Sunday, November 30, 1975

Bibliographie sur le « problème des chambres à gaz »


(Ont-elles, oui ou non, vraiment existé ?)

La littérature concentrationnaire est immense. Elle ne compte pourtant aucun ouvrage, si court soit-il, sur les chambres à gaz hitlériennes [1]. Ce fait, à lui seul, est troublant. En trente ans, il ne s’est écrit aucun livre, en aucune langue, sur ce qu’on peut considérer comme la pierre angulaire du système concentrationnaire nazi. Aucun livre. Aucun article non plus, à notre connaissance. Certains livres consacrés, par exemple, à Auschwitz peuvent avoir un chapitre dont le titre laisse espérer que l’auteur va traiter de chambre à gaz, mais, immanquablement, les promesses de ce titre ne sont pas tenues. Récemment paru, un gros ouvrage de Hermann Langbein sur Auschwitz [2] ne contient pas un seul développement sur le sujet ; en revanche, à tout instant, le lecteur se voit entretenir de « cheveux de gazés », de « dents de gazés », de gazages (sans autre précision), de « sélection » (entendue au sens de « sélection pour le gazage ou le massacre ») ; pour l’auteur, l’existence de ces chambres n’a apparemment besoin que de précisions imprécises. Quant à Olga Wormser-Migot, elle ne consacre que quatre pages, à peu près, de son importante thèse sur Le Système concentrationnaire nazi, au sujet même des chambres à gaz. Or, ces pages s’intitulent « Le problème des chambres à gaz ». Et ce problème n’est autre que celui de leur existence ou de leur inexistence à Mauthausen et à Ravensbrück. La réponse de l’auteur est très nette : ces deux camps n’ont jamais possédé de chambre à gaz. On sait pourtant l’abondance, la précision, la qualité des « preuves », des « témoignages » et des « documents » ainsi que l’autorité morale des « témoins » (voy. Germaine Tillion) qui plaidaient en faveur de l’existence de ces chambres [3]. Olga Wormser-Migot ne traite du sujet qui nous intéresse ici à propos d’aucun autre camp. Soit dans cette même thèse, soit dans sa thèse complémentaire, il lui arrive bien de faire allusion à l’existence de chambres à gaz en quelques points de l’actuelle Pologne, mais rien ne nous permet de dire sur quoi elle fonde sa conviction – au moins apparente – que ces chambres-là ont bien existé. On se demande en quoi les témoignages et documents concernant Auschwitz présentent plus de valeur à ses yeux que ceux qui touchent Mauthausen ou Ravensbrück.

L’Institut d’histoire contemporaine de Munich passe généralement pour l’autorité la plus compétente en ce qui regarde le nazisme. Son antinazisme, en tout cas, ne fait de doute pour personne. Son directeur, Martin Broszat, est à ce point persona grata auprès des autorités polonaises qu’il a été admis au rare privilège de consulter le manuscrit des « mémoires » (sic) de Rudolf Höss, qui commanda pendant un certain temps le camp d’Auschwitz. Il en publia en 1958 la version originale ou prétendue telle. On ne connaît rien du Dr Martin Broszat sur le gazage sinon sa lettre du 19 août 1960 à Die Zeit. Il y déclare qu’il n’a, en fin de compte, existé aucune chambre à gaz dans les camps situés sur le territoire de l’Ancien Reich, mais seulement en quelques point de Pologne. On attendait, depuis cette très grave « rectification » d’ordre historique, la publication d’un ouvrage où on nous aurait fait savoir, d’une part, pourquoi M. Broszat ne croyait plus à l’existence de ces chambres à gaz, et, d’autre part, pourquoi il persistait à croire en l’existence de celles qui se situaient en Pologne. Non seulement cet ouvrage n’est pas venu mais il ne faut pas compter qu’il viendra. M. Broszat ne répond plus. Il déclare n’être pas en état de répondre par une lettre « au problème compliqué des chambres à gaz » [4] ; il promet un ouvrage sur les victimes juives du régime nazi où il sera traité de la question ; il ne peut, même approximativement, en donner la date de publication.

Comment faire devant ce silence ou ces dérobades ?

Interroger d’autres spécialistes de l’histoire des camps de concentration ?

Nous l’avons fait pendant quelques années ; le résultat n’est pas plus encourageant.

