Tuesday, February 18, 1975

Exposé du préjudice subi


J’estime avoir été insulté et diffamé, à l’occasion de l’exercice de mes fonctions, par le fait d’instances administratives à l’occasion, elles-mêmes, de l’exercice de leurs propres fonctions. Elles m’ont laissé insulter par voie d’affiche sans intervenir si peu que ce fût. Elles ont surtout pris à mon endroit une série de graves décisions qui m’attaquaient dans mon honneur et dans ma délicatesse, qui portent atteinte à ma réputation de professeur et de chercheur et qui, sans préjudice du retentissement possible des effets de ces décisions sur la suite de ma carrière, entravent mon libre exercice de la profession. J’ai été insulté publiquement par voie d’affiche sur le lieu de mes fonctions. J’ai été diffamé en séance publique le 25 juin 1974. J’ai été diffamé par voie de presse, le 5 juillet 1974, par le président de mon université. J’ai été à nouveau diffamé, le 8 octobre 1974, par le conseil de mon UER.

A un article diffamatoire paru dans un magazine de diffusion limitée, la Sorbonne Nouvelle a donné une extension considérable. Par la diffusion du Procès-Verbal de la séance du 25 juin 1974, elle a saisi de l’affaire Faurisson, tout le personnel auxiliaire, technique, ouvrier et de service de « Censier », tous les étudiants, tous les collègues. Des incidents s’en sont suivis sur les lieux mêmes, en juin et en octobre 1974. Des collègues ont pris parti pour ou contre moi. Excipant de la condamnation de la Sorbonne, mon syndicat – auquel j’appartenais depuis vingt-deux ans (SNES d’abord, puis SNESup) – m’a exclu sans même m’entendre. A Lyon, la section syndicale du SNESup a approuvé cette décision, sans m’entendre non plus. Comment d’ailleurs ne pas les comprendre ? Ils supposent, en toute bonne foi, que si le président du Conseil de l’Université de la Sorbonne Nouvelle et son président m’avaient condamné à l’unanimité, ce ne pouvait être qu’en s’entourant de toutes les précautions qui s’imposaient : enquête préalable, audition de l’intéressé, etc. A Lyon, cette condamnation et cette exclusion me valent de la part de jeunes collègues une subite mise en quarantaine. Là encore des incidents – très limités il est vrai – se sont produits.


L’approbation en quelque sorte accordée par le président de la S.N. à Tribune juive-Hebdo a déclenché durant le second semestre de l’année 1974 un véritable tir de la presse française : Le Canard enchaîné (deux fois), Tribune Juive (deux fois encore, dont une pour suggérer mon éviction du SNESup), Le Monde, Le Droit de Vivre, Les Temps Modernes dénonçaient, parfois sans le nommer, parfois en le nommant et en donnant l’adresse de son domicile, ce « professeur à la Sorbonne qui ose mettre en doute l’existence des camps de concentration » (ou : « des fours crématoires », ou : « des chambres à gaz »). Sur la première chaîne de la télévision française, le dimanche 15 septembre 1974, à 14 h, le grand rabbin Kaplan stigmatisait, sans le nommer, ce professeur à la Sorbonne.

J’ai reçu des lettres d’injures (dont une qui fait expressément mention du président de la Sorbonne Nouvelle) et des appel téléphoniques insultants. Ma femme a été prise à partie une fois ; ma fille (qui ignorait alors tout de l’affaire) deux fois. A mon domicile, dans le couloir d’entrée de mon immeuble, quelqu’un avait inscrit : « Faurisson, tu crèveras. »

Avec le souci de distinguer ce qui, dans les attaques dont je suis la cible, est le fait de la presse ou de personnes civiles et ce qui – seul point qui doit m’intéresser ici – est le fait de l’Administration à laquelle j’appartenais, je déclare que :

la Sorbonne Nouvelle, soit dans son Conseil d’université, soit dans son Conseil de Gestion, soit dans telle de ses instances chargées de veiller au bon ordre des choses et à la sécurité des personnes dans l’exercice de leurs fonctions, a gravement manqué à ses obligations administratives et s’est permis, avec une longue persistance dans l’outrage délibéré, de m’infliger un préjudice dont j’ai grandement souffert durant tout le second semestre de l’année 1974 et dont je souffre encore aujourd’hui dans mon travail alors même que je dépends d’une autre université, et dans ma vie privée et celle de ma famille.

18 février 1975