Il dit qu’en 1933 il y avait, dans cette partie du monde, 6.500.000 juifs, chiffre que des émigrations successives vers l’Ouest, le Sud et, surtout à partir de 1941, vers l’intérieur de l’URSS, ont réduit vers cette époque à trois ou quatre millions (p. 35a : quatre millions ; p. 35b : trois millions).

Alinéa 7. Le journaliste dit vrai, à quelques détails près.

Alinéa 8. Le journaliste dit que, pour R. E. H. : « Ces camps n’étaient que des centres de production, bien organisés et bien tenus. On y était astreint au travail, c’est vrai, mais bien traité, bien nourri, bien soigné sauf peut-être dans quelques-uns vers la fin de la guerre. »

Remarque : Le journaliste dit vrai, en substance. L’historien minimise les souffrances de certains déportés dans certains camps. Il n’a retenu que des témoignages qui allaient dans son sens. Il a voulu démontrer qu’on s’était rendu coupable de colossales exagérations, dans la description de la vie des camps. Tenant compte de ce qui lui apparaissait comme trente ans d’une propagande d’horreurs, il a rappelé certains points des déclarations de Margaret Buber (-Neumann), de Charlotte Bormann (p. 25b), du Dr Barton (p. 29a-b) et de « centaines de déclarations sous serment faites pour les procès de Nuremberg » mais non mises en évidence (p. 28b). A propos de Bergen-Belsen (la plupart des photos d’horreur concernent ce camp partiellement hôpital), il parle de « chaos » à la fin de la guerre (p. 28b). 

Alinéa 8 (bis). Le journaliste dit que, pour R. E. H., aucun camp de concentration « n’a jamais comporté de "chambres à gaz", ni de véritables fours crématoires ».

Remarque : R. E. H. dit qu’il n’a pas existé une seule de ces monstruosités baptisées « chambres à gaz ». En revanche, il dit, sans équivoque, que des cadavres étaient brûlés dans des fours crématoires, de vrais fours crématoires, au lieu d’être enterrés. Il écrit : « Christophersen (auteur de le Mensonge d’Auschwitz, 1973) reconnaît qu’il devait certainement y avoir des fours crématoires à Auschwitz puisque 200.000 personnes vivaient dans ce camp et qu’il y a des fours crématoires dans toutes les grandes villes de 200.000 habitants » (p. 20a). Il écrit encore, parlant de l’unique four crématoire de Dachau : « [Il écrit] semblable aux fours crématoires utilisés actuellement dans tous les cimetières ; on l’employait tout simplement pour incinérer les cadavres des personnes mortes au camp à la suite de diverses causes naturelles, de maladies infectieuses spécialement. Ce fait fut prouvé d’une façon concluante par le cardinal Faulhaber, archevêque de Munich. Il fit savoir aux Américains [après la guerre] que trente mille personnes avaient été tuées à Munich au cours des bombardements alliés de septembre 1944. L’archevêque demanda alors [à l’époque] aux autorités allemandes d’incinérer les corps des victimes dans le four crématoire de Dachau, mais on lui répondit que c’était impossible puisqu’il n’y avait qu’un seul four qui ne pouvait pas incinérer autant de cadavres. » (p. 27a).

Alinéa 8 (ter). Le journaliste prête à R. E. H. la pensée suivante : « Mensonges, calomnies, que tous les récits fabriqués de toutes pièces, les photos truquées, les livres et les films qui présentent ces camps comme des lieux d’extermination, de torture et de mort. »