Reste à se lancer soi-même dans l’examen des quarante-deux tomes de compte rendu du procès international de Nuremberg, ou des archives des procès américains de Nuremberg, ou des sténogrammes du procès Eichmann (Jérusalem, 1961), ou des comptes rendus du procès de Francfort (1963-1965), ou des procès-verbaux d’interrogatoire des anciens responsables de camps nazis.

Il s’agit là d’un travail immense, passionnant... et très édifiant.

Mais quelles lectures conseiller à un profane, de langue française, qui voudrait s’initier à la question? Peut-être pourrait-on lui suggérer de lire – avec une attention de tous les instants – les ouvrages suivants :

– Allainmat (Henry), Auschwitz en France. La vérité sur le seul camp d’extermination en France : le Struthof, Paris, Presses de la Cité, 1974, 249 p.
– Poliakov (Léon), Auschwitz, Paris, Julliard (coll. Archives), 1964, 223 p.
– Höss (Rudolf), Le Commandant d’Auschwitz parle, traduit de l’allemand par Constantin de Grunwald, Paris, 1959, rééd. 1970, 297 p.
– Nyiszli (Dr Miklos), Médecin à Auschwitz. Souvenirs d’un médecin déporté, traduit et adapté du hongrois par Tibère Kremer, Paris, Julliard, 1961, 257 p.
– Rassinier (Paul), Le Véritable Procès Eichmann ou les vainqueurs incorrigibles, Paris, Les Sept Couleurs, 1962, 255 p. [5]

30 novembre 1975
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Notes

[1] Il convient ici de se méfier de certains titres comme Dokumentation zur Massen-Vergasung...
[2] H. Langbein, Hommes et femmes à Auschwitz, Paris, Fayard, 1975.
[3] Même les commandants des deux camps étaient, nous dit-on, passés aux aveux.
[4] « Zu dem komplizierten Problem der Gaskammern ». Correspondance personnelle (mais communicable).
[5] Cet ouvrage, remarquable par sa précision mais un peu trop polémique pour notre goût, émane d’un historien, ancien déporté, dont les écrits ont ouvert les yeux de bien des historiens sur le mythe possible des chambres à gaz hitlériennes. Son premier ouvrage sur les mythes de guerre dans certains camps (Le Mensonge d’Ulysse) est loin de valoir ses publications ultérieures.

Saturday, November 15, 1975

Lettre à "Historama"

[Nacht und Nebel]

Je me permets de vous signaler une erreur et une omission aux pages 87 et 88 de votre revue du mois de juillet 1975. 

Erreur, le Nacht und Nebel Erlass est en fait du 7 décembre et non du 12 décembre 1941. Il est vrai, que sauf erreur de ma part, le texte de cette ordonnance n’a pas été retrouvé et que l’on cite toujours, comme cela a été le cas au grand procès de Nuremberg, le texte en date du 12 décembre qui y fait référence.

Omission, plus grave pour qui, du moins, a le souci de ne pas confondre l’histoire avec la propagande ou le journalisme : Nacht und Nebel est une expression inventée d’après les initiales N.N. couramment utilisées dans l’administration allemande (et aussi italienne) pour désigner soit l’anonymat de fait soit l’anonymat de contrainte. Dans le premier cas, il s’agit de Nomen Nescio (nom inconnu) et, dans le second, il s’agit de Nomen Notetur (nom à censurer). L’équivalent français en est soit « Inconnu », soit « X » soit « sans autre renseignement » [1].

Le livre de Walter Görlitz sur Keitel, traduit par R. Moreigne, sans entrer dans ces explications, rappelle, p. 247, que la traduction de N.N. par Nuit et Brouillard n’est qu’une habitude qu’on a prise. Ne pensez-vous pas, avec moi, qu’il importe de revenir sur certaines habitudes et de rétablir la vérité par un retour aux sources ? Nous nous trompons tous et très souvent mais ne croyez-vous pas que, de rectification en rectification, Historama peut apparaître comme une revue qui, à la différence de quelques autres, recherche la vérité ?

15 novembre 1975


[1] Référence : Deutsches Wörterbuch de Jakob et Wilhelm Grimm, 1889, à l’article N.

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[Publié dans Historama, novembre 1975, p. 10, repris dans Vérité historique ou vérité politique ?, Paris, La Vieille Taupe, 1980, p. 81.]


Tuesday, February 18, 1975

Exposé du préjudice subi


J’estime avoir été insulté et diffamé, à l’occasion de l’exercice de mes fonctions, par le fait d’instances administratives à l’occasion, elles-mêmes, de l’exercice de leurs propres fonctions. Elles m’ont laissé insulter par voie d’affiche sans intervenir si peu que ce fût. Elles ont surtout pris à mon endroit une série de graves décisions qui m’attaquaient dans mon honneur et dans ma délicatesse, qui portent atteinte à ma réputation de professeur et de chercheur et qui, sans préjudice du retentissement possible des effets de ces décisions sur la suite de ma carrière, entravent mon libre exercice de la profession. J’ai été insulté publiquement par voie d’affiche sur le lieu de mes fonctions. J’ai été diffamé en séance publique le 25 juin 1974. J’ai été diffamé par voie de presse, le 5 juillet 1974, par le président de mon université. J’ai été à nouveau diffamé, le 8 octobre 1974, par le conseil de mon UER.

A un article diffamatoire paru dans un magazine de diffusion limitée, la Sorbonne Nouvelle a donné une extension considérable. Par la diffusion du Procès-Verbal de la séance du 25 juin 1974, elle a saisi de l’affaire Faurisson, tout le personnel auxiliaire, technique, ouvrier et de service de « Censier », tous les étudiants, tous les collègues. Des incidents s’en sont suivis sur les lieux mêmes, en juin et en octobre 1974. Des collègues ont pris parti pour ou contre moi. Excipant de la condamnation de la Sorbonne, mon syndicat – auquel j’appartenais depuis vingt-deux ans (SNES d’abord, puis SNESup) – m’a exclu sans même m’entendre. A Lyon, la section syndicale du SNESup a approuvé cette décision, sans m’entendre non plus. Comment d’ailleurs ne pas les comprendre ? Ils supposent, en toute bonne foi, que si le président du Conseil de l’Université de la Sorbonne Nouvelle et son président m’avaient condamné à l’unanimité, ce ne pouvait être qu’en s’entourant de toutes les précautions qui s’imposaient : enquête préalable, audition de l’intéressé, etc. A Lyon, cette condamnation et cette exclusion me valent de la part de jeunes collègues une subite mise en quarantaine. Là encore des incidents – très limités il est vrai – se sont produits.


L’approbation en quelque sorte accordée par le président de la S.N. à Tribune juive-Hebdo a déclenché durant le second semestre de l’année 1974 un véritable tir de la presse française : Le Canard enchaîné (deux fois), Tribune Juive (deux fois encore, dont une pour suggérer mon éviction du SNESup), Le Monde, Le Droit de Vivre, Les Temps Modernes dénonçaient, parfois sans le nommer, parfois en le nommant et en donnant l’adresse de son domicile, ce « professeur à la Sorbonne qui ose mettre en doute l’existence des camps de concentration » (ou : « des fours crématoires », ou : « des chambres à gaz »). Sur la première chaîne de la télévision française, le dimanche 15 septembre 1974, à 14 h, le grand rabbin Kaplan stigmatisait, sans le nommer, ce professeur à la Sorbonne.

J’ai reçu des lettres d’injures (dont une qui fait expressément mention du président de la Sorbonne Nouvelle) et des appel téléphoniques insultants. Ma femme a été prise à partie une fois ; ma fille (qui ignorait alors tout de l’affaire) deux fois. A mon domicile, dans le couloir d’entrée de mon immeuble, quelqu’un avait inscrit : « Faurisson, tu crèveras. »

Avec le souci de distinguer ce qui, dans les attaques dont je suis la cible, est le fait de la presse ou de personnes civiles et ce qui – seul point qui doit m’intéresser ici – est le fait de l’Administration à laquelle j’appartenais, je déclare que :

la Sorbonne Nouvelle, soit dans son Conseil d’université, soit dans son Conseil de Gestion, soit dans telle de ses instances chargées de veiller au bon ordre des choses et à la sécurité des personnes dans l’exercice de leurs fonctions, a gravement manqué à ses obligations administratives et s’est permis, avec une longue persistance dans l’outrage délibéré, de m’infliger un préjudice dont j’ai grandement souffert durant tout le second semestre de l’année 1974 et dont je souffre encore aujourd’hui dans mon travail alors même que je dépends d’une autre université, et dans ma vie privée et celle de ma famille.

18 février 1975