Remarque : Tout au long de sa brochure, l'historien donne des exemples spectaculaires de cette industrie du faux. Le Tribunal de Nuremberg [art. 19 des statuts] autorisait cyniquement l’usage du faux : « On décréta que “le Tribunal ne serait pas lié par des règles techniques de preuve”. » (p. 12a.) On se priva d’autant moins de fabriquer des faux qu’aucune poursuite judiciaire n’était possible pour usage de faux. Le commerce s’en mêla. Dans certains cas, même les Juifs s’émurent de la prolifération de ces faux : ex. : Au nom de tous les miens, de Martin Gray (p. 25a-b). L’historien traite de faux tous les mémoires, « aveux » ou « confessions » qui présentent les camps comme des lieux d’« extermination ». Les exemples qu’il donne paraissent sans réplique (Hoess, Gerstein, Nyiszli, l'étonnant montage photographique de sa page 30a, etc., etc.). Dans un seul cas, son argumentation est sans valeur : dans celui du Journal de Anne Frank. Ce Journal est une supercherie littéraire aisément démontrable par d’autres moyens que celui qu’emploie R.E.H.

Alinéa 9. Le journaliste parle d’« un tourbillon de citations où se mêlent sans qu’on puisse s’y reconnaître la Croix-Rouge internationale le journal Die Tat de Zurich dans son numéro du 19 janvier 1955, etc. ».

Remarque : On peut se demander quel est le sens de ces mots à supposer qu’ils en aient un. Le journaliste se plaindrait-il de ce qu’il y a trop de citations ?

Alinéa 10. Le journaliste dit que R. E. H. étaye sa démonstration par des « citations d’auteurs connus ou inconnus, obscurs ou imaginaires ».

Remarque : Le journaliste, ne citant aucun exemple à l’appui de son affirmation, on ne peut savoir ce qu’il entend par « auteurs inconnus » et surtout « imaginaires ».

Alinéa 10 (bis). Le journaliste dit que, pour R. E. H., « tous les aveux de nazis » ont été « extorqués par la torture, systématiquement pratiquée par les Alliés après la défaite du Reich ».

Remarque : Le journaliste omet de dire que les Américains eux-mêmes ont eu l’honnêteté de reconnaître qu’ils avaient fait un emploi systématique des tortures les plus graves dans de nombreux cas. Voy. prison de Schwäbisch Hall, procès de Malmédy, Sepp Dietrich, Jochen Peiper, Oswald Pohl, commission Simpson, juge Edward L. van Roden déclarant : « Sur les 139 cas de notre enquête, 137 de ces soldats allemands [dans la seule affaire de Malmédy] avaient reçu des coups de pied dans les testicules qui leur avaient laissé des blessures inguérissables. C’était un moyen standard utilisé dans ces interrogatoires par ces Américains. » [...] « Des hommes forts furent réduits à l’état d’épaves humaines prêtes à marmotter n’importe quels aveux exigés par le ministère public. » (p. 13a-b.) L’historien évoque bien d’autres cas patents de torture pratiquée par les Alliés et, spécialement, par les Polonais et les Soviétiques (cas Wisliceny, [Ohlendorf], Rudolf Hœss...). Pour expliquer des cas extravagants comme ceux, par exemple, de responsables « avouant » l'existence de « chambres à gaz » dans des camps où les Alliés ont fini par admettre... qu’il n’y avait pas eu de ces « chambres », l'historien ne limite pas ses explications à des explications par la torture. Il parle également d’« aveux » « sous la contrainte », « ou parce qu’on [avait] promis [aux accusés] des peines réduites ». Voy. p. 16b, l'affaire Bach-Zelewski. La menace de livrer un accusé aux Polonais ou aux Soviétiques, le chantage de la suppression des cartes d’alimentation accordées aux familles des accusés, les mesures de rétorsion brandies contre le soldat si l’officier n’« avoue » pas, et vice versa, la formidable pression morale que font peser sur un accusé la justice et l’appareil judiciaire de son vainqueur, le courage héroïque qu’il faut à des témoins à décharge pour venir défendre des « criminels » jugés d’avance et sans appel : tous ces éléments et bien d’autres, soit que l’historien les précise de lui-même, soit qu’ils apparaissent à l’évidence quand on garde présent à l’esprit ce qu’il dit sur d’autres sujets que les « aveux », constituent des explications à ces mêmes « aveux » ou « témoignages ».

Alinéa 10 (ter). Le journaliste dit que, dans la brochure de R. E. H., on « trouve une foule de références impressionnantes, évidemment invérifiables ou alors, si on tente de contrôler l’une de celles qui, exceptionnellement, peuvent l’être, grossièrement truquées ».

Remarque : Le journaliste ne fournit aucun exemple à l’appui de cette affirmation (voy. en effet, notre remarque sur « Un exemple », à l’alinéa suivant). On aimerait d’ailleurs savoir ce qu’est une référence « invérifiable » (le journaliste a-t-il voulu dire : « incomplète » ?) et, surtout, une « référence évidemment invérifiable ».

Alinéa 11. Le journaliste écrit : « Un exemple : la brochure se réfère à l’"éminent historien américain Harry Elmer Barnes" (?) qui, dans Rampart Journal (??) au cours de l’été 1967, aurait écrit en substance – mais la citation est évidemment donnée entre guillemets – qu’il n’y avait pas eu d’extermination systématique dans les “camps de la mort”. »

Remarque : Harry Elmer Barnes a été un historien de réputation internationale. Ses publications, en trente ans de carrière universitaire, ont été très nombreuses. Un livre d’hommages vient de lui être consacré par ses anciens élèves et disciples. Il compte 884 pages (Hardback éd.). Rampart Journal of Individualist Thought n’est pas une publication fictive. La référence « été 1967 » est exacte (vol. 3, n° 2). L’article de H. E. B. s’y intitule « The Public Stake in Revisionism » (p. 19-41). Nulle part R. E. H. ne prétend citer H. E. B. « en substance » pour aller ensuite le citer « entre guillemets » ! D’emblée, il cite entre guillemets H. E. B. Quant au passage cité, il n’a nullement le sens qu’y trouve le journaliste. Ce passage, d’une importance capitale, montre que, tout de suite après la guerre, les vainqueurs onttenté de faire passer certains camps de l’Ouest pour des camps, non pas de simple concentration mais d’extermination (Dachau, Buchenwald, etc.). Puis, quand il fut démontré que l’accusation n’était pas soutenable, on la reporta sur les camps de l’Est. Or, comme le remarque R. E. H., ces camps, et notamment ceux du complexe d’Auschwitz, n’étaient toujours pas visitables plusieurs années après la fin de la guerre. Par conséquent, le passage cité entre guillemets a la valeur d’un avertissement et d’un rappel salutaire pour quiconque oublierait cette « méprise » de l’immédiat après-guerre où Buchenwald l’emportait sur Auschwitz dans la propagande d’horreurs.

Alinéa 11 (bis). Le journaliste, après avoir fait suivre d’un point d’interrogation le nom d’H.E. Barnes, puis de deux points d’interrogation, celui de Rampart Journal, place trois points d’interrogation après celui de Berta Schirotschin.

Remarque : On ne peut tenir rigueur à l’historien de ce que tous les noms des détenus de Dachau ne soient pas universellement connus. Citant Ernst Ruff, Jan Piechowiak et Berta Schirotschin, il prend soin d’indiquer pour chacun sa qualité ou son emploi au camp de Dachau.

Alinéas 12 à 15. Ces quatre derniers alinéas n’appellent pas de remarques particulières. Le journaliste y exprime son opinion sur une brochure que, comme on a pu le constater, il a très superficiellement parcourue. Son jugement s’exprime dans les termes suivants : « stupide » « fantastique », « monstrueux de bêtise autant que d’ignominie », « cette sale brochure », « envie de vomir », « allégations aussi inouïes », « aveuglé », « imbécile », « funambulesques énormités », « ignorant », « très sot », « charlatans, marchands d’orviétan, escrocs de tout poil », « mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ». Pour terminer le journaliste renouvelle l’expression de sa foi en l’horreur des camps de concentration et d’extermination.

1er juillet 1977


[1] Voy. Service international de recherches, D-3548 Arolsen, exposé présenté par A. de Coquatrix, directeur du S.I.R. à la conférence de Vienne le 12 avril 1977, 11 pages.